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Comment transformer ses ‘kids’ en fins gourmets

Les parents américains devraient-ils s’inspirer de la France en matière d’éducation ? C’est ce que pense la Canadienne Karen Le Billon, qui a vécu un an en Bretagne et en a profité pour inculquer à ses filles de nouvelles habitudes alimentaires. Fini les snacks et les jérémiades. Maintenant, elles dînent à table, goûtent à tout et raffolent des épinards !

“Les enfants français mangent de tout, de la salade de fruits au foie gras, en passant par les épinards et le bleu qui pue”, écrit Karen Le Billon dans French Kids Eat Everything. En 2008, cette professeure d’université à Vancouver quitte la Colombie britannique pour la Bretagne, avec son mari français et ses deux enfants. Au-delà des complications de la vie d’expatriée, Karen Le Billon découvre l’importance accordée aux repas et le rapport quasi sacré à la nourriture. Dépaysant.

A la sortie du premier jour d’école, la fille aînée de Karen Le Billon, Sophie, quatre ans à l’époque, est en pleurs, affamée. “Elle n’avait pas mangé de la journée”, écrit la mère de famille, qui enquête et met le doigt sur le calvaire de sa fille. “Le déjeuner était immangeable (selon elle). Contrairement à la crèche à laquelle elle était habituée, il n’y avait de goûter ni le matin ni l’après-midi. Et elle n’avait pas eu l’autorisation de boire un verre d’eau pendant la classe, même quand elle a levé le doigt.”

En bonne mère poule, Karen Le Billon se précipite auprès de la maîtresse et tente même de lui imposer un pique-nique maison pour sa fille. Outrée, elle s’aperçoit vite que ses remarques ne sont pas les bienvenues. Et que Sophie va devoir se plier aux nouvelles règles de l’école. Ferme, “Madame” la professeure s’adoucit devant la mine inquiète de la nouvelle. Elle emmène l’expatriée visiter la cantine. Si pour les Français le réfectoire est une institution familière, la tradition du restaurant scolaire relève de l’exotisme pour les étrangers. La table y est dressée avec de la vraie vaisselle, chaque enfant se voit remettre une serviette de table, les menus comportent entrée, plat et dessert. Karen Le Billon est sidérée.

Grignotage et jeux interdits

Il lui faudra quelque temps pour réaliser que ses enfants peuvent s’adapter. “Beaucoup de gens en Amérique du Nord pensent que les enfants n’aiment pas les légumes”, explique l’auteure. “C’est une erreur !” Un mythe culturel né, selon la Canadienne, de dictons et de comptines dans lesquels les légumes sont synonymes de soupe à la grimace, tandis que les petits Français grandissent entourés de chansons qui valorisent la nourriture : “Savez-vous planter les choux”, “Dame Tartine”, “Le Temps des cerises” ou encore “Oh l’escargot”.

Devant tant de révélations, l’universitaire entreprend de rééduquer ses filles. Si les enfants français peuvent le faire, les siens le peuvent aussi ! French kids eat everything énonce ses dix règles d’or. Règle numéro un : ce sont les parents qui décident, pas les enfants. Règle numéro 2 : la nourriture ne sert pas comme argument de négociation ou de chantage. Ce n’est pas un jouet ou une distraction. Règle 3 : adultes et enfants mangent la même chose. Etc.

La numéro 7 est fondamentale : tu ne grignoteras point ! Karen Le Billon constate à plusieurs reprises que les Français sont intransigeants sur ce point. La pratique du snack en continu est une constante sur le continent nord-américain, mais perçu d’un très mauvais œil dans l’Hexagone, souligne l’écrivaine. La Canadienne le confirme, elle qui avait l’habitude de donner des snacks à ses filles toutes les demi-heures et rangeait des gâteaux partout, “dans la voiture, dans la poussette, dans le sac à main”, pour pouvoir les dégainer à tout moment : se contenter d’un seul goûter dans la journée, après l’école, a été l’un des sacrifices les plus difficiles pour la mère comme pour les enfants.

Autre révolution : le repas familial attablé et dans le calme. “Pour mon mari, ça allait de soi. Il est français : être à table, c’est le meilleur moment de la journée”, raconte l’auteure qui admire cette capacité française à savourer. “La table est l’endroit où parents et enfants se détendent. Ils apprécient ce qu’ils mangent mais aussi le fait d’être ensemble. Ce qui rend l’éducation culinaire des enfants plus supportable”, écrit-elle. “La table de la salle à manger est aux Français ce que la voiture est aux Américains !”, plaisante-t-elle.

Le plaisir et la morale

On ne badine pas avec la nourriture en France. “L’école publique joue un rôle important en enseignant les fondements de l’alimentation”, à tel point que la journée de travail (ou d’école) est structurée autour des repas.

La culture anglo-saxonne est “moins gourmande” aux yeux de l’auteure. “L’individualisme nord-américain se manifeste aussi à table : ni l’Etat, ni la famille, ni personne ne peut contrôler ce que je mange. L’enfant décide très jeune ce qu’il veut ou ne veut pas manger et la famille accepte, par respect pour son individualité.” Ajoutez à cela un “marketing très puissant” et vous obtenez une société moins familière avec la diversité dans l’alimentation.

Si Karen Le Billon est sévère avec ses compatriotes, elle n’entend pas pour autant dispenser de leçon de morale ou de diététique. “Je n’ai pas voulu écrire un livre qui enseigne aux gens comment éviter l’obésité chez leurs enfants”, pose celle qui souhaite éviter les aspects négatifs et privilégier le plaisir. “Aux Etats-Unis et au Canada, la nourriture fait peur, angoisse. L’approche française, elle, est positive.” D’ailleurs, si l’auteure parle de ses enfants, elle souhaite que les adultes aussi puissent tirer les leçons de son expérience. Elle a donc appris à apprécier le chou-fleur, non sans mal. Et a intégré des formules bien françaises telles que “A table !” ou “Bon appétit !” Selon elle, “apprendre les règles de la table (…) est un rite de passage et une condition requise pour une navigation réussie dans la société.” Elle s’enthousiasme : “Les Français pensent qu’apprendre à manger est aussi important qu’apprendre à lire et à écrire !”

French Kids Eat Everything, HarperCollins Publishers. 305 pages.

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