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Amazon courtise les auteurs dans sa guerre commerciale contre Hachette

Amazon veut reprendre la main dans sa guerre commerciale contre Hachette en proposant de verser aux auteurs publiés par l’éditeur français la totalité des recettes issues des ventes de leurs livres électroniques.

“Amazon vient de nous envoyer une brève proposition commerciale”, a indiqué mardi une porte-parole de Hachette Book Group, filiale américaine du groupe Lagardère. Cette proposition consiste à verser “100% des ventes sur chacun de leur livre électronique vendu” aux écrivains pendant les négociations commerciales en cours entre Amazon et Hachette, selon un courrier envoyé à un petit groupe d’auteurs et à leurs agents par l’un des vice-président d’Amazon David Naggar. Il se propose aussi de suspendre tous les retards de livraison et d’en finir avec les ajustements de prix mis en place pour forcer la main à Hachette.

Cette offre est une amélioration d’une première proposition faite fin mai selon laquelle Amazon voulait créer un fonds d’indemnisation pour les auteurs victimes de ce conflit, offrant d’y participer pour moitié. “Si Hachette est d’accord, tant que durera la négociation, ses auteurs recevraient 100% des ventes de leurs livres électroniques que nous vendons”, écrit M. Naggar dans ce courrier mis en ligne sur le site internet spécialisé en nouvelles technologies Gigaom.com.

Hachette dit non

Comme avec la première, l’éditeur français a décliné poliment cette seconde proposition. “Nous invitons Amazon à retirer les sanctions imposées unilatéralement contre nous”, a déclaré la porte-parole de l’éditeur, ajoutant qu’Hachette poursuivra les négociations avec espoir de parvenir à un accord “rapidement”. “Nous pensons que le meilleur intérêt des auteurs est un contrat avec Amazon qui contient de véritables bénéfices en termes de marketing et dont les termes permettent à Hachette de continuer à investir dans les écrivains, le marketing et l’innovation”, a-t-elle justifié.

La contre-attaque d’Amazon n’a pas tardé. Hachette “fait clairement savoir qu’il veut que ses auteurs restent au milieu de cette négociation parce qu’il espère que ça lui donne un levier dans les négociations”, a critiqué le groupe américain. “Il (Hachette) refuse de négocier en dépit du tort causé à ses auteurs”, avance le groupe. La “Authors Guild” – l’association américaine de défense des intérêts des écrivains – a pour sa part rejeté cette proposition. “Ca apparaît comme une solution à court terme qui incite les auteurs à prendre partie contre leurs éditeurs (…) Elle nous laisse au milieu du conflit”, a déclaré au New York Times, Roxana Robinson, l’une des membres de l’association.

Depuis plusieurs semaines, le géant américain de la vente en ligne est accusé de faire pression sur Hachette Book Group en pleine négociation d’accords commerciaux en allongeant les délais de livraison des livres ou en empêchant les commandes. Selon la presse américaine, le géant de la vente en ligne souhaite faire davantage de marge notamment sur le livre électronique où il est un des principaux acteurs grâce à sa liseuse Kindle.

La semaine dernière, plusieurs grandes plumes américaines et britanniques s’en étaient indignées et avaient sommé Amazon de cesser de prendre “en otages” les livres, les auteurs et les lecteurs. “Nous sommes fermement convaincus qu’aucun libraire ne devrait ni empêcher, ni gêner la vente de livres, ni même décourager les clients de commander ou de vouloir recevoir les livres qu’ils désirent”, s’insurgeaint-ils, se défendant de prendre un quelconque parti dans ce conflit. “Amazon n’a pas le droit d’utiliser un groupe d’auteurs, extérieurs à ce conflit, pour mener des représailles ciblées”, dénonçaient-ils encore dans une lettre. Amazon reconnaît ne pas avoir renouvelé ses stocks de livres-papiers édités par Hachette et ne plus prendre de pré-commandes.

Seul un petit pourcentage d’auteurs sont affectés par ce conflit, affirme Amazon, qui évoque une douzaine d’écrivains parmi les milliers d’auteurs publiés sur Kindle. Le géant de l’e-commerce a toujours affirmé que ses pratiques sont monnaie courante dans les négociations commerciales dominées par les rapports de force entre le fournisseur et le distributeur. Amazon fait aussi valoir qu’il a en ligne de mire une baisse du prix des livres électroniques.

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