La mondialisation : menace ou opportunité pour les PME françaises ?
Wikimedia
25 juillet 2012
L'absence de perspective de croissance et l'ampleur des déficits budgétaires actuels réduisent le levier fiscal nécessaire au financement public des PME. D'où la nécessité de chercher des clients dans des pays à forte croissance.
Selon l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), la balance commerciale des pays occidentaux avec les pays émergents sera excédentaire en 2012 pour la première fois dans l'histoire du commerce global. Cette tendance a été amorcée de façon continue depuis 1999 et résulte de la croissance exponentielle du pouvoir d'achat dans les pays émergents ainsi que d'un appétit grandissant pour les produits et services en provenance des économies dites avancées. Si cette inversion des flux de capitaux peut inquiéter certains observateurs, elle peut aussi se révéler une opportunité afin de trouver de nouvelles sources de croissance.
Prenons l'exemple d'Archi5, une agence d'architecture et d'urbanisme française qui compte une trentaine d'employés répartis entre ses deux bureaux d'études de Montreuil, en région parisienne, et de Varsovie, en Pologne. Leurs nouveaux marchés sont aujourd'hui en dehors de l'hexagone, principalement au Brésil et en Argentine où existe une forte demande pour des technologies de construction innovantes. Entre 2011 et 2012, leur part des revenus générés par les pays émergents a crû de 120%. Leur chiffre d’affaire et leurs résultats nets ont progressé de plus de 15% et 10% respectivement, permettant ainsi d’augmenter leurs effectifs de 15%.
Archi5 est spécialisée dans des projets d'infrastructure d'intérêt public, lesquels ne génèrent pas de retour sur investissement (ROI). Aux Etats-Unis, des avantages fiscaux encouragent les investisseurs à financer de tels projets mais, en France, ce sont les Collectivités locales et l'Etat qui les financent.
En France, l'absence de perspective de croissance et l'ampleur des déficits budgétaires actuels réduisent le levier fiscal nécessaire au financement public des projets d'Archi5. Pour continuer à croître et à créer des emplois, il est nécessaire de chercher des clients dans des pays à forte croissance et de diminuer ses coûts salariaux afin de rester compétitif. Voilà pourquoi Archi5 a ouvert son deuxième bureau à Varsovie où un employé à qualification égale coûte 20% moins cher qu'en France. Si l'exécution des projets est bien "made in Poland", c'est en France que les contrats sont signés et les impôts sur les bénéfices payés (une convention fiscale permet aux revenus générés au Brésil et en Argentine d'être imposés au même taux que les revenus nationaux afin d'éviter une double imposition des entreprises françaises).
La France peut se flatter d'un niveau de productivité du travail pour l'ensemble de l'économie supérieur de 30% à celui de la moyenne des pays développés qui forment l'OCDE, mais notre compétitivité à l'exportation est érodée par un coût salarial unitaire (compensation salariale ajustée à la productivité) qui dépasse nos gains de productivité. En moyenne, ces coûts ont augmenté en France de plus de 40% par rapport à ceux de l’an 2000, tandis que les gains de productivité n’augmentaient que de 10% pendant cette période. Pour que les entreprises françaises redeviennent compétitives, il serait donc nécessaire de réaligner les salaires français à la baisse en les corrélant avec la productivité. Un tel scenario relève bien sûr de la fiction.
Seulement voilà, la crise de l’endettement européen a mis en évidence la nécessité d’une intégration économique et fiscale ainsi qu’une harmonisation et une modération des coûts salariaux unitaires pour assurer la survie de la monnaie unique. En attendant cette harmonisation bien improbable à court-terme, l’exemple d’Archi5 montre que l'ouverture vers l'international, tant dans la recherche de nouveaux marchés que dans la recherche de collaborateurs à moindre salaire au sein de l’Europe peut permettre de garder le savoir-faire unique de nos PME en France, tout en y préservant les emplois à forte valeur ajoutée : exemple à méditer dans un pays où nombre de PME anticipent un résultat négatif en 2012.




