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Des Français au pays du soccer

Amateurs, professionnels, supporters ou officiels : le football fait le lien au sein de la communauté française des États-Unis. Portrait de ses acteurs qui, à l’aube de la Coupe du monde en Afrique du Sud, partagent une passion pour le ballon rond.

Chaque dimanche, Simon Elcabas arpente les lignes de touche des terrains de football amateurs de la région new-yorkaise. Ce directeur de syndic immobilier est un entraîneur chevronné qui vit sa passion pour le football et le Stade Breton de New York. Créé en 1955 et présidé par Jean-Pierre Touchard, patron du restaurant Tout va bien à Manhattan, le Stade Breton est le plus vieux club de football français aux États-Unis. Il est le seul à évoluer en EDSL, une ligue régionale d’un niveau plutôt élevé à New York. « Pour intégrer l’équipe, il faut vraiment savoir jouer au football », explique Simon Elcabas. « J’ai connu ce club comme joueur en 1990, puis j’en suis devenu entraîneur en 1994. Depuis, nous avons gagné quatre coupes de l’État de New York avec le Stade Breton. »

Les clubs de football français élisent domicile un peu partout aux États-Unis. Sur les bords du lac Michigan, Sébastien Labat, modérateur du site French In Chicago, dirige depuis 2006 les Bleus Chicago, une autre équipe amateur composée de membres de la communauté française. « Au départ, c’est une équipe de potes, explique-t-il. Aujourd’hui, nous jouons contre des équipes d’entreprise, d’étudiants ou d’association. Et on a même une équipe mixte. Le seul vrai critère est de parler français et d’aimer le foot. »
Du 11 juin au 11 juillet prochains, les Bleus Chicago vont se confronter aux meilleures équipes communautaires de Chicago dans le cadre d’une « Coupe du monde » locale. Organisée par le même Sébastien Labat, la 2010 Chicago World Cup jouera ses finales au Soldiers Field, qui a accueilli plusieurs matches lors de la Coupe du monde américaine de 1994. « Aujourd’hui, le soccer touche beaucoup plus de monde qu’on ne le pense », souligne Sébastien Labat. « Il y a une vraie évolution aux États-Unis. » Une évolution à laquelle participe Pascal Bedrossian. L’ancien joueur du FC Lorient et du Chicago Fire s’est installé à Chicago et y entraîne désormais des équipes de jeunes.

Frédérick Lesort et Zohair Ghenania, New-Yorkais d’adoption, connaissent bien les championnats communautaires. Le premier est restaurateur (ndlr, il est patron d’Opia, de Matisse et du nouveau Plein Sud), le second professeur d’économie au Lycée français de New York et ancien pensionnaire du centre de formation du FC Lorient, club de l’élite française. Depuis sa création l’année dernière, leur équipe, les Bleus NYC devenue les Bronzés, évolue au sein de la ligue Bowery FC. « Lorsque nous avons créé cette équipe avec Youri Djorkaeff (nldr, ex champion du monde et d’Europe avec l’équipe de France et expatrié à New York), on voulait quelque chose de sérieux, raconte Frédérick Lesort. « On évolue dans une ligue de 12 équipes où l’on joue à 7 contre 7. Nos adversaires sont italiens, brésiliens, argentins, etc. »

Fin juillet, ils participeront à la Copa NYC, une compétition communautaire qui les a vus échouer en 2009 au stade des demi-finales. Zohair Ghenania loue le caractère multiculturel des Bronzés ainsi que leur envie de résultat. « C’est une équipe de toutes les couleurs sous l’égide du français, dit-il. Mais il y a des joueurs de qualité : certains ont été professionnels (ndlr, Youri Djorkaeff ou Greg Lalas). Cette année, nous voulons atteindre la finale qui se déroulera au grand stade de l’université de Columbia. »

Des grands et des petits Bleus
Le Lycée français de Johannesburg accueille ce mois-ci la Coupe du monde des écoles françaises de l’étranger qui rassemblera 24 équipes de différents pays. Parmi elles, on retrouve une sélection de jeunes du Lycée international franco-américain de San Francisco et une autre du Lycée français de Chicago. Philippe Audasso, professeur d’EPS au Lycée français de Chicago, emmène en Afrique du Sud une équipe de 10 élèves issus des classes de CM2 et 6e. « Il y a trois côtés excitants », énumère l’enseignant originaire de Marseille. « Encadrer cette équipe d’écoliers, vivre la Coupe du monde en direct dans le pays qui l’organise et explorer ses terres. C’est une aventure extraordinaire dont les enfants me parlent tous les jours dans les couloirs. »

