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A 380 : la nouvelle ère du transport aérien

FOCUS Les compagnies vont mettre en service le nouveau géant sur les lignes les plus profitables. Singapore Airlines, qui reçoit le premier exemplaire commercial ce matin, augmente de 50 % ses tarifs en première classe.


LOUIS GALLOIS, président d’EADS, a enfin une raison de se réjouir. Alors que le géant européen traverse une nouvelle période difficile, sa filiale fleuron Airbus livre ce matin le premier A 380 à Singapore Airlines. Le superjumbo, dont le retard de deux ans est responsable des principales difficultés d’EADS, arrive au bon moment avec une capacité de plus de 500 places. Cet appareil offre 100 sièges de plus que le Boeing 747 et 200 sièges de plus que le Boeing 777. Une opportunité pour les compagnies qui sont incapables de répondre à la hausse du trafic aérien. Les experts estiment ainsi qu’il leur manque 20 000 sièges chaque jour.
L’A 380 possède d’autres atouts. Sa consommation de carburant est inférieure de 13 % à celle du Boeing 747 (2,9 litres contre 3,1 litres pour 100 kilomètres par passager). Une caractéristique importante quand le baril de brut flirte avec 80 dollars contre 24 dollars en 2000, lors du lancement du programme. Le temps de formation des navigants, les heures de maintenance, la périodicité des grandes visites vont également permettre de diminuer les coûts d’exploitation des compagnies aériennes.


Aménagement intérieur flexible

Le nouveau géant va être mis en service sur les lignes les plus profitables. Chaque compagnie va pouvoir adapter la configuration standard – 525 places réparties en trois classes – à ses besoins commerciaux. Privilégiant le confort comme toujours, Singapore Airlines a choisi une version avec 471 sièges. Son modèle économique est pourtant plus proche de celui d’une compagnie low-cost que de celui d’Air France. Un commandant de bord d’A 380 de Singapore Airlines gagne 5 200 euros par mois contre près de 20 000 euros pour son homologue français.
Chaque compagnie est à l’écoute des besoins de ses clients pour personnaliser et répartir les sièges entre les deux ponts du superjumbo. Chacune a sa propre stratégie pour aménager les cabines en première classe et classes affaires. Singapore Airlines a joué la surenchère en créant les « suites », une superpremière, aux tarifs plus élevés de 50 %. Elle peut se permettre cette hausse car elle est la première à exploiter l’A 380. Il est vraisemblable qu’elle devra revoir ses tarifs quand ses concurrents recevront à leur tour le dernier-né d’Airbus. Ces augmentations ponctuelles sont fréquentes lors de la mise en ligne de nouveaux avions. Emirates a vendu 10 000 euros le billet de première classe après la livraison du très-long-courrier A 340-500 sur Paris-Dubaï-Sydney.
L’A 380 dispose des nouveaux fauteuils-lits. Mais ce n’est pas une innovation. Les voyageurs peuvent déjà apprécier leur confort sur le Boeing 777. Singapore Airlines et Emirates ont réussi, un an avant l’arrivée de l’A 380, à attirer de nouveaux clients avec ces équipements très confortables, notamment sur les lignes qui desservent Paris.
Alors que les compagnies asiatiques proposent entre 12 et 14 places en première, Air France a choisi de se limiter à 9. La compagnie française a préféré accorder une dizaine de sièges de plus à la classe affaires. Elle envisage également de créer en 2009 une classe « Économique plus » qui proposera un siège plus confortable et un service différent, comme l’australien Qantas l’an prochain. Le passager paiera également pour avoir le droit de changer la date de son billet. Il est vrai que le client a droit à plus d’égards quand il débourse 2 626 euros pour un aller Paris-New-York qu’un passager qui se contente de payer 410 euros pour un voyage acheté à l’avance et non remboursable.
Ces nouveaux aménagements comme cette quatrième classe seront progressivement installés sur l’ensemble de la flotte au fil des réfections des cabines qui ont généralement lieu tous les cinq ans.
Contre toute attente, l’A 380 a même séduit les compagnies charters. Après la récente commande du groupe espagnol Marsans, l’A 380 pourrait équiper rapidement les flottes des transporteurs à bas coût. Des milliers de vacanciers pourront ainsi le découvrir. Une nouvelle preuve qu’une page de l’histoire de l’aviation se tourne.

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