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Agriculture: le traité UE/USA, un épouvantail de fin de campagne

Boeuf aux hormones, poulet chloré, OGM, l’opacité des négociations du futur traité européen de libre-échange avec les Etats-Unis a joué les épouvantails à la veille des élections européennes, malgré les assurances des autorités.

C’est la tête de liste écologiste José Bové qui brandit un poulet “AOC élevé en plein air” sur un plateau de télévision pour jurer que “ça, demain, c’est fini”. Ou un candidat qui présente une “pomme transgénique” comme une menace planant sur l’assiette du consommateur européen. Le cinquième round des négociations, ouvertes depuis juillet 2013, se tenait justement cette semaine en Virginie, dans la dernière ligne droite de la campagne électorale. L’occasion pour Xavier Beulin, le président du premier syndicat agricole français, la FNSEA, d’exposer son inquiétude parce que cet accord “pourrait remettre en cause notre modèle alimentaire”.

Le responsable a mis en parallèle les modes de production “aseptisés, indemnes de germes, de cellules, de bactéries” côté américain et le recours à “des procédés plutôt chimiques”, et côté européen” à des cahiers des charges à tous les stades de la production”: la fameuse exigence d’exemplarité “de la fourche à la fourchette”. Sollicité vendredi, le ministère de l’Agriculture, silencieux sur le sujet jusqu’à présent, s’est voulu rassurant en assurant à l’AFP que le mandat de négociation avait établi dès le départ “des lignes rouges” interdisant la remise en cause des normes sanitaires européennes.

“On ne transigera pas sur notre modèle agricole et alimentaire. Il n’y aura ni poulet chloré ni viande aux hormones” garantit l’entourage du ministre Stéphane Le Foll. La France a obtenu que la filière viandes soit classée en catégorie “produits sensibles”, ce qui “exclut une libéralisation du marché des viandes”, selon la même source.

Lever des barrières administratives

L’autre inquiétude manifestée mardi par les producteurs, de viande bovine en particulier, est que la différence des contraintes entre l’élevage français et celui en “feedlots” à l’américaine – des fermes d’engraissement de plusieurs dizaines de milliers de têtes nourries aux hormones- ne créent des distorsions importantes de concurrence. Impossible, jure le ministère: en restant ferme sur ses valeurs et ses règles sanitaires, l’Europe est à même d’imposer des conditions de production équivalentes de part et d’autre de l’Atlantique qui écartent du même coup le risque de dumping.

“Les négociations vont se traduire par un accord sur un certain contingent de boeuf sans hormone que les Américains pourront exporter vers l’UE”, assure également un source européenne à Bruxelles en citant le traité avec le Canada en cours de finalisation, pour lequel on évoque un contingent de boeuf de 65.000 tonnes vers l’UE.

La France espère aussi en retour, dans ces discussions, lever certaines barrières administratives et tarifaires qui bloquent l’entrée aux Etats-Unis des fromages et produits laitiers européens ainsi que des fruits: “Il y a un potentiel important pour nos producteurs avec des barrières de paperasserie à lever”, fait valoir le ministère. “Donner à penser que demain on mettra sur le marché européen des produits qui ne sont pas aux normes n’est pas concevable et conduirait à poser la responsabilité pénale des négociateurs”, insiste ce responsable.

Ainsi, pour les cultures transgéniques, “il n’est pas question que le système européen concernant les OGM change au gré de cette négociation”, assure-t-il – la France a récemment interdit la culture des OGM sur son sol et l’UE s’apprête à les autoriser “à la carte”, chaque Etat étant libre de les interdire. “Il faudra trouver ce genre de formule de compromis et ce ne sera pas facile”, reconnaît la source européenne, les négociateurs américains devant eux aussi s’assurer du soutien du Congrès: “Comment expliquer à l’éleveur de Detroit qu’il doit développer une filière sans hormones?”

Le responsable européen admet que la France s’est cassé les dents sur un refus répété d’autres Etats membres (Allemagne, Danemark et Pays-Bas notamment) quand elle a demandé la déclassification du mandat de négociation du traité. La secrétaire au commerce extérieur Fleur Pellerin a d’ailleurs promis de la représenter après un nouvel échec le 8 mai. “Mais le mandat lui-même a été adopté à l’unanimité des 28 pays” a-t-il rappelé, en appelant à “distinguer les craintes de l’instrumentalisation de la négociation”.

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