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Edouard VIII et Wallis Simpson : mariage royal en France

Le château de Candé, non loin de Tours, a connu son heure de célébrité, en 1937, lorsque l’ex-roi Édouard VIII d’Angleterre y a épousé une Américaine divorcée, Mrs Wallis Simpson. Une histoire en partie retracée par « The King’s Speech », oscar du meilleur film 2011.

Le 23 juin 1894, l’enfant qui voyait le jour au château de Richmond dans le Surrey semblait voué à un avenir grandiose. Répondant au doux nom d’Edward Albert Christian George Andrew Patrick David, celui que toute sa famille appelait David était le fils aîné des futurs roi George V et reine Mary, le petit-fils du roi Édouard VII et l’arrière-petit-fils de la reine Victoria.

Très jeune, il manifesta un tempérament souple mais assez conformiste et semblait répondre aux attentes de la famille royale. À l’âge de treize ans, en tant qu’héritier du trône, il suivit une formation d’officier à l’école navale d’Osborne, sur l’île de Wight, qu’il quitta pour Darmouth College. Il était âgé de quatorze ans lorsque son père devient roi en 1910 sous le nom de George V. À dix-sept ans, il reçut le titre de Prince de Galles et entra à Oxford.  Avec sa silhouette de jeune premier, il avait belle allure. Il prouva qu’il ne manquait pas non plus de courage.

Lorsqu’éclata la Grande Guerre en 1914, il avait juste vingt ans. Il s’empressa malgré tout de se faire affecter dans le nord de la France. Ses supérieurs refusant de l’exposer au feu des tranchées, il leur fit remarquer avec irritation: « J’ai quatre frères, alors qu’est-ce que cela pourrait faire si j’étais tué ? » Il en revint avec une profonde aversion de la guerre.

L’Angleterre s’éprit de son futur roi, un homme pacifiste, ouvert au monde et qui, de surcroît, passait pour le prince charmant de l’Europe. On ferma les yeux sur ses nombreuses liaisons. Toutefois, une série de relations amoureuses avec des femmes mariées dont la vicomtesse Furness née Thelma Morgan, contribuèrent à inquiéter sa famille.

Comme habité par un pressentiment, le roi George V avait confié avant de mourir : « Après ma mort, ce garçon va se ruiner en un an », ajoutant « Je prie Dieu que mon fils aîné n’ait jamais ni femme ni enfant, et que rien n’empêche Bertie et Lilibet (le futur roi George VI et la reine Elisabeth ) d’accéder au trône ! »

Wallis la Scandaleuse

Tout bascula pour David en janvier 1936 à la mort de son père : l’insouciant prince charmant devint le très populaire roi Édouard VIII, tout du moins jusqu’à ce que sa liaison avec l’Américaine Bessie Wallis n’éclate au grand jour.

Bessie Wallis Warfield, née le 19 juin 1896, était originaire d’une famille bourgeoise ruinée de Baltimore. En 1921, elle avait épousé Earl Spencer, un as de l’aviation qu’elle suivit en Chine. Son mariage sombra auprès d’un mari alcoolique et brutal. Grâce à ses talents de séductrice, son goût de l’intrigue et son tempérament d’aventurière, elle accéda à la fortune et à la notoriété. Son retour de Chine marqua son deuxième mariage en 1928 avec Ernest Simpson, un homme d’affaires londonien.

Reçue dans la Society anglaise, elle fit la connaissance du prince de Galles en 1933 lors d’une réception donnée par la maîtresse du prince, Thelma Furness. Leur premier échange donna le ton : il tenta une taquinerie et elle le remit vite à sa place, ce qui séduisit Édouard car personne n’avait jamais osé lui répondre. Quant à elle, elle fut flattée des attentions de ce « prince de conte de fées », ainsi que le décrivait la femme du Premier ministre Baldwin.

Âgée de deux ans de moins que le prince, Wallis n’était pas exactement belle mais son charme était extrême. Elle fut longtemps considérée comme l’une des dix femmes les plus élégantes du monde. Très vite, Edouard et Wallis tombèrent amoureux et s’affichèrent ensemble dans cette aventure adultère puisqu’elle était toujours mariée. Le scandale n’éclata vraiment que durant l’été 1936, lors d’une croisière en Méditerranée à laquelle participaient le nouveau roi, quelques-uns de ses amis et Mrs Simpson … sans son époux!

Dès lors commença la «bataille» d’Édouard pour faire accepter son mariage avec la femme qu’il aimait. Mariage déclaré impossible, même après le deuxième divorce de Mrs Simpson, puisque le roi était le chef de l’Église d’Angleterre qui interdisait le remariage après le divorce d’un des conjoints. Édouard dut se battre contre le Premier ministre Stanley Baldwin, contre la presse et contre sa propre famille, ne pouvant compter que sur l’amitié de Winston Churchill et des Rothschild.

Le Parlement proposa l’alternative d’un mariage morganatique, qui excluait Wallis du trône, mais Edouard s’obstina : elle serait reine ou lui ne serait plus roi. Il finit par renoncer au trône le 11 décembre 1936, après seulement onze mois de règne.

