Subscribe

À Las Vegas,

Dans cette ville oasis au cœur du désert du Nevada, 2000 Français sont installés et font parler d’eux.

La Tour Eiffel domine le Strip, c’est tout dire. À Las Vegas, on parle français, on mange français et on s’habille français. Les plus grands de la gastronomie française ont pignon sur rue. Joël Robuchon a installé son Atelier et un restaurant gastronomique au MGM Grand Hotel, Alain Ducasse a ouvert le Mix au Mandalay Bay, Guy Savoy a pris pied au Caesars Palace où son fils Frank gère l’affaire. Dans The Palazzo, nouvel hôtel de 3000 chambres créé par le propriétaire du Venitian voisin inauguré fi n janvier, le look sera français avec les robes de Catherine Malandrino dans une boutique à son nom, les chaussures de Christian Louboutin ou encore la mode française bien représentée chez Barneys qui ouvre un magasin de 8000 mètres carrés. Christian Lacroix quant à lui, a ouvert en août 2006 dans cette ville sa première boutique américaine dans les Forum Shops, un mall super luxueux comme seule Las Vegas peut en produire. Pourtant les ressortissants français ne sont pas si nombreux : si 1000 sont enregistrés auprès du consul honoraire André-Yves Portal, leur nombre est estimé à 2000. Mais ils font parler d’eux ! Vincent Pilon par exemple. Ce Sarthois formé chez Payard, arrivé à Las Vegas en 1998 avec l’ouverture de l’hôtel Bellagio, est aujourd’hui chef pâtissier pour l’ensemble de l’hôtel Mandalay Bay, servant en moyenne 20 000 desserts par jour pour les banquets, les 25 restaurants de l’hôtel et le room service. Car si Las Vegas ne compte qu’un million d’habitants, 38 millions de visiteurs fréquentent tous les ans cette ville à part, construite au milieu du désert de Mojave, lorsqu’en 1931 l’État du Nevada autorise les jeux d’argent. Dès le début des années 40, apparaissent les premiers hôtels, El Rancho et Last Frontier, tandis que le célèbre gangster Bugsy Siegel, incarné à l’écran par Warren Beatty, fait construire le fameux casino Flamingo. La « Sin City » est née.

Avec 5000 nouveaux résidents chaque mois, Las Vegas est devenue l’une des agglomérations les plus dynamiques des États-Unis. Il y est question de paillettes, de jeux bien sûr et de célébrités. Céline Dion y a donné de nombreux concerts, le Cirque du Soleil s’y est installé. Au firmament de ces étoiles, le Français Vincent Pilon, chef pâtissier ès chocolat, brille, ayant remporté en juin dernier les US Chocolate Masters et deux fois le Food Network Chocolate Challenge. Il a aussi été élu parmi les « Ten Best Pastry Chefs of America ». Avec son équipe de 60 personnes et ses cinq assistants, il prépare des banquets de 700 personnes avec des pièces montées et des desserts individuels. Le reste du temps, il voit volontiers ses copains français. « La plupart des Français travaillent dans les casinos, les hôtels ou ont monté leur entreprise », dit André-Yves Portal, consul honoraire depuis 10 ans, et lui-même directeur de la société Food and Beverage qui approvisionne les casinos. Clément Muney, lui, est arrivé en janvier 2003 pour implanter à Las Vegas, et plus généralement aux États-Unis, la société CMJJ Gourmet qu’il avait créée en France un an plus tôt. Le but : importer des produits gourmets venus de France – du gratin dauphinois à l’arôme Patrelle – pour les vendre aux hôtels et casinos. « C’est une ville que j’aime beaucoup. Il y a le Strip que tout le monde connaît bien sûr, mais aussi des quartiers résidentiels, Summerlin qui serait à Paris l’équivalent de Vincennes-Saint Mandé et Henderson, le Neuilly local. J’ai une maison sur un terrain de golf où je vis avec mes deux enfants âgés de 5 et 9 ans et ma femme. » Pas d’écoles françaises ou bilingues pour les bambins mais des cours de français donnés par Marie-France Hilgare, présidente de l’Alliance Française. « L’Alliance Française a été créée ici il y a 40 ans par Jean-Jacques Rousseau professeur à l’université de Las Vegas. Moi-même je suis ici depuis 35 ans et ancien professeur de français à UNLV. Nous étions quatre à l’université, il ne reste plus qu’une Américaine qui enseigne la langue de Molière, et le programme de maîtrise dont je m’occupais a disparu », dit Marie-France non sans amertume. 140 familles sont inscrites à l’Alliance que Marie-France gère de chez elle où elle reçoit le samedi une dizaine d’enfants entre 3 et 9 ans. Le dimanche une bibliothèque tournante de films et de DVDs est à la disposition des adhérents. Peu d’activités culturelles mais un vrai boom économique. C’est aussi dans les affaires que les Français sont présents.

