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« Chanter en public est ce que je préfère »

La légendaire chanteuse, compositrice et actrice anglaise Petula Clark entame une tournée début octobre qui la conduira en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis et au Canada. Grande vedette de la chanson francophone des années 1960, elle prévoit aussi un passage à Paris, pour l’émission « Vivement dimanche », animée par Michel Drucker, qui lui sera entièrement consacrée.

France-Amérique : Vous êtes entrée dans le monde du spectacle à l’âge de sept ans, en 1939…
Pétula Clark : Oh la la… Vous voulez parler de ça ! Pourquoi ?

F.-A. : Ça vous ennuie ?
P.C. : J’ai presque tout oublié. Ce n’est pas très intéressant, pour moi… (rire) À sept ans, j’étais une enfant star oui, mais je ne sentais rien du tout. J’aimais chanter, c’est tout. Être célèbre, je ne sais pas ce que c’est, en fait, parce que j’ai toujours été célèbre.

F.-A. : Puis vous devenez artiste-interprète à treize ans…
P.C. : La première fois que je suis allée voir une pièce au théâtre, j’avais environ six ans. Dès lors, j’ai voulu être actrice ! J’ai chanté pour le plaisir, mais j’avais envie d’être comédienne.

F.-A. : Était-ce un moyen de vous détacher de vous-même, de retrouver l’univers du jeu que les enfants stars ignorent parfois ?
P.C. : Je ne pense pas, non.

F.-A. : Quel a été le moment le plus inouï de votre carrière ?
P.C. : La première fois que j’ai chanté à l’Olympia. Je ne parlais pas un mot de français, j’ai chanté en anglais et j’ai fait un triomphe. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi. Il y a eu beaucoup de moments extraordinaires.

F.-A. : Votre carrière en France est particulièrement extraordinaire…
P.C. : Je suis devenue vedette en Angleterre à 20 ans environ. On commençait à m’appeler de Paris. « Il faut absolument venir à Paris. Il y a une fille qui s’appelle Dalida qui copie vos disques et qui a du succès », me disait-on. C’était quelqu’un d’Europe 1. Moi, ça ne me touchait pas du tout, je n’avais pas envie d’aller en France. J’avais déjà ma carrière en Angleterre, un boyfriend et tout… Finalement, j’ai accepté de faire un aller-retour pour une soirée spectacle à l’Olympia dont je n’avais pas réalisé l’importance. J’arrive donc à Paris, très enrhumée, et j’ai très mal chanté je trouve… Le lendemain, j’avais rendez-vous avec la maison de disque Vogue. Soudain, il n’y a plus d’électricité, plus de lumière. Ce jeune employé arrive, se met debout sur le bureau, change l’ampoule et voila la lumière ! « C’est qui ça ? », demandais-je. « C’est Claude Wolff, notre public relations. Si vous venez enregistrer en France, c’est lui qui vous accompagnera en studio, pour les interviews… »

F.-A. : Et c’est devenu votre mari…
P.C. : (Rire) … Et c’est la vérité ! Je ne suis pas du tout venue en France pour ma carrière, j’avais déjà une carrière. Je suis venue pour lui. J’ai fait mon petit disque en français, tout en phonétique. C’était assez mauvais. Claude m’a emmenée partout, dans les studios, m’a présentée aux  journalistes et petit a petit… (rire)

F.-A. : Petit à petit, vous rencontrez d’immenses artistes tels que Serges Gainsbourg.
P.C. : Oui. Serge m’a écrit plusieurs chansons. Avant lui, Jacques Brel m’en a fait une aussi. J’étais en tournée en Belgique avec lui et on s’amusait ensemble. C’est un artiste extraordinaire. Quand il a appris que j’attendais un bébé, il a voulu m’offrir une chanson : « Un enfant ». Je la chante encore, mais pas en Amérique. C’est un peu difficile de chanter ça en Amérique. Quant à Serge, il est venu dans mon appartement à Paris pour me présenter une chanson qu’il avait faite pour moi. C’était avant qu’il devienne Gainsbourg, Gainsbarre. Il était très timide et moi aussi. Pendant vingt minutes, on ne s’est pas parlé. Finalement, je lui ai proposé de boire quelque chose. Il a dit : « Oui, une bière ! » (rire). Je suis allée lui chercher une bière, et un thé pour moi. Et il était tellement nerveux qu’il a renversé son verre sur mon magnifique piano. C’est ainsi que nous sommes devenus amis. Il a composé plusieurs chansons pour moi et nous avons fait de la télévision, des sketches, des bêtises…

F.-A. : Quelle fut votre collaboration artistique préférée ?
P.C. : Il y en a beaucoup trop ! Bien sûr, je pense surtout à Tony Hatch qui m’a fait « Downtown» et  «Don’t sleep in the subway », tous ces gros succès qui ont lancé ma carrière aux États-Unis.

