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Deborah Turbeville : Versailles côté face

En 1979, Versailles n’est pas encore le troisième site touristique le plus visité de France. Le château, qui sera inscrit cette même année au patrimoine mondial de l’Unesco, s’est endormi le temps de restaurations. C’est dans ce palais replié sur lui-même, succession de pièces abandonnées à des années lumières des fastes de la cour du Roi Soleil, que déambule la photographe américaine Deborah Turbeville. Des images hors du temps, récemment acquises par le fonds américain MUUS.
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© Deborah Turbeville, courtesy of the MUUS Collection

« La mode se prend plus au sérieux que moi », déclarait Deborah Turbeville (1932-2013) au New Yorker en 2011. « Je ne suis pas vraiment une photographe de mode. » Cette étiquette lui a pourtant collé à la peau toute sa vie. Ses clichés ont marqué les pages des magazines les plus en vue, de Vogue au Harper’s Bazaar de Diana Vreeland. Pourtant, son œuvre n’a jamais été autant célébrée que celle de ses contemporains, Guy Bourdin et Helmut Newton en tête. Son style photographique se distingue de celui de ses pairs : elle n’hésitait pas à déchirer ou à piétiner ses photos, leur conférant un aspect vieilli caractéristique, un vécu, une imperfection telle la vie même.

A la fin des années 1970, Deborah Turbeville vit à Paris. Elle découvre le château de Versailles, dont l’accès lui refusé pour une séance de mode. Grâce à l’intervention de Jackie Kennedy Onassis – une admiratrice et amie ! –, elle obtient enfin l’autorisation de  photographier les coulisses du domaine en chantier. Elle y passera un hiver et rassemblera son travail dans un livre, Unseen Versailles, en 1981. Ses images capturent l’ancienne résidence royale, immense et fantomatique dans la pénombre, sur laquelle ne veille plus qu’une armée de statues poussiéreuses. D’un geste mélancolique, elle balaye de son objectif les recoins du palais à la recherche du luxe d’antan et de ses mystères.

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« Des figures inanimées s’accumulent dans les pièces sans plus de relief que tous les autres objets et débris abandonnés – épingles à cheveux, feuilles, documents, chaussures, enfants, animaux, robes, perruques, masques, jupons – tous des témoins fugitifs, si délicats qu’une fenêtre ouverte pourrait y mettre fin », décrit-elle dans la préface du livre. « Enfin, ces salles ont cessé de faire la distinction entre les matières, déterminant que toutes les choses du passé ont la même valeur dans la narration. On en est conscient, comme esquissé par un crayon doux, accentué par une gouache de couleur occasionnelle – ici sur une bouche, là un fil d’un jupon ou une légère teinte dans une perruque – tout rappelle une heure antérieure plus vivante. »

Entre les allées désertes du parc et une chambre aux meubles drapés de blanc, flânerie monochrome au goût d’interdit, on se surprend à retrouver quelques ressemblances avec le fim L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais, l’un des réalisateurs fétiches de Deborah Turbeville. Loin du château de Versailles, lieu de pouvoir sulfureux devenu attraction touristique, la photographe américaine livre une vision hantée de ce lieu excessif. C’est l’objectif de Jackie Kennedy, qui éditera Unseen Versailles pour la maison DoubleDay : « Je voulais qu’elle fasse apparaître ce qui s’y est tramé, qu’elle fasse apparaître l’impression qu’il y a des fantômes et des souvenirs. »


Unseen Versailles
de Deborah Turbeville, DoubleDay, 1981. Courtesy of the MUUS Collection.

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Article publié dans le numéro de janvier 2022 de France-Amérique. S’abonner au magazine.

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