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Accord affaibli à Bali mais avec les États-Unis

La conférence sur l’avenir de la lutte contre l’urgence climatique s’est terminée sur un compromis, avec des Américains très isolés par rapport au reste du monde.

IL aura fallu deux nuits blanches de marathon diplomatique, de sanglots en applaudissements, en passant par des huées et des ovations pour que la conférence de Bali accouche dans la douleur samedi en fin d’après-midi d’une feuille de route pour préparer l’avenir de Kyoto au-delà de 2012.

La communauté internationale a convenu de se donner jusqu’à la conférence de Copenhague en 2009 pour trouver un successeur au protocole de Kyoto, dans lequel 190 pays, y compris les pays en développement et les États-Unis, s’engagent à des "actions quantifiables, dont on doit rendre compte et vérifiables" de lutte contre le changement climatique.

Si la majorité des participants, à l’instar de Hillary Benn, ministre de l’Environnement britannique, saluent "une percée historique", les ONG ne cachent pas leur déception de ne pas voir figurer dans le texte d’objectifs chiffrés de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Les exigences américaines ont en effet contraint la communauté internationale à renoncer à la fourchette de réduction de "25 % à 40 %" des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés d’ici à 2020, à laquelle tenaient les pays en développement et l’Europe.

Aussi une ultime revendication indienne de durcissement du texte a-t-elle fait l’objet d’un véritable psychodrame de sept heures samedi en séance plénière, provoquant deux interruptions de séance et une tension extrême chez les Chinois, les Indiens et les Américains. Il aura fallu les interventions musclées de l’Afrique du Sud et de la Papouasie Nouvelle-Guinée, mettant les États-Unis face à leurs responsabilités, et leurs invectives à la limite de ’humiliation – "Si vous ne voulez pas prendre le leadership, poussez-vous de notre chemin !" – pour que le plus grand pollueur de la planète finisse par "se rallier au consensus". Les États-Unis ne pouvaient apparaître comme responsables d’un éventuel échec, d’autant plus que l’opinion publique américaine est désormais convaincue de la nécessité de lutter contre le réchauffement.

"Jusqu’à la dernière minute, les États-Unis ont espéré un seul soutien, mais se sont trouvés complètement isolés. Aucun de leurs alliés n’a bougé", constatait John Lanchbery, de BirdLife International. "C’était mieux que du Shakespeare!", lançait, à l’issue, Nick Nuttall, porte-parole du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

Le soulagement était de mise, d’autant que la conférence de Bali n’est pas passée loin d’un échec, "dont personne ne voulait", comme l’a rappelé le ministre allemand de l’Environnement, Sigmar Gabriel. Cet accord permet de répondre à l’urgence climatique exprimée par les scientifiques. Car en lieu et place des engagements chiffrés, le texte se réfère aux préconisations du quatrième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), dans une note en bas de page. "Les deux scénarios évoqués, qui nécessitent une réduction des émissions des pays industrialisés de 10 % à 40 % d’ici à 2020, permettent de limiter le réchauffement à 2 ou 3 °C. Avec ça, on va chauffer, mais on ne va pas cuire !" , analyse le climatologue Jean Jouzel, membre du bureau du Giec. "Cela laisse la porte ouverte à des actions volontaires au lieu d’engagements contraignants", redoute cependant Antonio Hill, de l’ONG Oxfam. C’est précisément sur le niveau des engagements de chaque pays qu’une partie serrée va se jouer dans les négociations des deux années à venir.

Car ce texte a beau être considéré comme faible par les écologistes, "l’important, c’est que les Américains soient dans la barque", souligne le ministre de l’Écologie, Jean-Louis Borloo. Et ce sans attendre l’élection américaine de fin 2008, ce qui aurait compromis l’entrée en vigueur d’un futur traité en 2013. "En s’engageant sur des efforts “comparables” mais “différenciés”, les États-Unis sortent du délire dans lequel leur mode de vie n’est pas négociable", analyse Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de l’Écologie.

En contrepartie, les pays en développement sont satisfaits d’avoir obtenu nombre de décisions leur donnant les moyens de lutter contre le réchauffement: la mise en place d’un fonds d’adaptation aux impacts du changement climatique, des accords sur la déforestation évitée et les transferts de technologie, ou encore un doublement de la taille des projets éligibles au titre des mécanismes de développement propre (CDM) afin de faire bénéficier les Africains de ce dispositif. "L’esprit de coopération dont ont fait preuve les pays en développement nous permet d’augurer un succès à Copenhague", estime Hans Verolme du WWF. Gageons que l’avenir lui donnera raison.

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