F.-A. : Aujourd’hui, y a-t-il un artiste avec lequel vous voudriez travailler ?
P.C. : Pas spécialement. Ça ne marche pas comme ça, pour moi. Toute ma carrière était organique… il n’y a pas eu de plans. Je ne suis pas ambitieuse. Il y a des choses qui arrivent et c’est comme ça. Actuellement, je travaille sur mon nouveau spectacle pour l’Amérique et l’Australie. C’est cela qui m’intéresse maintenant.

F.-A. : À New York, vous allez vous produire au Tarritown Music Hall…
P.C. : Oh oui ! C’est un peu comme une première, pour essayer les nouvelles chansons, les nouveaux musiciens. Après cela, je pars pour Sydney et je fais d’autres spectacles.

F.-A. : Quel est votre secret pour avoir autant d’énergie ?
P.C. : J’aime ce que je fais. J’aime le live. Le cinéma, la télévision, l’enregistrement de disques… il n’y a pas de public. Chanter en public est véritablement ce que je préfère. Le contact avec les gens, en général…

F.-A. : Vous semblez toujours aussi passionnée.
P.C. : Ah ça, c’est une chose qui reste vous savez… Ce métier existe depuis très très longtemps. Bien avant l’électricité, les gens chantaient pour le public. Pour moi, ça, c’est la base de tout.

F.-A. : Sur l’affiche de votre spectacle, il est inscrit « The lady, the legend, the music… » qui annonce un retour sur scène avec vos plus grands succès. Est-ce une façon pour vous de saluer votre public et de conclure ?
P.C. : Non, même si l’on ne sait jamais. Mais je ne vois pas ma vie ainsi. Je vis l’instant présent et regarde vers l’avenir, mais je ne regarde jamais en arrière… sauf quand je suis obligée.

F.-A. : Comme aujourd’hui !?
P.C. : Oui, un peu. (rire)

F.-A. : Alors regardons vers l’avenir ! A-t-on une chance de vous revoir au théâtre ?
P.C. : Ahhh… C’est possible, oui ! Quelqu’un m’a parlé d’un projet à Paris et quelqu’un d’autre m’a parlé d’un projet à New York. Ce sont deux choses complètement différentes. Je ne sais pas si je vais faire l’une, l’autre ou aucun des deux. Cette tournée représente déjà beaucoup de travail. J’ai aussi une émission télé prévue à Paris, quand je rentre de Montréal, « Vivement dimanche », présentée par Michel Druker. Et ça continue ensuite, l’année prochaine.

F.-A. : Un dernier mot sur les États-Unis et la France. À quel endroit vous sentez-vous le mieux ?
P.C. : (rire) C’est assez difficile, parce que je me sens… Mon cœur est probablement à… Ah ça, c’est difficile. Si je veux être honnête avec vous, il y a une partie de moi qui est touchée quand je suis en France et l’autre qui est touchée quand je suis en Amérique. Et bien sûr, il y a l’Angleterre aussi. Mais je me sens un peu différente quand je suis en France. Vous comprenez cela ?

F.-A. : Oui, mais dites nous en plus.
P.C. : (rire) Je me sens plus femme, en France, plus féminine. En Amérique, c’est très professionnel. Je suis peut-être plus à l’aise en Amérique, parce que je parle anglais. C’est ma langue maternelle. Cela dit, il y a une partie de moi qui est française quand même. Je ne peux pas vous en dire davantage. Je ne comprends pas moi-même.

F.-A. : Votre façon de chanter et de vous mouvoir sur scène est-elle différente ?
P.C. : Ce n’est pas seulement ce qu’il se passe sur scène, c’est la vie en générale. La façon de manger, la façon de s’habiller… Il y a quelque chose dans l’air, en France, et surtout à Paris que l’on ne trouve pas ailleurs. On peut dire la même chose de New York. Je ne peux pas parler de préférence. J’aime beaucoup le vin rouge, mais j’aime aussi profiter d’une bonne bière ! (rire)

 

Site officiel : www.petulaclark.net

Le 24 septembre 2010, au Tarrytown Music Hall, New York
Le 6 novembre 2010, au théâtre Annenberg – Palm Springs Art Museum, Californie
Le 9 novembre 2010, Northern Quest Resort & Casino, Airway Heights, Washington
Le 13 novembre 2010, au théâtre St-Denis, Montréal
Le 1er février 2011, au théâtre Lakeland Center Youkey, Lakeland, Floride
Le 5 février 2011, au théâtre River Rock Show – River Rock Casino Resort, Richmond, BC, Canada

Et retrouvez toutes les dates de concerts prévues en Australie et en Nouvelle-Zélande, en cliquant ici.

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