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Disparition de Phil Watts, promoteur des lettres françaises

L’université de Columbia vient de perdre un serviteur passionné de la langue française. Philip Watts, professeur et ancien directeur du département de français de l’université, est décédé des suites d’une maladie le 20 juillet dernier à son domicile de Morningside Heights.

Le français était sa langue maternelle, avec une pointe à peine décelable d’accent américain. Philip Watts est né il y a 52 ans en Californie d’une mère française et d’un père américain, tous deux enseignants en lycée. Elève doué, il obtient son bachelor de l’université de Californie à Santa Barbara (UCSB) en 1982. Il poursuit en doctorat à l’université de Columbia, diplôme qu’il obtient en 1991.

Après un passage comme enseignant à l’université de Chicago, il rejoint l’université de Pittsburg en 1992, où il prend la direction du département de français. Son engagement pour cette langue va au-delà des murs académiques. Phil Watts devient notamment membre du conseil de l’Alliance française de Pittsburg. Il se marie avec une Française, Sophie Queuniet, et devient père de deux filles. Il fait son retour à Columbia en 2007, pour prendre la direction, à la suite de Pierre Force, de l’un des départements de français les plus prestigieux des Etats-Unis, fonction qu’il occupe pendant quatre ans et un semestre.

Au service du français à Columbia

A son arrivée, le département est en pleine reconstruction à la suite de nombreux départs à la retraite. Phil Watts recrute Shanny Peer à la direction de la Maison Française. Ensemble, ils établissent le programme culturel de la vénérable institution. A l’initiative de M. Watts, Columbia accueille l’historienne de l’avant-garde cinématographique Nicole Brenez, l’historien Henri Rousso, l’écrivain Laurent Binet et le philosophe Jacques Rancière, son ami dont il fut l’interprète et dont il diffusera activement la pensée en Amérique.
Phil Watts a mené des recherches sur la littérature et le cinéma du XXe siècle, sur Jean Genet, Roland Barthes ou Jacques Rivette. Son livre Allegories of the Purge, publié en 1999, sur la littérature de l’après Seconde Guerre mondiale, a obtenu le prix Scaglione de la Modern Language Association.

Pierre Force salue aujourd’hui les qualités intellectuelles et morales de ce chercheur courageux : “sur un sujet miné, il a écrit un livre brillant, très clair sans moralisation ni prise d’un parti, il a su trouver le ton juste.” Phil Watts a aussi publié de nombreux articles sur le cinéma français, où il détaille par exemple la présence de la guerre dans les films de Jean-Luc Godard. Dans  “The Eloquent Image: The Postwar Mission of Film and Criticism” (Opening Bazin , 2010) il s’intéresse au rôle des films à portée historique et aux critiques comme André Bazin dans l’après-guerre.

Un collègue très apprécié

En juin dernier, Phil Watts s’attelait à la préparation de la rentrée universitaire 2013 et à l’organisation d’un grand colloque en 2014 sur les études françaises aux XXe et XXIe siècle. Il terminait en parallèle un ouvrage sur Roland Barthes et le tournant néoclassique dans la littérature et le cinéma des années 1950, qui, selon le souhait de ses collègues, devrait faire l’objet d’une publication posthume.

Chaleureux, aimable, courtois et diplomate dans la gestion des ego et des conflits. Ceux qui l’ont connu ne tarissent pas d’éloge à l’égard de Phil Watts. Elisabeth Ladenson, actuelle directrice du département de français, rend ainsi hommage au travail remarquable de leadership accompli par son prédécesseur. Apprécié de tous ses collègues et étudiants, ils garderont le souvenir d’un homme d’une “grande humanité, d’une énorme générosité et d’une gentillesse remarquable”. En témoigne la petite Tour Eiffel en laine qui trônait sur son bureau, tricotée par l’une de ses anciennes étudiantes.

Une cérémonie d’hommage aura lieu le lundi 9 septembre à la St Paul Chapel de l’université de Columbia de 15h30 à 17h, suivie d’une réception à la Maison Française. Un hommage devrait lui être rendu à l’occasion du centenaire de la Maison Française.

 

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