Subscribe

Cats don’t grin, les tiraillements du couple au Fringe Festival

Sélectionnée au New York Fringe Festival, Cats don’t grin met en scène un homme et une femme qui se sont rencontrés sur le quai du métro. Sous couvert d’apparente légèreté, l’auteur, acteur et metteur en scène François Carré soulève la question du rapport à l’autre au-delà des faux-semblants dans une pièce où, comme chez Marivaux, l’art de la séduction vire au jeu de l’amour et du hasard.

Cats don’t grin a été sélectionnée pour le Fringe Festival de New York. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Ce festival, c’est deux semaines de création théâtrale non-stop. Ça me rappelle un peu l’esprit du festival d’Avignon avec une programmation originale et novatrice. Plus de 200 compagnies venues du monde entier vont faire le déplacement. C’est une opportunité incroyable !

Le couple en difficulté, dans votre pièce, décide de se tourner vers le théâtre pour résoudre ses problèmes. Qu’est-ce qui vous a incité à traiter le sujet de cette manière ?

Je suis parti d’une réflexion très simple. On a beaucoup plus de patience envers un inconnu  qu’avec quelqu’un qu’on connaît bien. Le traitement de l’autre, le jeu de la séduction, la fausse timidité. Toutes ces questions se recoupaient avec l’expression « parfait inconnu » que je trouve très étrange et qui a donné son titre au texte original de la pièce en français.

Pourquoi avoir inversé les costumes homme/femme ?

L’écriture est un recyclage d’accidents… Dans le texte original, l’homme était américain et la femme française. Aux États-Unis, la nationalité des acteurs que j’ai rencontrés pour le rôle s’est inversée. Je ne devais pas non plus jouer dans la pièce à l’origine. Mais l’acteur français n’était finalement pas disponible en août et j’ai dû le remplacer. L’inversion des rôles et des costumes apporte une touche burlesque. Cette pièce, c’est comme une parodie de soi-même. Les personnages rient d’eux-mêmes, de la même façon que je ris de moi.

Fausses notes, malentendus, jeux de miroir. Il y a quelque chose de Marivaux dans Cats don’t grin, les perruques et la poudre de riz en moins peut-être…

Je n’oserais pas faire la comparaison avec un auteur aussi magnifique. Mais il est vrai qu’on retrouve dans la pièce l’idée force de Marivaux qui est que les apparences sont souvent trompeuses en amour. Marivaux est aussi l’auteur d’une superbe citation sur le métier d’acteur : «Être acteur, c’est faire semblant de faire semblant ». On fait croire au public que l’on fait semblant mais en vérité, on est beaucoup plus sincère qu’il n’y paraît sur scène.

S’agit-il d’une comédie dramatique ou d’un drame comique ?

La production parisienne était beaucoup plus sérieuse que la version américaine. Je craignais que le public français, plus rationnel, n’adhère pas à la fin ouverte de la pièce. En fait, ça a très bien marché à Paris. À la fin du spectacle, les gens échangeaient sur la nature et la réalité de la relation de ce couple. Jouent-ils avec un inconnu ? L’enjeu qu’ils mettent sur la table n’est-il pas beaucoup plus grand qu’il n’y paraît ? À New York, on gagne en intensité à chaque répétition. Je ne sais pas comment cela va finir, au Fringe Festival… (rires)

Tant qu’il n’y a pas meurtre sur scène…

Il n’y a pas de meurtre, non. Mais il y a des cadavres dans le placard !

Comment éviter la caricature quand on traite de ce type de sujet sur la vie de couple ?

J’essaie de me défaire des affirmations homme/femme ou français/américain trop stéréotypées. C’est d’ailleurs très difficile de ne pas tomber dans le stéréotype tout en restant dans le familier. Il faut que le public puisse se reconnaître sans être caricaturé. J’espère y être arrivé.

Cette pièce a-t-elle changé votre vision du couple ?

C’est peut-être ma vie de couple qui a changé ma vision de la pièce. C’est ce type de paradoxe qui a guidé l’écriture. Les personnages passent par toutes sortes de sentiments : la joie de l’amour, la peur, le déni de cet amour, le rejet jusqu’à la découverte qu’au bout, il peut survenir de l’imprévu. C’est un couple dont le regard évolue, comme le mien a changé, comme j’espère celui du spectateur changera à la fin de la pièce.

À propos du New York International Fringe Festival :

Le New York International Fringe Festival, littéralement le « festival de l’étrange » est le plus grand festival multi-art des États-Unis ! Pour cette 14ème édition, plus de 200 compagnies de théâtre du monde entier arrivent à Manhattan pour 15 jours consécutifs de création théâtrale débridée, du 13 au 29 août 2010. Cette année, 75 000 personnes sont attendues, 5 000 artistes, 1 200 spectacles et 20 lieux de représentation, dans un périmètre très restreint, situé en deçà de la 14ème rue. Comédies musicales, art dramatique ou chorégraphies dansées, les thématiques des spectacles sont réputées pour surprendre le public.

Site internet : www.fringenyc.org

Informations pratiques :

La pièce Cats don’t grin, avec Sanam Erfani et François Carré, d’après l’adaptation anglaise du texte Parfait Inconnu de François Carré sera jouée au cours de 5 représentations lors du Fringe Festival de New York.

Dates des représentations de Cats don’t grin :

Vendredi 13 août à 17 h
Mercredi 18 août à 16 h
Lundi 23 août à 15 h 45
Jeudi 26 août à 19 h
Samedi 28 août à 21 h

Adresse :

Studio Cherry Lane Theatre
38 Commerce Street, (7th Ave & Hudson St)

Métro : Christopher Street ou West 4th Street

Prix : $18, $15 sur réservation

Informations et réservations : www.fringenyc.org ou 866 468 7619

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • Walls and Bridges : trois religions en forme de fugueWalls and Bridges : trois religions en forme de fugue Des artistes de confession chrétienne, juive et musulmane se sont unis le temps d'une performance au festival « Walls and Bridges », vendredi 28 janvier. Sous la coupole de la New York […] Posted in Culture
  • CarnavalsCarnavals Une tradition festive venue d'Europe que l’on retrouve en Amérique et qui culmine en février avec Mardi-Gras. On le célèbre fastueusement de Venise à Dunkerque, de Nice à Rio de Janeiro. […] Posted in Culture