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Choc des cultures entre salariés de fast-foods français et américains

En lutte depuis 2012 pour de meilleurs salaires et le droit de se syndiquer, des salariés de fast-foods venus de New York ont partagé lundi leur expérience avec leurs homologues français, surpris par le gouffre en termes de droits sociaux entre la France et les Etats-Unis.

Organisée dans le cadre d’une tournée mondiale visant à “globaliser” leur combat, cette rencontre a été l’occasion de mesurer le choc de deux cultures en matière de droit du travail, plus favorable en France, et de méthodes revendicatives, plus musclées outre-atlantique. Lancé en novembre 2012 avec 200 personnes organisées en “comités” à New York, le mouvement “Fight for 15” (“Se battre pour 15”) a essaimé dans 150 grandes villes américaines. Il réclame un salaire minimum de 15 dollars (12 euros) de l’heure et la reconnaissance des droits syndicaux.

Alvin Major, employé de KFC, raconte les origines de sa révolte : “Je travaillais pour la même chaîne dans trois restaurants différents, payé 7 dollars de l’heure, 84 heures par semaine!” “Mais vous n’avez pas de code du travail aux Etats-Unis?” demandent, interloqués, des représentants syndicaux et délégués du personnel d’Ile-de-France, travaillant pour les enseignes McDonald’s, KFC, Brioche Dorée ou encore Starbucks, réunis pour une table ronde au siège de la CFDT services.

Les salariés américains situent leur mouvement dans la lignée de la lutte pour les droits civiques plutôt que des luttes syndicales traditionnelles. Les méthodes – grève sans préavis, occupation de restaurants, sit-in – s’appuient sur un fort soutien communautaire, les travailleurs concernés étant souvent issus de l’immigration et de la communauté afro-américaine. “On carbure à la colère. Les élus n’osent pas nous briser, même si on est hors cadre légal et syndical, car on a trop de soutien”, explique Nick Allen, responsable de l’Union Internationale des Travailleurs de l’Agriculture et de l’Alimentaire (IUTA), qui finance en partie la campagne.

Une démarche inspirée de la désobéissance civile prônée par les leaders noirs des années 1960, et qui “fonctionne”. “Il y a trois ans, un salaire horaire de 15 dollars paraissait inimaginable. Aujourd’hui, c’est le cas dans deux grandes villes américaines”, constate Gregory Reynoso, un ancien salarié de Domino’s, qui milite désormais à plein temps après avoir été licencié pour son engagement syndical. “Nos grèves et les leurs n’ont rien à voir. Ils se font hurler dessus, parquer sans pouvoir quitter la manif et même menotter!” témoigne Jacquie Mendy, déléguée syndicale McDonald’s Ile-de-France, qui a participé à une journée de grève à New York en mai à leurs côtés.

Construire des communautés

Mouhamed Touré, délégué CFDT chez Starbucks, fait remarquer qu’en France il est difficile de mobiliser. Contrairement aux Etats-Unis, presque trois quarts des salariés de fast-foods en France sont étudiants, et donc peu enclins à revendiquer. “Les gens s’en foutent, ils pensent qu’ils auront des acquis sans rien faire. C’est vrai que le dialogue est une obligation ici, McDonald’s doit négocier avec nous”, témoigne Hélène Mercier, délégué syndicale CFDT. “Cela paraît incroyable”, répondent les deux Américains, sidérés. “C’est vrai que pour nous, en comparaison, c’est du gâteau! Mais on sait aussi qu’à l’avenir on va devoir se battre pour conserver des choses, pas forcément en avoir des nouvelles”, constate M. Mercier.

M. Reynoso est aujourd’hui “organisateur de communautés”. “Cela consiste à regrouper les gens, identifier ceux qui ont du potentiel et l’envie de lutter, contacter les paroisses, les élus, les leaders des quartiers.” Pour cela, il explique avoir “un plan très structuré”: “On fait des fiches sur chaque salarié, avec ses horaires, s’il est là depuis longtemps, s’il est sensible ou non à nos arguments.”

Pour Stéphane Guivarch, secrétaire national CFDT, “tout n’est pas applicable ici”, car “on n’a pas la même histoire”. Mais il voit “des choses à prendre”, notamment “la méthodologie presque scientifique” avec laquelle ces mouvements sont organisés, et “cette manière de sortir du syndicalisme d’entreprise”. Face aux multinationales, “notre seule force, c’est celle du nombre. Notre combat (…) doit donc être international”, conclut Gregory Reynoso.

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