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Aux Etats-Unis, des investisseurs de plus en plus accros au cannabis

Au même titre que les énergies renouvelables ou la nourriture bio, le cannabis devient aux Etats-Unis une niche séduisante pour des investisseurs encouragés par la légalisation croissante de cette plante euphorisante dans le pays.

La consommation de cannabis pour un usage thérapeutique est déjà autorisée dans 18 états américains. Mais en novembre, les habitants des Etats du Colorado et de Washington se sont aussi prononcés en faveur de la légalisation de l’utilisation récréative de la marijuana. De quoi doper un secteur encore largement dominé par le marché noir. Selon une étude du groupe See Change Strategy, la vente de marijuana aux Etats-Unis devait atteindre 1,7 milliard de dollars en 2011 et plusieurs prédisent un chiffre d’affaires de plusieurs dizaines de milliards de dollars dans les années à venir.

Brendan Kennedy en fait partie. Diplômé de la prestigieuse université Yale, il a passé plusieurs années à évaluer le potentiel d’entreprises naissantes comme les constructeurs de voitures électriques. Jusqu’à ce qu’un entrepreneur lui présente le potentiel de l’industrie du cannabis, “la plus grande opportunité financière qui m’ait été donnée de rencontrer dans ma vie”, assure-t-il.

Son fonds, Privateer Holdings, a consacré son premier investissement dans le secteur à Leafly.com, un site internet de comparatifs des différents effets de quelque 500 souches de cannabis, de l’euphorie à la propension à discourir sans fin, et des dispensaires où les trouver.Les imperfections du marché sont pourtant légions aux yeux de Brendan Kennedy: des entreprises inexpérimentées, un secteur très fragmenté, pas de leader, aucune norme, une mauvaise réputation ou encore l’absence d’investisseurs institutionnels. Mais une fois ces défauts atténués, “la ruée vers l’or vert” sera vraiment rentable, affirme-t-il.

Shoot à la Bourse

Attiré par ce potentiel alléchant, plusieurs sociétés se sont aussi lancées en Bourse, sur le marché de gré à gré, à l’instar de Dixie. Cette entreprise distribue des produits infusés au cannabis, comme des sodas aux couleurs pop ou des truffes aux chocolat. Créée en 2009 avec deux salariés, elle en emploie aujourd’hui 40. Cette expansion aurait été impossible sans l’injection d’argent frais dans sa maison-mère, Medical Marijuana, explique son patron Tripp Keber.

Selon lui, 16 sociétés directement liées à l’industrie du cannabis se sont lancées dans l’aventure boursière. Leur destin est divers. La plupart des titres s’échangent sous 1 dollar et sont soumis à une volatilité extrême. Mais si le titre de Medical Marijuana ne vaut que quelques dizaines de cents, la société est valorisée à plus de 220 millions de dollars. Autre exemple: le titre de Medbox, à l’origine d’un distributeur automatique de cannabis, a explosé en novembre de plus de 3 000% en 72 heures, de 6 à 205 dollars, après avoir été mentionné dans le Wall Street Journal. Il s’échange actuellement autour de 31 dollars.

Mais, comme dans tout marché émergent, “l’essentiel de l’action se fait via des investissements privés”, souligne Troy Dayton, directeur général d’ArcView Group, un réseau mettant en lien entrepreneurs de l’industrie du cannabis et investisseurs. La voie est cependant loin d’être dégagée car le cannabis reste considéré par le gouvernement fédéral comme une drogue illégale, ajoute-t-il. Aussi intrépides soient-ils, les investisseurs “n’ont pas envie de risquer de se retrouver en prison” et se cantonnent majoritairement aux produits dérivés comme les inhalateurs ou les logiciels.

Mais pour M. Dayton, le marché du cannabis ressemble à celui des énergies renouvelables ou des produits biologiques, qui ont débuté au sein de la contre-culture, soutenus par des militants, avant de se banaliser.

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