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Arrivée du jambon de Bayonne aux Etats-Unis et contre-attaque du foie gras

Les autorités douanières et sanitaires américaines donnent parfois l’impression de s’acharner sur les produits alimentaires français. Embargos, droits de douanes faramineux et interdictions pures et simples sont le lot de nos roqueforts, mimolettes et autres saucissons. Pourtant, les gastronomes américains résistent, comme avec le foie gras, et des avancées ont lieu avec l’entrée du jambon de Bayonne aux Etats-Unis en 2015.

Le jambon de Bayonne vient de décrocher son sésame pour l’importation. La marque de jambons de Bayonne Delpeyrat porposera ses articles à la vente dès 2015 aux Etats-Unis. Seule cette entreprise répond à l’heure actuelle aux attentes hygiènistes des Américains. “Nous sommes les leaders sur le marché français, avec 70% de la production sur le territoire. Notre cahier des charges est extrêmement strict, il allait de soi pour les Américains de nous choisir afin d’amorcer l’importation du jambon de Bayonne aux Etats-Unis”, explique Dominique Duprat, Directeur général adjoint de l’entreprise. Nous avons eu l’agrément le 19 juin dernier. Sachant qu’un jambon met minimum 9 mois à sécher, les premiers arriveront au printemps 2015 sur le marché américain.”

La lutte a été longue pour le jambon de Bayonne. La charcuterie française en général n’est pas la bienvenue aux Etats-Unis. Pour mémoire, les salaisons françaises ont été interdites d’importation en février 2004 pour “raisons sanitaires”, une décision inattendue. L’Union Européenne venait d’interdire, quelques heures auparavant l’exportation d’œufs et de volaille américains, en pleine crise de grippe aviaire. Pure coïncidence, ou vengeance délibérée ? La France à l’époque ne se révolte pas. Elle reprend le dossier en main en 2011.

Dès cette année-là, des séances de formations ont été données par les autorités sanitaires américaines (le Food Safety Inspection Service) en territoire français. Pour obtenir le feu vert à l’exportation du jambon de Bayonne, Delpeyrat a dû se plier à des règles d’hygiènes extrêmement strictes, à commencer par la mise en place d’une unité de production séparée pour les jambons destinés à l’exportation vers les Etats-Unis. “Les procédés de transformation et la viande sont les mêmes, mais les contrôlent vétérinaires sont beaucoup plus nombreux”, explique Pierre-Emmanuel Brotelande, chargé de la communication et de l’export au Consortium du jambon de Bayonne. “Depuis l’abattage des cochons jusqu’au produit fini, la traçabilité est renforcée. C’était la condition pour obtenir cet agrément des autorités américaines et nous espérons que d’autres l’obtiendront.”

Vu l’attrait des Américains pour la gastronomie française, Delpeyrat risque de connaître le succès. Son objectif est de grignoter, d’ici 3 à 5 ans, 10% de parts de marché de son grand concurrent italien, le jambon de Parme, pour atteindre la vente de 50 000 jambons par an.

Les amateurs de foie gras contre-attaquent

Autre produit, même combat. Le foie gras français a subit moult obstacles à son importation depuis maintenant une décennie. Bien que produit aux Etats-Unis, il est rejeté par les autorités américaines, notamment en Californie. L’Etat californien a en effet interdit depuis deux ans la technique du gavage des oies pour la production de fois gras et l’importation de tout fois gras issu de cette même technique. Une décision d’apparence immuable, avec pour objectif la protection des animaux. Comme aucune autre technique n’a été trouvée depuis pour produire du foie gras, le produit n’est tout simplement pas disponible à la vente en Californie.

Un groupe d’avocats, issus de Californie et de 13 autres Etats (dont la Caroline du Sud, le Missouri, le Kansas et la Géorgie), ont bon espoir de faire tomber cette interdiction. Ils souhaitent porter le cas devant la Cour Suprême et dénoncent l’anti-constitutionnalité d’une telle mesure qui empêcherait le commerce interétatique – puisque les autres Etats utilisent la même technique du gavage -, et impacterait négativement la production de ces fermiers américains. Elle remettrait ainsi en cause la légitimité de chaque Etat à suivre ses propres règles en matière d’agriculture.

La demande de ces avocats est audacieuse, la Cour Suprême n’examine qu’une centaine de cas par session, sélectionnés parmi des milliers de demandes. Mais l’avocat Michael Tenenbaum de Santa Monica, interrogé par The Modesto Bee, a bon espoir : “La Cour Suprême examinera ce cas car il soulève une question de portée nationale. Est-ce qu’un Etat comme la Californie peut dicter ses méthodes d’agriculture à d’autres Etats ? Tel est l’enjeu”.

Les avocats du foie gras devraient être fixés en septembre sur la prise en compte, ou non, de leur requête.  En attendant cette décision, le procureur général de Californie a annoncé qu’il ne poursuivrai pas ceux qui enfreignent l’interdiction.

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