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Belgique: Yves Leterme jette l’éponge

Après le nouvel échec d’Yves Leterme à former un exécutif, et sa démission, aucune solution politique n’est désormais en vue.

De la crise institutionnelle inextricable à laquelle ils assistent depuis près de six mois, les citoyens belges comprennent au moins une chose: Yves Leterme a grevé un peu plus ses chances de devenir premier ministre de Belgique. Le chouchou des électeurs flamands, surnommé "M. 800 000 voix" au nord du pays, a piteusement présenté sa démission de chef de file de la coalition orange-bleue, chargée de constituer un gouvernement. Incapable de concilier les quatre partis francophones et néerlandophones (libéraux et chrétiens-démocrates de chaque côté de la frontière linguistique), le leader politique flamand a jeté l’éponge, et cela pour la deuxième fois consécutive. "Il n’a pas été possible de trouver des accords clairs sur le contenu des réformes et, sans ces accords clairs, il n’est pas sérieux de continuer" , a déclaré Yves Leterme, qui se dit malgré tout "disposé à travailler".

Ce nouveau rebondissement, qui aggrave un peu plus la crise dans le royaume, était en germe depuis une semaine. Lundi dernier, la NVA, petit parti associé à un cartel regroupant le CD & V, la propre formation d’Yves Leterme, avait rejeté une proposition de compromis que ce dernier avait lui-même présentée. Ce projet visait à former un gouvernement centré sur les réformes économiques, et renvoyant les débats communautaires à une "convention". La NVA, composée de seulement cinq élus à la Chambre, et qui prône l’indépendance de la Flandre, exigeait pour sa part une réduction rapide des attributions de l’État fédéral.

Sous la pression de ses alliés extrémistes, qu’il n’a pas osé désavouer, Yves Leterme a brandi alors un nouvel ultimatum à ses partenaires de la coalition, en particulier francophones. Désormais, ces derniers se voyaient sommés d’accepter un texte susceptible de conduire à une régionalisation de la gestion de la sécurité sociale, première étape probable vers une scission du pays. Logiquement, les chrétiens-démocrates francophones ont refusé, précipitant la démission d’Yves Leterme.

Pour Yves Leterme, ce disciple du philosophe chrétien Emmanuel Mounier, qui se déclare proche de François Bayrou, il s’agit d’un échec personnel cuisant. Ses alliés au sein de la coalition orange-bleue lui reprochaient son inexpérience du pouvoir fédéral et son absence de tout talent de négociateur. Le 23 août, il avait déjà démissionné de son poste de formateur du gouvernement, avant d’être rappelé par le roi un mois plus tard. Le 7 novembre, il avait laissé ses amis parlementaires voter un amendement visant à flamandiser les communes de la périphérie bruxelloise: ce fut le début de l’enlisement politique du pays.

Son successeur, qui devrait être nommé dans les prochains jours par le souverain Albert II, hérite d’un champ de ruines. Une des hypothèses évoquées consiste à élargir la coalition à la gauche, mais les libéraux francophones rechignent à l’idée de gouverner avec les socialistes, qu’ils jugent corrompus et accusent d’avoir précipité le déclin économique de la Wallonie. "On s’achemine vers un gouvernement de transition jusqu’en 2009", estime pour sa part un ministre régional, date de possibles élections législatives anticipées. Le cas échéant, l’actuel premier ministre, le libéral flamand Guy Verhofstadt, pourrait être reconduit dans ses fonctions. Il a été reçu par le roi, samedi soir. Un retour à plus longue échéance d’Yves Leterme n’est pas non plus exclu. Mais, quelle que soit la couleur de la future coalition, celle-ci aura du mal à réconcilier les communautés flamandes et francophones, qui représentent respectivement 60 % et 40 % de la population. "Le fédéralisme ne marche plus, nous vivons dans une crise de régime", explique le sénateur régionaliste flamand Jean-Marie Dedecker. En Belgique, il n’est plus besoin d’être extrémiste flamand pour s’en convaincre.

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