Subscribe
piaf-the-show-ad-anne-carrere-edith-carnegie-hall-new-york

Californie : le recours des défenseurs du foie gras rejeté, la bataille continue

Rien n’est joué pour le foie gras. Alors qu’on annonce la confirmation de son interdiction à la vente en Californie, l’avocat de restaurateurs et producteurs plaidant la cause du produit, Michael Tenenbaum, a décidé de s’exprimer pour clarifier les choses : le recours administratif visant à faire lever l’interdiction n’a pas encore eu lieu.

Le 1er juillet 2012 a été mis en application un texte voté en 2004 sous la gouvernance d’Arnold Schwarzenegger, qui interdisait la vente et production de foie gras issu d’élevages, utilisant la technique du gavage. Le lendemain, le groupe de restauration californien Hot’s Restaurant, un groupe d’éleveurs de New York, Hudson Valley Foie Gras, ainsi que des éleveurs canadiens, attaquent l’Etat de Californie et demandent une autorisation temporaire de vendre le produit d’ici le jugement administratif, afin de limiter les pertes. “Cela peut prendre un ou deux ans avant que l’affaire ne soit présentée devant les tribunaux. C’est pour cette raison que nous avons immédiatement fait cette demande de délai avant la mise en application de l’interdiction”, explique Michael Tenenbaum, avocat des opposants à la loi.

Une demande d’autorisation qui a été refusée une première fois en Californie, puis une deuxième devant la cour d’appel de Pasadena en 2013. “Au vu de ces refus, nous avons déposé une demande auprès de la Cour suprême des Etats-Unis. Celle-ci reçoit 8000 recours chaque année, et n’en sélectionne que 80. Mardi dernier, notre demande n’a pas été retenue, mais cela ne signifie aucunement que la Cour suprême donne un avis.” L’affaire “Association des Eleveurs de Canards versus Harris”, opposant les éleveurs à l’Etat de Californie, devrait bientôt être présentée devant les tribunaux selon Michael Tenenbaum. L’avocat affirme qu’il y a de fortes chances que les éleveurs y trouvent leur compte.

Ce qui est mis en cause, c’est la non adéquation de cette loi étatique avec la loi fédérale, censée primer. “Cette interdiction par l’Etat de Californie de vendre un produit issu d’une certaine technique est anti-constitutionnelle. Aucun Etat ne peut dicter à un autre ses méthodes de production entraînant son interdiction à la vente. Ni choisir les ingrédients des produits vendus sur son territoire. C’est la loi fédérale qui fixe les règles, qui peut dire quel produit peut porter l’appellation foie gras et lequel ne le peut pas, selon les ingrédients avec lesquels il est conçu”, ajoute l’avocat. “Si nous gagnons, l’Etat de Californie fera appel. Quoiqu’il arrive l’affaire arrivera devant la Cour suprême des Etats-Unis, elle devra se prononcer.”

Pas d’alternative au gavage selon les puristes

Cette loi prohibitive votée en 2004 laissait huit ans aux producteurs pour trouver une alternative au gavage, une méthode jugée cruelle et assimilée à de la torture par les associations de défense des animaux (Farm SanctuaryAnimal Legal Defense Fund, la Marin Humane Society, la Humane Society of the United States, et la Humane Society Veterinary Medical Association). L’entreprise espagnole Pateria de Sousa a reçu une récompense en France pour sa production de “foie gras”, sans utilisation du procédé de gavage, mais en attendant que les animaux se nourissent à outrance par eux-mêmes. Une méthode qui ne convainc pas Laurel Pine, dirigeante de l’entreprise Mirepoix aux Etats-Unis, spécialisée dans la vente de foie gras et autres produits fins depuis le Nevada.”Il n’y a pas, à ce jour, d’autre manière de produire du foie gras qu’en utilisant la technique du gavage. Le résultat ne sera jamais le même. Ce n’est pas que les producteurs n’ont pas essayé, c’est qu’ils n’ont pas réussi a en trouver.”

Cette femme d’affaires amoureuse des produits français a dû délocaliser son entreprise à cause de la loi. “J’étais basée en Californie. Pour pouvoir continuer à vendre du foie gras, je suis partie au Nevada. J’y organise régulièrement des dégustations : énormément de Californiens conduisent plusieurs heures pour y assister. Depuis que la loi est passée, je peux affirmer que mes ventes ont doublé. Les particuliers ont le droit de commander du foie gras, de le consommer chez eux ou de se le faire cuisiner dans un restaurant. Ce sont la production et la vente dans l’Etat qui sont prohibées. Et cela de plus en plus fermement.” La dirigeante explique que si les restaurateurs avaient tendance à ne pas respecter l’interdiction, la chasse aux vendeurs de foie gras s’est renforcée depuis mai dernier. “Pour pouvoir servir ce met, les restaurateurs doivent utiliser des moyens légaux. Ils l’offrent comme un supplément gratuit. C’est un outil marketing indéniable. Quand quelque chose est interdit, on a envie d’y goûter, c’est attirant”, ajoute-t-elle.

L’effet revers de la loi

En 2012, les représentants du Comité interprofessionnel du foie gras en France parlait d’un “préjudice d’image” pour un produit faisant partie de la tradition gastronomique française. Force est de constater que l’effet est en réalité double. Si le matraquage médiatique autour de la technique du gavage et de l’interdiction a entraîné la création de lobbys dans d’autres Etats, elle a aussi fait naître de l’engouement. “Avec cette loi, l’Etat de Californie n’a pas fait avancer les choses en matière de protection animale. Il a seulement donné envie aux gens de goûter à ce met interdit. Et vu que le produit est délicieux, ils ont tendance à vouloir en reconsommer. C’est de la publicité plus qu’autre chose. Par ailleurs, les Californiens sont furieux qu’on leur dise ce qu’ils ont ou n’ont pas le droit de consommer. Certains se révoltent pour protéger leur libre-arbitre”, affirme Laurel Pine. La bataille semble loin d’être terminée.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related