Sur la côte Ouest dans la région de la Silicon Valley, le ballon rond fédère aussi les familles francophones. Les plus jeunes, en particulier, qui peuvent s’entraîner depuis 2006 dans le club francophone de Sunnyvale, Les Petits Bleus. « Je voulais que mes enfants soient exposés au français, mais pas dans un cadre scolaire », explique Alain de Raynal, parent de deux petits joueurs et directeur des Petits Bleus. Le club entraîne actuellement 60 à 80 enfants de 4 à 10 ans. Les entraînements sont pris en charge par des parents bénévoles. Si la priorité est donnée aux petits francophones, qui composent environ 80 % des effectifs, les anglophones sont aussi les bienvenus pour compléter les équipes. Les entraîneurs sont bilingues et s’adressent aux recrues en anglais et en français. L’organisation parente du club, Factor 11, propose aussi des programmes de foot sous forme d’after-school et de camps de vacances, ainsi que des entraînements au niveau compétition pour les enfants à partir de 9-10 ans : « C’est agréable de pouvoir papoter avec des francophones pendant les entraînements des enfants », explique Hao Lueckhoff, franco-vietnamienne et maman d’un Petit Bleu de 7 ans.

L’OM for ever
À Miami, les Français se retrouvent notamment à Midtown, un terrain de foot en salle, ouvert il y a trois ans par Michael Athea, un Franco-Américain de 33 ans. « Cela fait 12 ans que je suis à Miami », dit l’homme qui a passé sa jeunesse à Chalon-sur-Saône et a joué au foot en National jusqu’à l’âge de 17 ans. « Ici, on ne peut pas jouer au foot dehors. Les terrains sont réservés au base-ball. J’en ai eu assez et j’ai ouvert ma salle de foot, qui est devenue un business. »

Midtown a aussi son équipe, le FC Midtown Indoor Soccer qui joue dans une ligue locale et compte de nombreux fans de l’Olympique de Marseille (OM ) dans ses rangs dont Michael Athea. « Toute ma famille est de Marseille, explique-t-il. On tombe dans l’OM tout petit et on reste attaché à ce club toute sa vie. »

Le club phocéen a de nombreux supporters à New York. OM New York, une association créée en 2003 par Franck Petronio et Xavier Thibaud, deux amis originaires de Marseille, regroupe aujourd’hui 300 personnes environ. Au Nevada Smith, un bar de l’East Village qui accueille d’autres clubs de supporters (Barcelone, Chelsea, Manchester United, etc…), les Marseillais sont appréciés. « C’est dû à notre ancienneté et à l’ambiance qu’on met dans la salle », explique Thierry Julliard, étudiant en commerce qui vit à New York depuis trois ans et est chargé de communication pour l’OM New York. « N’importe qui est le bienvenu, ajoute-t-il. On recense une vingtaine de New-Yorkais. Il y a aussi des Libanais, des Hispaniques, etc… »

OM New York cohabite sans problèmes avec le PSG club de New York, qui suit aussi régulièrement les matches de la formation de la capitale française au Nevada Smith. Ce second groupe fort d’une centaine de supporters officiels est présidé par Julian Stein, qui l’a créé en février 2006. L’association est en contact direct avec le Paris Saint-Germain et dispose d’un site internet et d’une page Facebook. « C’est aussi un lien vers les supporters parisiens de France, explique Julian Stein. Au-delà de regrouper ceux des États-Unis, je souhaite que des Franciliens en week-end ou en vacances à New York puissent aussi nous rejoindre pour regarder les matches. »

