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Château dans l’Arkansas : le projet fou de deux Français s’écroule

Porté par un couple de Français, le rêve de construction d’un château fort médiéval dans l’Arkansas est finalement enterré. Deux ans après l’arrêt de l’exploitation du château, Ozark Mediaval Fortress est à vendre. Sous-budgétisée, l’opération a souffert de la méconnaissance  de ses investisseurs français du marché touristique américain.

Solange et Jean-Marc Mirat rêvaient de bâtir un château médiéval tout près de leur propriété à Lead Hill, en Arkansas. Avec l’objectif un peu fou d’apporter un pan d’histoire européenne aux Américains. Quatre ans après le début des constructions, les deux Français, et les quatorze autres investisseurs qui avaient pris part à l’aventure, attendent de savoir si les ruines de leur projet trouveront acquéreur. Car la construction d’Ozark Medieval Fortress, amorcée en 2009 avec des méthodes et des outils datant du XIIIe siècle, est stoppée depuis plus de deux ans.

“Il nous aurait fallu une trésorerie avec trois à quatre ans d’avance. Le démarrage a été assez lent, nous n’avions pas suffisamment de fonds pour amortir nos dépenses. Au bout d’un moment, les actionnaires en ont eu assez”, explique Jean-Marc Mirat. Au total, près de 2 millions de dollars ont été engloutis dans l’affaire. En 2010, à l’ouverture, 24 employés figuraient sur le registre du personnel, mais l’année suivante, ils n’étaient plus que neuf, et en juillet 2012 le site était mis en vente.

L’amateurisme des investisseurs

Pendant deux ans pourtant, tous y ont cru. “Nous étions très enthousiastes à l’idée d’avoir un vrai château en Arkansas, construit de manière authentique avec des artisans en habits d’époque”, se souvient Joe David Rice, le directeur d’Arkansas Tourism, l’agence touristique de cet Etat du sud-est. “Mais la forteresse n’a jamais été une attraction majeure. Elle a souffert d’un budget de promotion limité. Le fait qu’elle soit située très loin d’une autoroute s’est également avéré être un problème important.”

Conséquence, pour chacune des deux années d’activité, le château a accueilli 11 000 visiteurs par an seulement, contre les 150 000 attendus. La faible fréquentation n’explique pas tout. Joe David Rice, le directeur d’Arkansas Tourism, pointe également du doigt l’amateurisme de ses développeurs, mentionnant un projet “gravement sous-capitalisé”, ainsi qu’une mauvaise connaissance des pratiques commerciales américaines.

Michel Guyot est l’ancien directeur de la société Ozark Medieval Fortress. Pour lui, la localisation du château en Arkansas n’était déjà pas une bonne idée, car le lieu est trop éloigné des grandes universités américaines et de la communauté scientifique au nord de la côte est, qui auraient pu être intéressées par l’étude de ce projet. “On a mal appréhendé le sujet. A moins d’une heure d’ici, à Branson (Missouri), il y a un parc d’attraction qui attire entre 6 et 7 millions de personnes par an. C’est amusant. Notre public à nous, ce sont des gens curieux et ils sont à 2 000 kilomètres d’ici.”

Un château à vendre pour 400 000 dollars

Passionné d’archéologie médiévale, Michel Guyot supervise actuellement la construction de Guédélon, un projet similaire dans l’Yonne en France, qui avait inspiré le couple Mirat. Jean-Marc, le mari, admet que leur ignorance du marché touristique américain a pu vouer le projet à l’échec. “Si Guédélon s’autofinance avec la venue des touristes, nous n’avons pas compris assez tôt que les Américains ne voudraient pas payer pour voir quelque chose qui n’était pas fini, même si le but du site était justement de montrer les étapes de construction d’une forteresse.”

Depuis juillet 2012, le site de Lead Hill est à vendre pour un montant de 400 000 dollars, une bouchée de pain comparée aux investissements. “J’ai eu quelques demandes sérieuses, notamment du Canada et des Etats-Unis, mais rien n’a abouti”, confie Roger Turner, un agent immobilier réputé d’Harrison, a qui a été confié le bien. Si les infrastructures d’accueil du public sont prêtes à fonctionner, à l’image de la boutique et du parking de 8 000 mètres carrés, seules les fondations, soit 5% du château, ont été réalisées. Selon les estimations des investisseurs initiaux, il faudrait réinjecter entre 4 et 5 millions de dollars pour bâtir le château, ouvrir le site et le faire fonctionner avec une vingtaine d’employés. Le rêve du couple Mirat est encore loin de devenir réalité.

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