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Charles Kolb, de Washington DC à la French-American Foundation

France-Amérique a rencontré le nouveau président de la French-American Foundation de New York, Charles Kolb. Pour le journal, il est revenu sur son parcours professionnel et sur son projet pour l’organisation.

Charles Kolb s’exprime devant une gigantesque carte de Paris datant du XIXe siècle. La France, il l’a d’abord aperçue à travers les photographies d’un livre sur le Mont Saint-Michel, que sa tante lui avait offert après un voyage en Normandie. La ville médiévale fait forte impression : avec la détermination d’un enfant de sept ans, il demande à ses parents des cours privés de français. Son apprentissage de la langue se poursuit dans une école privée de Middletown, dans le Delaware.

C’est l’université de Princeton qui va lui permettre de traverser l’Atlantique. Un programme de stages en France est proposé à une quarantaine d’étudiants. Charles Kolb passe les étés 1971, 1972 et 1973 au bureau de change du Crédit Lyonnais, à Cannes. De cette période date son “histoire d’amour avec l’Hexagone”, qui continue aujourd’hui. Diplômé de Princeton, Charles Kolb prépare un master de droit à Charlottesville, au sein de l’Université de Virginie. Il exerce ensuite le métier d’avocat dans le privé, puis passe dix années au service de l’Etat fédéral, sous les présidences de Ronald Reagan et de George Herbert Bush.

Le département de l’éducation le nomme d’abord représentant auprès de l’OCDE, ce qui lui permet de multiplier les voyages à Paris. Les auteurs français continuent de l’accompagner, dont Patrick Modiano, son favori. De 1990 à 1992, il est aussi conseiller adjoint à la Maison Blanche sur les questions de politique intérieure. S’il a servi le père,  Charles Kolb n’a pas d’”affection particulière” pour le fils, George W. Bush. Il qualifie volontiers les freedom fries et le French bashing de “bêtises”. Ce président a affirmé ne pas “faire de nuance”, en utilisant le mot français, sous entendant : “soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous”. Kolb le souligne, “cette attitude, ce n’est pas les Etats-Unis”.

En 1997, il prend la direction du Committee for Economic Development (CED), une organisation non partisane de recherche, très écoutée à Washington DC. Il quitte le CED pour la présidence de la French-American Foundation (FAF) en mai 2012. Une manière de “rendre à la France une partie de ce qu’elle m’a donné”, dit-il. Le renforcement des liens entre les deux pays est la raison d’être de l’organisation. La France et les Etats-Unis possèdent davantage d’enjeux communs que d’autres partenaires, comme la Chine ou l’Allemagne. Prenons l’exemple de l’endettement. Charles Kolb pense que la situation est intenable, même si les Etats-Unis possèdent toujours la monnaie de réserve mondiale. Pour appuyer son propos, il cite le livre de la journaliste Sophie Pedder, Le Déni français, qui soutient que les grands succès de la France comme le TGV ou le système de santé, ont été rendus possibles par trente années d’endettement. “Nos deux Etats peuvent réfléchir ensemble à des réponses face au niveau de la dette”.

Charles Kolb est très confiant dans l’avenir des relations franco-américaines. Il est persuadé que John Kerry sera un excellent secrétaire d’Etat. Ce dernier a été attaqué parce qu’il parle français, comme Mitt Romney. En réaction, Charles Kolb a pris la plume et publié un article sur le Huffington Post, pour défendre l’enseignement des langues étrangères et plus particulièrement du français. Ces attaques contre la francophonie sont des opportunités pour la French-American Foundation de faire entendre sa voix. Les Américains devraient être fiers de cette relation particulière avec la France. Bientôt, pense Kolb, on ne pourra plus attaquer les hommes politiques pour leurs liens avec l’Hexagone.

A la tête de la FAF, il souhaite avant tout poursuivre les programmes existant : Young Leaders, le prix de traduction d’un roman francophone en anglais, le symposium franco-américain sur la défense, les échanges sur le thème des villes durables et le prix qui récompense le travail d’un journaliste sur l’immigration. Créé en 1981, le programme Young Leaders permet de mettre en relation des chefs d’entreprises, des militaires, des hommes politiques, des journalistes ou des artistes. Il représente aussi un réseau de presque 400 anciens, que la fondation est “très fière de faire vivre”. Le président de la République française François Hollande, sa plume Aquilino Morelle, et quatre de ses ministres (Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Marisol Touraine et Najat Vallaud-Belkacem) en font partie. Au gouvernement précédent, on comptait Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez et la directrice de cabinet de l’Elysée, Emmanuelle Mignon. Cette année, la FAF entend mettre l’accent sur la diversité dans le processus de sélection.

Charles Kolb souhaite ensuite développer la recherche, par la rédaction de rapports pour stimuler le débat public : “sans prendre position, il s’agit de fournir des données, d’organiser un forum pour que prenne place la discussion”. Il évoque des thématiques comme la fiscalité, l’éducation, la place des femmes dans les conseils d’administration ou le mariage gay. Le nouveau président cherche aussi à renforcer les liens avec l’organisation sœur, la FAF de Paris. Une réunion des équipes en France et aux Etats-Unis aura ainsi lieu une fois par mois. La fondation envisage enfin de s’étendre au niveau local, en organisant par exemple des manifestations loin de New York ou de Washington DC. Pour que les liens transatlantiques s’enracinent plus en avant sur le territoire américain.

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