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Bruno Chomel, l’œil vigilant du vétérinaire… sur les humains

Enseignant à l’université UC Davis, Bruno Chomel a pour spécialité les maladies transmissibles des animaux à l’homme. Si sa thèse sur les modèles animaux d’hépatite B peut sembler loin des préoccupations du commun des mortels, les travaux de ce vétérinaire émérite ont pourtant de multiples implications au quotidien.

Depuis ses premiers travaux, Bruno Chomel a une obsession : les zoonoses, ces infections transmissibles de l’animal à l’homme. Alors enseignant à l’Institut Pasteur, il est allé se former à Atlanta de juillet 1985 à juin 1987 où il est devenu “epidemic intelligence officer”.

Sous la responsabilité du CDC (Center for Disease Control), il s’intéressait aux risques d’épidémie. “Cette méthode de prévention des épidémies – plus ou moins copiée depuis par l’Institut de veille sanitaire – n’existait pas encore en Europe”. La méthode s’avère pourtant efficace : Bruno Chomel coordonne une campagne de vaccination contre la rage au Pérou en 1985. Le résultat est convaincant : “On a arrêté la rage”.

De retour en France en 1987, il mêle enseignement et nombreuses missions pour le ministère des Affaires étrangères, notamment au Qatar, où il travaille en particulier sur la salmonellose. Mais, ayant rencontré et épousé une Américaine, il retourne aux Etats-Unis trois ans plus tard et intègre l’un des meilleurs départements vétérinaires au monde, à l’UC Davis en Californie. Il y apprécie un système d’enseignement “beaucoup plus performant” qu’en France. Avec un défi permanent : “être au top de son domaine pour pouvoir se maintenir”.

Le chat est un loup pour l’homme

Il s’intéresse toujours aux zoonoses et en particulier à la maladie des griffes du chat. Il a découvert que cette maladie transmissible à l’homme se transmet de chat à chat par les puces. Dès lors, il a publié un article qui a fait beaucoup parler de lui l’an dernier, au point que, “si l’on cherche Bruno Chomel sur Google images, on ne tombe que sur des photos de chiens ou de chats”, plaisante-t-il. Son rapport montrait les risques de zoonoses causés par le fait de dormir avec son animal de compagnie. Sur 250 maladies transmissibles entre les animaux et les humains, plus de 100 sont dues aux animaux domestiques !

Bruno Chomel préconise également de ne pas les embrasser, de ne pas se laisser lécher et de se laver les mains après les avoir touchés. Il reconnaît que “le risque de transmission est très faible… mais il existe, en particulier chez les gens immunodéprimés par un traitement ou chez des personnes vieillissantes”. Le problème devient encore plus important en cas de greffe d’organe : “un donneur sur deux a un animal de compagnie, il peut transmettre à une personne immunodéprimée une forme sévère de zoonose”, comme le virus du Nil occidental, la maladie des griffes du chat ou la maladie de Chagas.

Membre de l’Académie nationale de médecine depuis 2007, il conseille les autorités sanitaires françaises sur les risques potentiels. “Je me sens plus écouté en France depuis que je travaille aux Etats-Unis”, remarque-t-il. Il cultive ce lien transatlantique qui lui tient à cœur en préparant une collaboration avec le complexe agro-alimentaire Oniris de Nantes. La Bretagne, terre d’élevages de bétail, a besoin de ses compétences sur les maladies infectieuses et les infections du bétail.

Un peu comme les zoonoses, Bruno Chomel est partout. Les épidémies sont à analyser à une échelle mondiale, du fait du tourisme et du commerce d’animaux exotiques, en particulier les rongeurs. “A mesure que la population s’accroît, il y a davantage de contacts entre les hommes et la faune sauvage”… et d’épidémies. En résumé, “l’homme vit au milieu de millions d’êtres vivants qui s’adaptent eux aussi”, une évidence que l’on a trop souvent tendance à oublier.

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