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A New York, les Français cultivent leurs accents régionaux

Expatriés de longue date ou fraîchement arrivés, les Français de New York constituent la plus grande population française des Etats-Unis. Une communauté ouverte, aux multiples identités régionales et culturelles, à l’image de leur ville d’accueil.

“Désolé de vous recevoir en bleu de travail !”, lance tout sourire Gérard Epelbaum, dans son cabinet dentaire de Midtown. Expatrié depuis plus de vingt ans, ce médecin stomatologiste reconverti dans la chirurgie dentaire lors de son arrivée aux Etats-Unis s’investit depuis de nombreuses années au service de la communauté française. C’est donc tout naturellement qu’il a été élu, en avril 2011, président du Comité des Associations françaises de New York, qui fédère de multiples initiatives comme l’organisation chaque année du bal du 14-Juillet et des actions philanthropiques ou éducatives. “A New York, où les multiples communautés sont des rouages importants de la vie sociale et de l’organisation de la cité, la vitalité des associations renforce la visibilité de la communauté française, tout comme sa représentativité auprès des autorités françaises et américaines”, explique Gérard Epelbaum. Créé en 1924 par des vétérans de la Première Guerre mondiale, le comité fédère aujourd’hui 66 associations françaises et francophones qui œuvrent dans les domaines les plus divers, tout en leur permettant de mutualiser leurs informations, leurs expériences et parfois leurs moyens.

Loin des yeux, près du cœur

Forte de 30 400 personnes enregistrées officiellement au consulat, la population française de New York, qui augmente de manière constante, est la plus grande des Etats-Unis, devant celles de San Francisco, Los Angeles et Washington. Une taille suffisamment critique pour refléter la diversité des terroirs et donner une visibilité aux différentes identités régionales. Durablement installés, les Franco-Américains immigrés de longue date ont à cœur de conserver et développer les liens affectifs avec la région dont ils sont originaires, d’en faire découvrir les saveurs et les particularités, et de partager leur expérience en développant des liens et des projets transatlantiques culturels ou professionnels à l’échelle locale. Recherche d’emploi, demandes de stage, petites annonces, ou renseignements divers, l’appartenance régionale est également un vecteur important de solidarité envers les nouvelles générations d’expatriés. “Le tissu associatif permet de préserver un héritage linguistique et culturel et crée aussi une réelle dynamique d’intégration des nouveaux arrivants”, souligne ainsi Gérard Epelbaum.

Une Alsacienne plus que centenaire

C’est autour d’une flammekueche que Thierry Kranzer, attaché de presse à l’ONU et nouveau président de l’Union alsacienne, donne rendez-vous en compagnie de Gisèle Gratch, secrétaire de l’association et de Gérard Staedel, président de l’Union internationale des Alsaciens, présente dans 110 pays. La communauté alsacienne est l’une des plus anciennes aux Etats-Unis. Le rayonnement international de l’Alsace doit beaucoup à l’attachement de ses ressortissants à leur région, comme, par exemple, les jumelages de Colmar avec Princeton ou de Strasbourg et Boston. Les Alsaciens du Nouveau Monde ont su également conserver précieusement la langue alémanique et le yiddish. “La langue est un élément fort de l’identité culturelle alsacienne et c’est un atout pour recréer des liens”, souligne Thierry Kranzer. A l’occasion de ses 140 ans, l’Union alsacienne a organisé cette année une dizaine d’événements aux couleurs rouge et blanc de l’Alsace. Après s’être rendue à Castroville, dans la Petite Alsace du Texas, une délégation d’Alsaciens de New York a entrepris un week-end historique à la rencontre des Amish de Strasburg en Pennsylvanie et de Strasburg en Virginie. Avec 190 adhérents, 500 Amis de l’Alsace et un blog qui attire 18 000 visiteurs, l’Union alsacienne a de nombreux projets en perspective, dont celui de développer l’apprentissage du dialecte dans les kindergarten alsaciens.

Site : alsace-newyork.com

Blog : alsacenewyork.wordpress.com

Rhône connection

Du Rhône à l’Hudson River, les “Lyonnais de New York” ont su recréer la sociabilité propre à cette ville cultivée, industrieuse et commerçante, ancienne capitale des Gaules. L’association, qui a vu le jour en 2004 à l’initiative de quelques Lyonnais – dont le chef étoilé Daniel Boulud – est présidée par Jean Baudrand depuis décembre 2011. Incollable sur le shantung de soie ou les cotonnades de Caroline du Sud, cet industriel du textile, globe-trotteur, aujourd’hui consultant, partage sa vie entre New York, Lyon, Londres et Bangkok. Entouré de Jean-François Changeux, secrétaire général, et d’une équipe de bénévoles, Jean Baudrand anime un réseau de 500 membres et organise de nombreuses sorties culturelles, de la tournée de l’Opéra de Lyon à la visite du Museum of Arts and Design, en passant par les conférences de la Villa Gillet. L’association favorise également les contacts professionnels et le networking avec le soutien d’entreprises et d’organismes régionaux, comme le Centre d’études franco-américain de management ou les agences Onlylyon et Erai. Les liens tissés par les “Lyonnais de New York” réussissent aussi à faire aboutir des projets insolites et singuliers, comme récemment, celui de ce pompier de Lyon désireux d’offrir une sculpture aux pompiers new-yorkais en souvenir du 11-Septembre. Ils seront bien sûr présents pour faire gagner leur équipe, lors du match Olympique Lyonnais/Montpellier du Trophée des champions, le 28 juillet à la Red Bull Arena de Newark !

Site : leslyonnaisdenewyork.com

Celte attitude

Etre Français à New York est longtemps resté synonyme de Breton. Des années 50 aux années 80, trois générations de Bretons ont contribué à installer dans la Grosse Pomme une French touch culinaire, le football avec le Stade Brestois et des liens transatlantiques durables. Dans le Morbihan, le village de Gourin disposait même d’un kiosque Air France pour les Bretons d’Amérique de retour au pays en famille chaque été ! “Pour savoir où tu vas, il faut savoir d’où tu viens”, se plaît à dire Charles Kergaravat qui préside l’association BZH New York, créée en 2006. Enfant du Queens élevé par des parents “bretonnisants”, ce jeune financier franco-américain de 36 ans cultive le désir de ” fédérer les jeunes Bretons et les nouveaux expatriés autour de la culture celtique”. Pour la Saint-Patrick, l’équipe de BZH New York a fait ainsi défiler sur la Cinquième Avenue le Bagad d’Auray en 2007 et de Plougastel en 2012, démontrant qu’ “une culture traditionnelle vivante a toute sa place dans une culture mondialisée”. L’association compte 200 adhérents et anime une quarantaine d’événements par an à New York, qui attirent des milliers de participants, comme l’annuel fest noz de la Saint-Yves, soutenue par la Région Bretagne, avec une série de concerts, de conférences et de rencontres festives.

Site : bzh-ny.org

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