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Des Français font campagne pour Obama aux Etats-Unis

Ils sont Français expatriés outre-Atlantique et œuvrent à la réélection de Barack Obama. Malgré le désenchantement, ils croient encore à “l’espoir et au changement” promis par le président démocrate en 2008. Contre la candidature du républicain Mitt Romney, ils feront campagne sans relâche jusqu’au 6 novembre. Entretien avec trois d’entre-eux.

François-Xavier Lochet, 63 ans (Floride)

Indépendant revendiqué, il ne soutient aucun parti en France comme aux Etats-Unis. Le choix de Barack Obama fut pour lui celui de la raison. “Il est le seul avec ses alliés démocrates capable de poursuivre le relèvement du pays, après le marasme causé par l’Administration Bush”, constate François-Xavier. “Mitt Romney et Paul Ryan n’ont pas d’autres plans que de retourner aux politiques catastrophiques pour l’Amérique et le reste du monde, prônées par le Parti républicain depuis Reagan”.

Ce centriste tendance gaulliste organise avec sa femme Dominique des réunions à son domicile ou chez d’autres militants, fait campagne au téléphone et démarche de futurs électeurs sur leurs paliers de Miami. “Il y a moins d’enthousiasme qu’en 2008 mais les enjeux sont clairs. Et malgré le blitz médiatique savamment organisé par les républicains, qui ont beaucoup plus d’argent qu’Obama, une majorité d’Américains comprend ces enjeux et devrait voter pour un nouveau mandat de 4 ans”, espère François-Xavier, naturalisé en décembre dernier.

Consultant en réassurance, il n’hésite pas à donner quelques conseils au président. Il faut qu’il continue à définir Mitt Romney comme quelqu’un qui change continuellement d’opinion, sauf celle d’être le défenseur des très riches citoyens américains. De son côté, Barack Obama doit continuer d’apparaître comme le défenseur de la classe moyenne, des PME et des politiques d’aides aux plus pauvres.” Mais pas sûr que cela suffise. “Je suis moyennement confiant dans la réélection d’Obama mais plus que jamais décidé à faire tout mon possible pour y contribuer”.

Lucas Panvier Servais, 16 ans (Minnesota)

Après avoir milité pour François Hollande et le Parti socialiste en France, cet ancien responsable du syndicat lycéen de gauche UNL a décidé de soutenir Barack Obama aux Etats-Unis. Son année d’études à Saint Paul terminée, il réintégrera son lycée de Clamart en banlieue parisienne l’année prochaine. “J’ai toujours adoré la politique, et c’est tout naturellement qu’en m’installant ici je me suis investi dans la vie politique du pays”, déclare Lucas. “Quelle chance pour moi de tomber sur une année présidentielle !”

A son arrivée, il s’inscrit au club des jeunes démocrates de son école. “Ils m’ont accueilli à bras ouverts, heureux d’avoir un nouveau membre, étranger de surcroît”, se souvient-il. “J’ai fait cette démarche non seulement pour rencontrer d’autres lycéens, mais aussi pour faire vivre mes idées et m’impliquer dans la vie locale.” Comme beaucoup de Français, Lucas est tombé sous le charme de Barack Obama. “Je vais militer pour l’homme le plus puissant du monde, celui qui m’a fait rêver il y a quatre ans en devenant le premier président noir des Etats-Unis”, reconnaît-il.

Depuis l’élection de 2008, le jeune activiste suit avec intérêt les démêlés d’Obama avec le Congrès, le vote de ses réformes comme “Obamacare” et ses déclarations sur la politique internationale, sur la Grèce ou la Syrie. “Je suis en accord avec une grande partie de ses idées et je confesse être fasciné par son charisme”. En pratique, son engagement se traduit par un intense militantisme sur les réseaux sociaux, Twitter et Facebook. “Une véritable cyber-guerre s’y déroule à coups de formules chocs et de hashtags. Cette forme d’action permet à chacun de s’investir selon le temps dont il dispose et de rire des bons mots qui marqueront l’opinion”.

