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Christo tendu vers son projet au Colorado

A 75 ans, l’artiste Christo poursuit inlassablement son projet de tendre de grandes toiles sur des kilomètres au dessus d’une rivière du Colorado. Son épouse Jeanne-Claude, disparue il y a un an et avec laquelle il travaillait depuis 50 ans “est toujours là”, confie l’artiste de passage à Paris.

Pour financer cette oeuvre éphémère “Au dessus de la rivière”, préparée par le couple depuis 1992 et dans l’attente désormais d’un feu vert de l’Etat fédéral américain, Christo expose ses dessins préparatoires à Paris, chez le galeriste Guy Pieters.
On y découvre, sur fond de Montagnes rocheuses, de grandes toiles en fibres métalliques tissées, déployées au dessus de la rivière Arkansas et épousant ses courbes. L’oeuvre, qui sera présentée en été -au plus tôt en août 2014-, s’admirera notamment depuis la route qui longe le cours d’eau.
Mais elle se vivra également de l’intérieur: des dessins montrent des rafteurs dévalant la rivière, avec au dessus de leurs têtes cette toile transparente qui laisse passer le bleu soutenu du ciel.
Les panneaux de toile, représentant 10 km de long, seront interrompus par endroits, laissant passer des flots de lumière. Au total, le projet s’étendra sur 62 km le long de la rivière, choisie pour son exposition est-ouest, afin d’avoir “des couchers de soleil inoubliables”, explique l’artiste, lunettes rondes, cheveux blancs portés assez longs, silhouette mince.
Les oeuvres au crayon et pastel en vente à la galerie “ont toutes été réalisées par moi-même”, souligne Christo en français. Il souligne qu’il travaille sans assistant et réalise lui-même ses encadrements.
C’est le système Christo. Avec son épouse française Jeanne-Claude, rencontrée à Paris en 1958, ils ont produit leurs projets en vendant les oeuvres préparatoires, sans jamais accepter de sponsors. “Nous ne gagnons aucun argent. Nous en perdons pour apporter quelque chose qui a plus de valeur que l’argent”, déclare l’artiste qui a emballé le Pont-Neuf à Paris en 1985 et le Reichstag à Berlin en 1995. Le galeriste Guy Pieters confirme que l’artiste vit modestement, dans une maison de SoHo à New York, avec des meubles redessinés à partir d’objets recyclés.
Pour “Over the river”, oeuvre qui sera présentée pendant deux semaines seulement, Christo a besoin d'”environ 50 millions de dollars” (37,7 millions d’euros). Sept millions de dollars ont déjà été dépensés en préparatifs. Mais pour Christo, le plus difficile ne semble pas tant de recueillir les fonds que d’obtenir les autorisations pour ses ambitieux projets éphémères.
“Sur 50 ans de travail, 37 projets m’ont été refusés. Seuls 22 ont été acceptés”, souligne l’artiste d’origine bulgare, qui a fui à l’ouest en 1957, s’installant à Paris avant de se fixer à New York en 1964.
Pour “Over the river”, qui s’étend sur des terrains appartenant à l’Etat fédéral américain, les choses avancent mais ne sont pas faciles, certains militants locaux étant opposés au projet.
Christo a fait réaliser par des experts des études préparatoires “représentant un livre de 2.229 pages”. De son côté le ministère américain de l’Intérieur a commandé en 2009 une vaste étude d’impact environnemental.
Selon Christo, elle devrait être terminée au printemps et il appartiendra alors à l’Etat fédéral de rendre sa décision. “Nous sommes très optimistes. Nous sommes très sûrs que nous aurons l’autorisation”, affirme Christo.

Et quand on l’interroge sur ce qui l’anime depuis tant d’années, il répond tout simplement “la recherche de la beauté”.

(Exposition “Christo and Jeanne-Claude, Over the river” à la galerie Guy Pieters jusqu’au 23 janvier. 2 avenue Matignon, Paris 8ème)

 

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