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Arnaud Desplechin à New York

Invité d’honneur du Festival du Film Français de San Francisco, Arnaud Desplechin présentait également le 9 octobre son dernier film, Un Conte de Noël, au Festival de New York. Le film retrace une fresque familiale, cruelle et tourmentée autour d’une mère (Catherine Deneuve), dont la maladie nécessite une greffe de la moelle. Entretien avec le réalisateur, à San Francisco.

Onze heures et quart. Au sixième étage du célèbre Fairmont Hotel de San Francisco, Arnaud Desplechin nous attend sur la terrasse de sa suite dont la vue panoramique sur la baie est à couper le souffle. Arnaud Desplechin fume beaucoup, presque autant que ses personnages. Entre deux cigarettes, ce réalisateur d’une grande modestie nous confie quelques aspects de son dernier film.

Quels sont les films dont vous vous êtes inspiré pour écrire Un Conte de Noël ?
Il y en a beaucoup. Les Anges ont des ailes d’Hawks nous a servi tout le temps. A chaque fois que je fais un nouveau film, j’en choisis un que je montre à toute l’équipe avant de commencer le tournage. J’aime beaucoup Les Anges ont des ailes à cause de l’énergie qui se dégage des personnages.
Sinon, je me suis aussi inspiré de La Famille Tanenbaum de Wes Anderson et de Sarabande le dernier film d’Ingmar Bergman. C’est un peu comme si Un Conte de Noël était une comparaison entre ces deux films puisque c’est l’histoire d’une famille qui oscille entre le burlesque et le tragique.
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Dans Un Conte de Noël, on retrouve beaucoup d’acteurs de vos films précédents dont Mathieu Almaric et Emmanuelle Devos.

Dans Rois et reines, il y avait aussi Catherine Deneuve et Jean-Paul Roussillon (ndlr. les deux acteurs jouent dans Un Conte de Noël). Mais je n’ai pas écrit Un Conte de Noël en pensant à ces acteurs en particulier. Je n’écris jamais un film pour des acteurs. J’aurais peur de restreindre le personnage. J’écris toujours quelque chose qui soit injouable ; j’écris pour des acteurs morts !

Vous dites souvent que vous voulez faire un cinéma populaire, accessible aux adolescents. Mais la plupart de vos films sont truffés de références philosophiques et littéraires.
Dans mes films, je prend des mots qui sont nobles, qui sont en l’air et semblent très abstraits et je les ramène à la réalité. Je les « trivialise » en quelque sorte. Le cinéma est quelque chose d’extrêmement pragmatique ; c’est beau de replacer ces idées et ces mots dans des situations toute bêtes. Dans Un Conte de Noël, il y a une scène où Elizabeth (Anne Consigny) pleure dans le bureau de son père (Jean-Paul Roussillon) et le père ne sait pas vraiment comment la consoler. Alors il attrape un livre de Nietzsche dans sa bibliothèque et lui en lit un passage. Il s’en sert comme une chanson, une berceuse.


Dans Rois et Reine, Nora le personnage principal est au chevet de son père mourrant. La famille Vuillard d’Un Conte de Noël est marquée par le deuil de Joseph. Vos films sont souvent emprunts de chagrin.

Mais dans Un Conte de Noël, le principe du film était de rassembler tout ce qui pouvait exister de pire pendant les 5 premières minutes du film, le suicide, le décès d’un jeune enfant, la folie, le bannissement, le cancer et de se demander comment tout cela pouvait être transformé en pure énergie joyeuse.

Il y a une scène du film où toute la famille se livre à de savants calculs afin d’évaluer la probabilité de survie de Junon (Catherine Deneuve). Le spectateur est assez démuni devant l’érudition des personnages.
Oui, c’est une démonstration qui a été réalisée par deux très grands mathématiciens (l’un a remporté le prix Michel Field). Ils étaient là pendant le tournage de la scène pour vérifier que les acteurs ne disaient pas de bêtises. Mais moi je n’ai rien compris à la démonstration et le public n’est pas censé comprendre non plus. Je me suis inspiré d’un passage du Rideau déchiré d’Hitchcock où Paul Newman discute avec un physicien russe. Tout à coup, c’est comme si le film devenait muet et que le spectateur n’écoutait plus. Dans cette scène d’ Un Conte de Noël, j’ai voulu ramener le cinéma aux origines du film muet et montrer la simple confrontation entre les caractères.

Votre film Un Conte de Noël était parmi les favoris pour la Palme d’Or au festival de Cannes. Pensez vous que cela va aider à le faire connaître aux Etats-Unis ?
Tous les films à Cannes sont toujours en compétition pour la Palme d’Or. Lorsque je suis à Cannes, je me force à ne pas regarder ou écouter ce qui se dit. Vous savez, je n’ai jamais eu de prix particulier pour mes films (ndlr : La Sentinelle a obtenu le prix spécial du jury au festival du film Français de Florence en 1992, Rois et Reine l’Etoile d’Or du film et du réalisateur aux 6èmes Etoiles d’or du cinéma français en 2005 !) Par contre mes acteurs ont été récompensés plusieurs fois et c’est ce dont je suis le plus fier. Cannes est un peu comme une pièce de théâtre où chacun doit jouer son rôle. Moi j’y suis pour jouer le réalisateur. Mais je n’ai pas tellement l’esprit de compétition.
C’est la 4ème fois que je vais au festival de New York et j’aime beaucoup y aller parce que le public est essentiellement composé de cinéphiles, ce qui et très agréable.

Q&A :
Après la projection du film au festival de San Francisco jeudi soir, le public a également pu poser des questions au réalisateur. Extraits.

Un Conte de Noël met en scène de très nombreux personnages. Comment parvenez vous à travailler avec autant d’acteurs à la fois ?
Quand je travaille avec des acteurs, je n’attends jamais de résultats particuliers. Je ne sais pas exactement quelle est la bonne interprétation lorsque j’écris les lignes. L’acteur donne souvent un autre niveau d’interprétation. Je n’aime pas les didascalies (ndlr. indications de mise en scène). Par exemple pourquoi j’écrirais Elle pleure ? Qui sait ? Pourquoi l’actrice ne rirait elle pas pendant qu’elle dit ses lignes et pourquoi ce ne serait pas mieux ainsi?

La musique est incroyable, elle épouse parfaitement les scènes du film. Avez-vous la musique en tête au moment où vous tournez ? A quel moment rajoutez vous la musique ?
J’utilise la musique comme un outil qui me permet de comprendre le véritable sens de la scène. Lors du premier montage, il n’ y a que les dialogues. Mais au deuxième montage, j’enlève le son comme un film muet et je mets juste la musique.

 

Informations pratiques:

A Christmas Tale / Un conte de Noël
Director: Arnaud Desplechin, Country: France, Release: 2008, Runtime: 150

6pm at ZIEGFELD THEATRE, 141 West 54th Street New York, NY 10019

$11 public

$8 senior (62+)

$7 Film Society member & student (w/ID), child (6-­12, accompanied by adult)

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