Faire campagne, c’est aussi relayer la bonne parole autour de soi. “Avec les amis de ma famille d’accueil et les autres lycéens que je côtoie, chaque militant doit avoir à cœur d’impliquer la jeunesse, de lui faire comprendre les enjeux des élections et les propositions des candidats”, explique Lucas, qui cible plus particulièrement les “teenagers” comme lui. “Les réunions publiques, les meetings, tractages et porte à porte commenceront après la rentrée des classes le 3 septembre, quand notre groupe sera constitué et pourra se réunir régulièrement au sein du lycée”, poursuit-il.

Malgré l’excitation, l’adolescent reste lucide. “Pour les Américains, le bilan est décevant. Obama n’a pas concretisé l’espoir suscité quatre ans plus tôt. La ferveur n’est plus au rendez-vous”, nuance Lucas, qui évoque “la hausse du chômage et la crise économique”. Pas de quoi pour autant entamer ses certitudes. “Obama sera réélu car Mitt Romney est un mormon, qui multiplie les gaffes et fait peur aux républicains modérés”, assure-t-il. “De plus, Obama est un remarquable orateur, sachant manier aussi bien l’humour que les attaques cinglantes contre ses rivaux”. Et Lucas de conclure : “la campagne républicaine prend l’eau. C’est d’ailleurs ce qui sauvera Obama. L’absence d’adversaire solide compensera l’absence de bilan éloquent”.

Bernard L. Marie, 73 ans (Virginie)

Installé aux Etats-Unis depuis 31 ans, cet entrepreneur franco-américain n’a jamais manqué un vote. Electeur contrarié, il a soutenu Bush père, Bill Clinton, puis le républicain Bush fils en 2000. “Depuis le second mandat de George W. Bush, je me suis engagé aux côtés du Parti démocrate”, explique Bernard. “Le fait que Barack Obama soit un Afro-Américain m’a inspiré et a joué un rôle. Surtout, il n’a pas voté pour la guerre en Irak et il fallait absolument avoir un président démocrate”.

Pour convaincre les indécis, il rappelle son expérience française. Ancien soutien de Nicolas Sarkozy, il est depuis deux ans délégué du mouvement République Solidaire de Dominique de Villepin. “Je participe à des débats pour expliquer que l’accusation classique ‘Obama est un socialiste’ est ridicule. Et j’y vais de ma description du PS bien que certains points similaires existent”. Ancien propriétaire d’un magazine, Bernard habite Roanoke, où il écrit des articles dans la presse locale. “Je passe aussi des appels téléphoniques pour promouvoir sa candidature et j’ai donné de l’argent à sa campagne”, ajoute-t-il.

Sur le terrain, l’enthousiasme n’a pas diminué notamment chez les femmes, mais la déception n’est pas loin. “Le chômage est un problème. Les Américains n’arrivent pas à comprendre que nous payons les deux guerres de Bush, mais peu importe, ils veulent un travail tout de suite”, regrette-t-il. “La réforme de la santé d’Obama sera aussi un élément important. Les gens ne veulent pas revenir en arrière.” Bernard se félicite d’ailleurs des efforts de son candidat. “Sa campagne est excellente parce qu’elle s’adresse à la classe moyenne, qui est la colonne vertébrale de l’Amérique”, assure-t-il.

Ses opposants conservateurs seraient même les meilleurs alliés du président démocrate selon lui. “Romney et Ryan pourraient faire passer Bush et Cheney pour des progressistes ! Proche du mouvement Tea Party, Paul Ryan va faire perdre Mitt Romney. Le Tea Party est le “Taliban américain”. Les positions de Ryan sur l’avortement sont un boulet aux pieds des deux candidats républicains”. Plus que jamais, Bernard croit en la victoire de son champion début novembre. “L’électorat américain n’est pas si stupide”.

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