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« Cela a été dur de laisser ma mère en Haïti »

Ce mois-ci, France-Amérique consacre plusieurs pages de son dossier sur l’éducation à l’arrivée des jeunes réfugiés haïtiens dans les écoles américaines.  Rencontre à Miami avec Jaïr Moraille, Valérien Jean-Louis et Alain Veil, trois jeunes Haïtiens rescapés du tremblement de terre du 12 janvier dernier.

Jaïr Moraille a 18 ans  et est en 1ère. Il  avait débuté son année scolaire au Lycée français Alexandre Dumas de Port-au-Prince, mais a quitté la capitale haïtienne peu après le tremblement de terre dévastateur du 12 janvier dernier. Il a rejoint, en Floride, son frère, qui est à l’université. « Cela a été dur de laisser ma mère en Haïti », raconte-t-il. « Elle est propriétaire de librairies et doit rester au pays pour éviter les pillages. Mon père est décédé depuis longtemps ».

Jaïr a eu un peu de chance dans son malheur : sa maison a été détruite, mais tous ses proches ont survécu. À Port-au-Prince, il étudiait l’anglais quelques heures par semaine et c’est sa mère qui a insisté pour qu’il continue sa scolarité en français aux États-Unis. Il a obtenu l’adresse de ISCHS, la high school prodiguant un programme franco-américain à Miami par une amie. Il a l’intention de finir l’année scolaire à Miami, même si le Lycée Alexandre Dumas a rouvert le 1er mars avec 200 élèves.

Valérie Jean-Louis est née aux États-Unis il y a 17 ans, mais vivait en Haïti jusqu’aux événements. Elle étudiait dans une école catholique privée haïtienne, Sainte Rose de Lima. On n’y enseigne pas le programme agréé par l’Éducation nationale, même si on y enseigne en français. Son père vend de l’essence et sa mère est architecte. Elle a perdu un oncle et une cousine dans la catastrophe. Juste après le tremblement de terre, je suis allée dans les hauteurs, chez une tante. On avait peur qu’un tsunami nous atteigne. Ce n’est que quelques jours après que j’ai évalué l’ampleur du désastre. Il y avait des cadavres en putréfaction partout ! D’habitude, les catastrophes n’atteignent qu’une partie de la population. Là, c’est tout le monde qui est touché ! ».

La jeune fille  s’est débrouillée pour pouvoir poursuivre sa scolarité à Miami. « C’est moi qui ai découvert cette école (ndlr, ISCHS) grâce au site Internet », explique-t-elle. « Le fait que ce soit une “A+ School” a joué en sa faveur ».

Alain Veil est dans la même situation. Il a découvert ISCHS sur Facebook. Il a mis du temps à digérer les images terribles de l’après-tremblement de terre. « Ce qui m’a frappé, après le tremblement de terre, c’est de voir tous ces corps », raconte-t-il. « Il y avait des morts partout sur les routes. Je revois quelqu’un accroché bizarrement à un poteau électrique. Après tout ce que j’ai vu, ça m’a pris au moins deux semaines pour m’en remettre ». Alain Veil est venu en famille à Miami. « Nous sommes huit », glisse-t-il « Pour le logement, on se débrouille ».

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