Français et professionnels aux États-Unis
La Major League Soccer, ligue professionnelle de football aux États-Unis, attire plusieurs joueurs français. Parmi eux, on retrouve Sébastien Le Toux, un ancien défenseur latéral du FC Lorient qui brille aujourd’hui à la pointe de l’attaque de Philadelphia Union : « Je suis revenu au poste que j’ai connu chez les jeunes, se réjouit-il. Ce n’est que du plaisir. » Son intégration ? « À part les quelques blagues sur mon accent, elle s’est très bien passée, répond Sébastien Le Toux. Quand je suis venu ici il y a 4 ans, je savais que le soccer allait beaucoup évoluer. Depuis, j’apprends et je progresse tous les jours. Je rêve maintenant, après ma naturalisation, d’intégrer un jour la sélection américaine ! »
Julien Baudet, un joueur formé à Toulouse et qui est passé par Oldham et Crewe, est aujourd’hui défenseur central de l’équipe des Colorado Rapids. Dernier arrivé, Léandre Griffit, un milieu de terrain lensois qui a joué à Amiens et Crystal Palace en deuxième division anglaise, a fait ses débuts le mois dernier sous les couleurs de Columbus Crew. « Cela faisait un moment que je voulais jouer en MLS, explique-t-il. J’ai signé pour 4 ans et je compte bien m’imposer dans mon nouveau club. »

Chez les femmes, Sonia Bompastor, ex-joueuse de l’Olympique Lyonnais, évolue au Washington Freedom depuis le début 2009. Elle met en avant le niveau exigé par la ligue professionnelle – Women Professionnal Soccer (WPS) – et les efforts physiques intenses à fournir. « Ici, c’est beaucoup plus athlétique, analyse-t-elle. Mais la plus grande différence, c’est surtout que le football féminin est bien plus reconnu aux États-Unis qu’en France. C’est le jour et la nuit. Les meilleures joueuses de monde jouent en WPS, donc c’est un vrai défi ! »

Fondateur de European Football Group, une agence de sports spécialisée dans le football, organisateur du Trophée des champions l’année dernière à Montréal et agent de joueurs, Michael Wiesenfeld veut participer à l’essor du football professionnel aux États-Unis. Le Français aujourd’hui basé à Miami veut également faire venir des clubs français pour des tournées américaines, à l’image de ce que font d’autres grands clubs européens, dont Manchester United et le Milan AC. « Il y a un beau potentiel ici pour des équipes comme l’Olympique Lyonnais, l’OM ou le PSG », souligne-t-il.

Du côté de St. Louis, on retrouve Claude Anelka. Le frère de Nicolas Anelka, attaquant de l’équipe de France, entraîne l’AC St.Louis, une équipe qui milite en deuxième division américaine. C’est pour lui l’occasion de relancer sa carrière d’entraîneur après une expérience difficile en Écosse, à la tête des Raith Rovers, et participer à la construction d’une nouvelle franchise, « où il y a tout à faire ». « Il y a véritablement un travail de fond à effectuer avec les jeunes joueurs, poursuit-il. Car ils jouent nettement moins que des joueurs européens de leur âge. »

Autre nom à retenir dans le paysage du foot aux États-Unis : Jérôme De Bontin. L’ancien président de l’AS Monaco, est aujourd’hui membre du comité technique de la US Soccer Foundation, une organisation que l’on peut comparer à la Direction Technique Nationale en France. Il s’occupe de tous les niveaux du développement du football notamment en débloquant des aides financières aux entraîneurs, joueurs, arbitres et projets footballistiques amateurs. Il est aussi l’initiateur de partenariats, comme celui entre l’AJ Auxerre et le centre de formation du club de Colorado Rush, dont le siège est situé à Denver. « Les clubs amateurs américains n’ont pas l’expertise et le niveau de formation de leurs homologues européens », explique-t-il. « Le but de ce genre d’alliance est d’ouvrir des débouchés aux meilleurs joueurs américains, mais aussi, à long terme, de permettre aux entraîneurs et aux cadres de Rush ou d’autres de s’imprégner du savoir-faire français en matière de formation. Les États-Unis ont le plus de licenciés au monde et un vivier impressionnant de joueurs. Ce sera bénéfique aussi bien pour les Français que pour les Américains. »

 

Informations

Stade Breton de New York

Les bleus Chicago

Coupe du monde des lycées français de l’étranger

Les petits bleus

Miami Midtown Indoor Soccer

OM New York

PSG club New York City

European Football Group

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