L’ambiance électrique de la ville semble donner à ses habitants des idées originales. On peut en citer quelques-uns : Marc Cohen chez Bartech vend les systèmes de minibars intelligents dans les hôtels, Bruno Diedrich, ancien nageur professionnel, a créé un site Internet Swim 2000 et Grégoire Verge a ouvert le marché Bacchus, à la fois boutique de vins et restaurant… Quand on ne joue pas à Las Vegas, on remporte le jackpot. Il suffit d’essayer.

 

  • L’œil d’un Français sur « Sin City »

Photojournaliste, grand reporter pour Sygma, exposé deux fois au festival Visa pour l’image de Perpignan, lauréat du World Press Photo en 1990 pour son travail sur la délinquance d’Est en Ouest (Moscou – Paris

– Los Angeles), photographe du Béjart Ballet Lausanne depuis 1999, François Paolini est un photographe chevronné. Fasciné par Las Vegas, il y a posé ses valises en 2003, et a eu l’idée de préparer un album à l’occasion du centenaire de la ville. Un travail pourtant pas évident à finaliser : « J’étais Français, seul, et je venais en pleine guerre contre l’Irak. J’ai envoyé une maquette avec 50 photos au maire de Las Vegas qui a appuyé mon projet et qui y a apposé le sceau officiel des célébrations du centenaire. » C’était en 2005, et le livre s’intitule We All Live in Vegas. Dans un plus petit format, et toujours en édition bilingue, il vient de publier Las VegARTS Landscape, un recueil de photos consacrées aux peintures murales créées à l’occasion du centenaire, aux hôtels avec leurs détails toujours plus luxueux, leur architecture de plus en plus imposante. Des photos aux couleurs saturées, aux détails baroques, aux néons bariolés, qui donnent une idée du caractère très particulier de l’activité artistique de la ville, et que nous avons choisies pour illustrer notre article. L’exemple emblématique est celui des enseignes lumineuses, dont les versions au néon, désormais supplantées par les LED, sont entreposées dans un musée, et qui, coupées de leur mission première, deviennent œuvres d’art.

 

Las VegARTS Landscapes,de François Paolini, éditions La maison d’été, www.lasvegarts.com

We All Live in Vegas, éditions Stephens Press LLC, 2005, www.weallliveinvegas.com

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • À Las Vegas, des Français misent et gagnentÀ Las Vegas, des Français misent et gagnent Dans cette ville oasis au cœur du désert du Nevada, 2000 Français sont installés et font parler d'eux. La Tour Eiffel domine le Strip, c'est tout dire. À Las Vegas, on parle français, on […] Posted in Education
  • God Save My Shoes !God Save My Shoes ! "God Save My Shoes" sortira le 4 octobre sur Canal+. Ce documentaire, tourné entre Paris et New York, explore la relation souvent fusionnelle qui lie les femmes à leurs chaussures. Une […] Posted in Cinema