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Des masques Hopis à nouveau aux enchères à Paris malgré l’opposition d’une association et de l’ambassade US

Une nouvelle vente aux enchères de masques sacrés Hopis s’est tenue “normalement” vendredi à l’Hôtel des ventes Drouot à Paris, malgré le recours de cette tribu amérindienne et d’une association et la demande de report de l’ambassade américaine à Paris.

“La vente s’est passée tout à fait normalement et calmement”, a déclaré la maison d’enchères Eve. Seuls neuf masques Hopis sur les 29 qui étaient mis à l’encan ont trouvé preneurs pour un montant total de 137 313 euros (frais inclus). Les prix ne se sont pas envolés, les pièces n’étant pas exceptionnelles. Le lot le plus cher parmi les masques Hopis, un masque facial de la fin du XIXe siècle, a atteint 37 500 euros.

La vente, qui comprenait 294 lots d’art amérindien, eskimo et précolombien, a rapporté au total 761 250 euros. La vente “a été jugée licite à la fois par le conseil des ventes volontaires, par décision du 26 juin, et par le tribunal de grande instance (TGI) de Paris” par une ordonnance en référé du 27 juin, a fait valoir la maison de ventes dans un communiqué. Le tribunal avait été saisi par l’association de défense des peuples aborigènes Survival International et la tribu Hopi. “Aucune loi américaine n’a été bafouée, aucune opération illicite n’a été commise, les 29 masques Hopis ont donc été proposés aux enchères”, a indiqué la société.

En fin de matinée, l’ambassade de États-Unis à Paris, qui était déjà intervenue lors de précédentes enchères du même type, avait demandé à la société Eve “de retarder la vente d’un certain nombre d’objets afin de permettre à des représentants des tribus amérindiennes d’établir avec exactitude la nature et la provenance de ces objets”. “Les représentants des tribus amérindiennes méritent qu’on leur donne la possibilité d’examiner les objets sur lesquels il existe un doute avant qu’il ne soient mis en vente”, avait souligné l’ambassade dans un communiqué.

La tribu Hopi de l’Arizona compte environ 18 000 membres. Portés par des danseurs Hopis lors de cérémonies religieuses, généralement interdites aux blancs, ces masques traditionnels sont considérés comme des êtres vivants par les Indiens. Il s’agit du troisième échec de Survival International en France, le TGI ayant déjà rejeté, en avril et décembre 2013, deux demandes de suspension de vente d’objets sacrés amérindiens initiées par l’association. Cette fois-ci, le tribunal a condamné Survival International à verser 2 000 euros d’indemnités à la société Eve, précise cette dernière.

A l’occasion de la vente de décembre 2013, la fondation américaine Annenberg avait acheté pour la somme de 530 000 dollars (environ 390 000 euros) 24 de ces objets sacrés dans le but de les restituer à des tribus amérindiennes. Un geste qui avait été salué par l’ambassade des Etats-Unis en France. “La vente d’objets sacrés ne peut être balayée d’un revers de main telle une simple transaction commerciale”, a souligné vendredi la représentation américaine à Paris qui s’est une nouvelle fois impliquée dans l’affaire. “Les objets sacrés amérindiens devraient être mieux protégés, plutôt que d’être livrés au plus offrant”, a ajouté l’ambassade américaine s’appuyant sur la convention de l’Unesco de 1970, dont la France est signataire, sur l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels.

L’ambassade dit poursuivre ses “efforts” pour créer “les conditions d’un dialogue et d’une concertation sincères entre les tribus amérindiennes, les marchands d’art et les autorités françaises, dans le but de juguler les ventes illégitimes de biens appartenant au patrimoine culturel amérindien en France”.

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