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Chromeo, l’ironie à succès des funky nostalgiques

Au lendemain d’une compilation fantasque sur la série DJ Kicks, sortie le 29 septembre, le duo électro/funk originaire de Montréal a fait son retour à New York, ville de leur premier succès. Derrière la gloire fulgurante d’une musique inspirée des eighties se cachent une intelligente dose d’humour, un brin de nostalgie et une novation proclamée.

Chromeo, un son pour ados en mal d’émotions et nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas pu connaître ? Un peu. À l’image de leur jeune public, les deux Montréalais Dave et Pee Thugg, alias David Macklovitch et Patrick Gemayel, qui se sont connus sur les bancs de l’école à 15 ans, cultivent le rêve d’une ère révolue en chapitrant Prince, Michael Jackson et les créations disco/funk des années 80. Mais la dérision est leur fer de lance. Cette adroite composition mêlée à l’élan électro du moment leur assure un succès depuis leur album remarqué, Fancy Footwork, et leur dernière compilation sur la collection DJ Kicks. Vendredi dernier, dans l’antre de la mythique Irving Plaza, l’énergie et les réactions euphoriques de l’audience étaient au rendez-vous. Courtoisement, le groupe a bien voulu nous parler de son identité et de sa musique à deux temps.

France-Amérique : Vous avez connu votre premier succès à New York. Que représentent cette ville et son public à vos yeux ?

Chromeo : Cela a été notre premier public, et cela reste le meilleur. C’est ici que tout est né. Il y a eu une bonne connexion avec le public, qui a tout de suite compris nos références, notre sens de l’humour et notre sensibilité. Concernant la ville, les clichés sont vrais et fondés, comme la plupart. Ce que nous détestons sont les gens qui disent que New York était mieux avant, dans les années 80 par exemple. Je trouve que c’est une fausse nostalgie affectée, cette ville suit son évolution et elle est très bien comme elle est maintenant.

Dave, vous vivez ici, et Pat, vous à Montréal. Comment travaillez-vous ?

Dave : Je monte souvent à Montréal et puis on s’envoie nos travaux par mail.

Dave, vous vivez ici, à New York et vous êtes professeur de français à Columbia University. C’est un peu atypique pour un musicien de votre registre ?

Oui, à Barnard College plus exactement. J’ai toujours été un musicien atypique, et je n’ai jamais arrêté mes études. Au niveau d’un équilibre de vie personnelle, la musique et la littérature française sont complémentaires. Quand je vis une existence monastique à la bibliothèque ça me fait du bien de faire des shows à coté, d’intéragir avec Pat ou de simplement m’exprimer. Et inversement, dans les grosses tournées cela fait du bien d’être stimulé intellectuellement.

Si on en croit différentes publications, vous vous définissez comme la « seule collaboration musicale judéo-arabe ». Qu’est-ce que cela signifie ?

C’est un peu une hyperbole mais c’est simplement qu’il n’y en a pas d’autres qui fonctionnent.

Parlez-nous de la compilation DJ Kicks. Comment le projet est-il né ?

DJ Kicks nous a tout bonnement approchés, mais on ne connaissait même pas la série. On a un peu subverti le concept de la série parce qu’au départ c’est quand même une compil’ techno assez sérieuse. On a donc a fait quelque chose de plus funk, avec aussi des morceaux de folk québequoise. On trouve le disque vraiment drôle et sublime. Il s’écoute bien mais j’espère que les Français vont le comprendre, parce qu’il y a des accents incroyables. C’est un peu un retour aux origines. Ce disque a vraiment une saveur particulière. Et heureusement que DJ Kicks nous a laissés l’interpréter à notre sauce.

Quel est votre morceau préféré ?

Sans hésitation, Diane Tell. Ça nous rappelle notre enfance. Chaque matin, en allant à l’école, il y avait cette station de radio québécoise qui passait cette chanson en boucle.

Justement, le résultat est plutôt drôle. Pourquoi avoir repris cette chanson folklorique québécoise ?

Il y a une grande part d’humour, d’hommage sincère à notre pays et aux années 80, et puis une part de nouveauté puisque on recontextualise ce son si spécial.

Votre musique se situe entre le funk, le rap, l’électro et parfois le disco. Comment définiriez-vous votre style ?

Dave : Finalement, on n’a pas de style approprié. On vient du rap, mais on aime le funk, la musique électronique ou les chansons d’amour. Au départ, j’ai toujours voulu faire du rap , mais avec la tête que j’ai, c’est impossible. Nos influences sont la funk années 80, ou le rock light comme Stealy Dan, Eagles. On a donc opté pour quelque chose de plus compatible avec notre personnalité en mixant tous les genres. Je me définis un peu comme un juif névrosé, atteint du complexe d’Œdipe. Alors, cela serait juste un pastiche si l’on faisait des chansons d’amour à l’ancienne. Le plus important, c’est d’être à la fois drôle et sincère. Notre type d’ironie, c’est un peu le même que Justice. Comme eux, on se déguise et on joue avec le public. Mais eux sont plus dans le dramatique, ils cherchent des symboles fort comme la croix, les références à Metallica etc. Au final, c’est la même sensibilité.

Et l’électro alors ?

On adore aussi l’électro. Si Daft Punk n’avait pas fait Discovery, je pense qu’on n’aurait jamais existé en tant qu’artistes. Nous sommes un peu les enfants de cet album. On a pris ce qui était en germe sur ces créations et on a personnalisé cette influence avec notre style propre. Discovery et Digital Love sont les matrices de notre son.

La nostalgie est-elle une composante réelle de votre inspiration ?

Nous, c’est un peu comme les White Stripes qui cultivent un coté vintage par rapport au blues. On fait la même chose par rapport au funk. C’est plus un amour qu’une nostalgie, car on n’a pas vécu cette période. Et puis la nostalgie est ringarde. Alors oui, c’est un peu l’expression d’une frustration. On n’a jamais connu cela alors on veut le faire, par pure envie de découverte.

Il y a beaucoup de voix métallisées sur vos chansons, pourquoi ?

Pat : Tout simplement parce que j’ai toujours voulu chanter et comme je n’ai pas une belle voix, je me suis mis à la talk box. (rires)

Pensez-vous dédier prochainement un morceau en hommage à Michael Jackson ?

Toute notre musique est en hommage à Michael Jackson. Il y a des clins d’œil à Michael dans tous les morceaux : sur l’album Fancy Footwork, la ligne de base du morceau « 100 % » ressemble à celle de « Beat it », le début de Fancy Footwork ressemble à Billy Jean, « Tenderoni » est un mot que Michael a beaucoup employé. Et puis quand on a mixé ce dernier album avec Philippe Zdar (ndlr, membre de Cassius, Motorbass, La Funk Mob, qui a produit Phoenix sur Wolfgang Amadeus Phoenix), il nous a dit qu’il voulait absolument un son à la Quincy Jones.

Sur votre Myspace figure un remix de Vampire Weekend en libre écoute. Ce morceau est-il une tendance actuelle ?

Pas vraiment, on fait un ou deux remix par an, quand on est amis avec certains groupes. Vampire weekend, ce sont des potes, ils sont allés à Columbia avec moi (Dave). On a aussi fait Feist quand j’ai habité à Paris.

Avez-vous des projets à court terme ?

Oui, un prochain album. Il sera sûrement sous le signe de Rod Temperton (ndlr, auteur de l’album Thriller).

Infos pratiques :

Myspace: http://www.myspace.com/chromeo

Site web: http://www.chromeo.net/

Chromeo en live au Webster Hall:



 

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