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Au bout du rouleau

Ils donnent vie à des personnages qui font vibrer des millions de gens. Pour la première fois en vingt ans, les scénaristes américains signifient leur ras-le-bol sur le taux des salaires en entamant une grève illimitée. Outre la déception des téléspectateurs, tout un univers risque d’être touché par cette démarche.

Ils travaillent principalement sur la côte ouest, mais c‘est New York qu’ils ont choisi après Los Angeles pour exprimer leurs revendications, et déclencher l’état de grève « illimitée » le 5 novembre. Face aux studios de la chaîne NBC, des dizaines de  scénaristes américains de cinéma et de télévision affiliés au syndicat Writers Guild of America (WGA) déclenchaient ce que redoutaient les producteurs depuis trois mois : l’arrêt de travail général des auteurs. Les revendications, qui avait donné lieu la veille à de promptes négociations à Los Angeles, se sont révélées infructueuses, aboutissant à la cessation progressive du travail dès minuit sur la côte est, pour se propager graduellement sur tout le continent suivant le fuseau horaire.

Motif du mécontentement ? Principalement le taux des doits d’auteur. Actuellement évalué entre quatre ou cinq cents par œuvre vendue, les auteurs souhaiteraient voir ce montant doubler et passer à huit cents. Pour justifier leur demande, ils évoquent la multiplication des supports, comme l’internet, les DVD, les téléphones numériques ou les baladeurs « dernière génération » qui offrent la possibilité de regarder un film sur un écran de quelques millimètres. Ceux qui donnent l’impulsion de l’industrie du divertissement réclament également l’extension des tarifs syndicaux et des avantages sociaux aux programmes de téléréalité, qui par essence nécessite moins de travail d’écriture. Si l’ensemble des 12 000 scénaristes affiliés à la WGA sont tenus d’adhérer au mouvement, le bras de fer risque de durer, au détriment des spectateurs, d’abord et de toute une industrie ensuite. Car ceux qui ont refusé les termes des discussions ne sont autres que les membres du puissant syndicat des producteurs, l’Alliance of Motion Picture and Television Producers (AMPTP), et face à cette redoutable institution, les scénaristes ne se donnent que peu de chances. « Nous luttons contre huit corporations géantes des médias. Ce sont des adversaires vraiment redoutables », déclarait Tony Gilroy, entre autre scénariste de « La mémoire dans la peau » avec Matt Damon, qui ne cachait pas son pessimisme quant à l’aboutissement des négociations.

Si, selon les experts, le blocage doit durer plusieurs mois, les producteurs ne semblent pas prêts de céder, justifiant leur décision par l’absence de profit sur l’internet. Autre atout qui joue largement en leur faveur, leur anticipation de la situation en prévoyant d’enregistrer des centaines d’heures de pellicules à l’avance.

À moyen terme, si les films et  téléfilms hollywoodiens peuvent supporter les conséquences d’une pénurie de scénarios, la grève des scénaristes risque toutefois d’occasionner des répercussions diverses sur certains favoris du petit écran. Les séries animées comme Family Guy ou Les Simpsons, mais encore les concepts de téléréalité comme « America’s next top model » ou « Beauty and the Geek » sont, pour le plus grand soulagement des fans, hors de danger pendant un certain temps. En revanche, les séries écrites au fur et à mesure comme Lost  pourraient connaître un avenir proche plus critique. Autre concept particulièrement menacé, celui des très populaires Talk-shows américains. Les émissions comme Saturday Night Live ou The Daily Show se retrouvent curieusement en première ligne de la crise : « Les fans devraient s’attendre à revoir les anciens shows pendant un certain moment, comme si les animateurs étaient tous partis en vacances au même moment », tempèrent néanmoins les chaînes de télévision.

Le mouvement, soutenu par les 150 000 acteurs affiliés au syndicat des Screen Actors Guild (SAG) ne devrait pas compter parmi ses rangs de grévistes les comédiens, qui n’ont pas prévu d’arrêter leurs activités.

Pourtant, si la grève s’étend, ce n’est pas uniquement les talk-shows mais bien toute une industrie qui risque de subir des conséquences dramatiques. Le divertissement, qui représente 24,4 milliards de dollars par an de chiffre d’affaires pour les vidéos seulement, concerne des milliers de personnes depuis la création, la réalisation jusqu’à la vente et la diffusion. Dans le comté de Los Angeles seulement, ce secteur rapporte 30 milliards de dollars chaque année et fait vivre la majorité des 10 millions de résidents.

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