Subscribe

Définir les enjeux du journalisme de demain

La French-American Foundation organisait le 15 novembre à New York, une conférence sur le futur du journalisme en France et aux Etats-Unis. Michael Oreskes, de l’Associated Press, et Sylvie Kauffman, directrice de la rédaction du quotidien Le Monde étaient invités à débattre dans les locaux de CUNY Graduate School of Journalism.

Définir les nouveaux défis du journalisme aux Etats-Unis et en France. Voilà l’objectif de la conférence organisée le 15 novembre dernier par la French-American Foundation dans les locaux de la CUNY Graduate School of Journalism, à deux pas du siège New York Times. Pour parler de ces enjeux, Sylvie Kauffman, la directrice de la rédaction du Monde et Michael Oreskes, chef d’édition pour l’Associated Press, ont présenté chacun leur tour la façon dont la crise de la presse se manifestait dans leur pays respectif.

“Le Monde n’a jamais été autant lu, mais n’a jamais aussi été aussi peu acheté”, a ironisé  la grande reporter française en expliquant dans quelles conditions le titre, fondé par Hubert Beuve-Méry, venait de changer d’actionnaires majoritaires. ” Il y a deux semaines, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse ont sauver Le Monde de la faillite : ils possèdent désormais 60% du capital. C’est une bonne chose qu’ils injectent de l’argent afin d’assainir les finances et de permettre au groupe de faire des profits.”

A la conquête d’un nouveau business modèle

Les causes de l’effondrement de ce business modèle,  selon la journaliste : le manque d’adaptation rapide à la demande du lectorat et la compétition d’Internet. “Mais Internet est loin d’être une menace mais une énorme possibilité de regagner des lecteurs”, soulignait Sylvie Kauffman en insistant sur la stratégie offensive du titre sur son site web, entre les informations payantes et gratuites, mais aussi sur les téléphones portables ou les tablettes électroniques. ” Car malgré les blogs, les vidéos ou les photos que l’on peut voir sur Internet, ils ne remplacent par les articles dont le contenu doit rester d’une qualité irréprochable. A la fin de la journée, les gens auront toujours besoin de savoir pourquoi une partie de nos soldats sont coincés en Afghanistan.”

Un avis partagé par son confrère américain, Michael Oreskes, chef d’édition pour l’Associated Press. “De plus en plus de personnes lisent les journaux et sont en constante demande de nouvelles internationales”, expliquait-il. ” Simplement, le processus qui voulait que le journaliste écrive le contenu, le donne au rédacteur en chef, puis au responsable d’édition pour qu’il soit imprimé avant d’être acheté par le lecteur , ce qui permettait à la publicité de gagner de l’argent… Tout ce processus est dépassé.

Apprivoiser Internet constitue donc le défi à relever avec une flexibilité à toute épreuve, une des clés de la réussite de ce tournant, ” Avant les gens achetaient le journal, un ensemble, mais aujourd’hui ils ne veulent plus du package, ils préfèrent choisir l’article qu’ils veulent lire”, a souligné le journaliste américain.

Séduire les jeunes lecteurs

Il défendait une théorie selon laquelle l’information passe par trois canaux: les moteurs de recherches, les réseaux sociaux et les tablettes électroniques. “Nous devons aller chercher les jeunes lecteurs où ils sont pour les ramener vers nous”, appuyait-t-il. “Et aujourd’hui, nombre d’entre eux sont sur Facebook et non pas en train d’essayer de chercher Le Monde sur Google”, soulignait Sylvie Kauffman. ” Pourquoi croiraient-ils à ce que disent les journalistes de l’ancienne génération ? Ils préfèrent compter sur leurs amis qui sélectionnent pour eux des informations fiables.”

Une nouvelle approche qui fausse les chiffres de la diffusion de l’information, s’alarmait un des spectateurs du débat. “Mais, pour faire connaître notre marque et la rendre familière aux jeunes lecteurs, il va falloir que nous nous habituions à l’idée de la perte de contrôle sur ce type de critère”, reconnaissait-elle. Une façon aussi de trouver de nouvelles sources d’informations grâce aux commentaires modérés par les rédactions web, toujours en vérifiant l’information. ” Lors des manifestations après les élections en Iran en juin 2009, tout le monde disait qu’il n’y avait plus besoin de journalistes puisque beaucoup de personnes diffusaient leur vidéo. Mais l’expertise journalistique de ces images, c’est cela le pari de l’avenir.” Et Mickael Oreskes d’ajouter : ” Si le journalisme veut reconquérir un public, il faut retrouver une éthique en plus de notre compétence.”

Un débat fort intéressant, prouvant que les enjeux sur l’avenir de la presse dépasse le cadre national malgré les différences qui peuvent exister entre la France et les Etats-Unis. On peut regretter que la voix de cette nouvelle génération de lecteurs et de journalistes dont il a été question lors de ce débat, n’ait pas été plus présente à la tribune ou dans le public.

A noter :

La French-American Foundation organise son prochain débat le 1er décembre sur le thème de la relation entre politique et religion en France et aux Etats-Unis.Le Père Matthieu Rougé, aumônier du Parlement Français et le Dr. Casanova, spécialiste de la sociologie de la religion à Georgetown University seront invités. Rendez-vous donc au Knickerbocker Club, 2 East 62nd Street, à New York de 6:15 à 8:15 pm.

http://www.frenchamerican.org/

 

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related