Ce soir-là, toute l’Angleterre était à l’écoute de la BBC. Le roi devait faire ses adieux à son pays où il ne devait plus jamais revenir vivant. À l’heure annoncée, une voix chargée d’émotion se fit entendre du château de Windsor. « Me voici, après un long silence, capable de dire moi-même quelques mots. Ceci, je le dis de tout mon cœur. Tout le monde sait pourquoi je m’en vais, mais tout le monde doit savoir qu’en prenant ma résolution je n’ai pas oublié le pays que je me suis efforcé de servir pendant vingt-cinq ans comme prince et comme roi. Mais vous devez me croire lorsque je vous dis que j’ai jugé impossible de continuer à assumer ma lourde responsabilité et à accomplir comme je le voulais mon devoir de roi sans l’aide et le soutien de la femme que j’aime».

Si ces mots que l’on sentait sincères firent couler bien des larmes, à cette émotion se mêlèrent la déception et la colère. Les Anglais en voulaient à Wallis Simpson, une femme deux fois divorcée, d’avoir amené le roi d’Angleterre à renoncer à ses responsabilités dans le climat menaçant des visées hégémoniques d’Hitler. Ni son peuple ni sa famille ne lui pardonneraient cette trahison.

Le soir de son abdication, celui qui n’était plus le roi Édouard VIII et pas encore le duc de Windsor (le titre ne lui fut accordé qu’en mars 1937) quitta l’Angleterre pour l’Autriche, où il demeura jusqu’au début mai suivant. Son mariage au château tourangeau de Candé avec la femme de sa vie eut lieu le 3 juin. Les prénoms Édouard et Wallis et la date du mariage furent gravés sur une boiserie de la bibliothèque du chèque du château, où ils figurent encore de nos jours. L’acte de mariage est conservé à la mairie de Monts (Indre-et-Loire).

George VI, roi malgré lui

Le trône d’Angleterre passa à l’héritier présomptif, son frère puiné, Albert, duc d’York, couronné à l’abbaye de Westminster sous le nom de George VI comme pour souligner la continuité avec son père.

Albert était de deux ans plus jeune que David. Surnommé Bertie par sa famille, il était toujours demeuré dans l’ombre de son aîné. D’apparence fragile, il était incapable de s’exprimer en public à cause de graves problèmes d’élocution, retracés dans le film The King’s Speech. Nommé duc d’York en 1920, il épouse trois ans plus tard Lady Elizabeth Bowes-Lyon dont il aura deux filles, Elizabeth et Margaret. Il commence à représenter son père dans certaines fonctions officielles, mais sa timidité et son bégaiement sont un énorme handicap qui ne sera maîtrisé que grâce à l’aide de Lionel Logue, un orthophoniste australien aux méthodes peu conventionnelles.

N’ayant jamais envisagé la possibilité d’occuper le trône, c’est avec angoisse que le duc d’York avait suivi le déroulement des événements du mois de décembre 1936: l’abdication d’Édouard VIII allait bouleverser sa vie et celle de sa famille en faisant de lui George VI. Il savait qu’il lui faudrait vaincre son bégaiement pour assumer son rôle de monarque et faire de son pays un rempart à l’heure du fascisme d’Hitler.

Mais après la colère et la rancœur suscitées par l’abdication d’Édouard VIII, c’est avec enthousiasme que le peuple anglais accueillit son nouveau roi. Albert n’avait peut-être pas le charme de son aîné, mais il était solide, fiable et sa dévotion au devoir public, entière et profonde. Enfin, ce qui ne nuisait pas, sa femme et ses deux filles avaient la faveur du public.

David, le duc de Windsor, pensait revenir en Angleterre après un ou deux ans d’exil en France. George VI, son frère, n’était pas de cet avis : avec l’appui de sa mère, la reine Mary, et de sa femme, la reine Élisabeth, il le somma de ne pas revenir en Grande-Bretagne sans y être invité. Peut-être George VI désirait-il éloigner ce membre embarrassant de la famille apparemment favorable au régime nazi : les Windsor avaient fait une visite en Allemagne au cours de laquelle ils avaient rencontré sHitler en 1938. Le duc de Windsor (comme d’ailleurs le roi George VI) était apparenté à plusieurs familles princières allemandes et était proche de nombreux notables soutenant le nazisme.

Après quelques années passées aux Bahamas dont le duc avait été nommé gouverneur, le couple Windsor retourna en France où, exilés mondains et mélancoliques, ils passèrent le restant de leur vie, bénéficiant de la part du gouvernement français d’exonérations d’impôts et d’un hôtel particulier à Neuilly.

En dépit des débuts tumultueux de leur union, celle-ci dura trente-cinq ans, jusqu’à la mort du duc le 28 mai 1972, à l’âge de soixante-dix-sept ans, d’un cancer de la gorge. Son corps fut envoyé en Grande-Bretagne pour être enterré à Frogmore, près du château de Windsor, dans le Berkshire. Sa femme le rejoindra quatorze ans plus tard, en avril 1986.

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