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Elise Aubespin, the French kiss of Death

Elise Aubespin, trentenaire, est la première Française à avoir atteint le niveau des demi-finales aux Golden Gloves de New York, la Mecque de la boxe amateur. Portrait d’une battante.

Lors de la pesée pour les Golden Gloves, Elise Aubespin est arrivée directement du bureau avec son sac Vuitton, sa petite robe près du corps et ses collants à motifs géométriques. “Les boxeurs édentés avec leur bonnet de hip hopper avaient l’air de se dire ‘c’est qui cette meuf ?’” A la première minute de ses combats, la question est balayée. Elle a toute sa place sur le ring, mais conserve sa féminité. L’an prochain, elle compte d’ailleurs mettre du rouge-à-lèvres pour combattre, pour que chacun s’en souvienne : The French kiss of Death, c’est elle !

Elise Aubespin fait partie de ces femmes qui ne font rien à moitié. A peine rentrée d’un week-end professionnel dans le Colorado, elle nous reçoit à New York, entre une lessive et un entraînement de boxe. Elle trouve aussi le temps d’aller chez l’épicier – tout en pestant à la caisse contre les gens trop lents. Elle achète de l’eau gazeuse et des biscuits secs. Il ne s’agit pas de reprendre les 7kg qu’elle a perdu pour descendre de catégorie de poids. Parce que depuis quelques années, sa lubie, c’est la boxe.

Elle a beau être directrice financière de Grand Marnier-Lapostolle aux Etats-Unis et au Canada, la Française prend le temps de s’entraîner six jours par semaine, pendant une heure minimum. Lors de son déplacement, elle avait apporté son kit de shadowbox pour s’entraîner entre deux meetings. Le but ? Gagner en force, en scrutant la perfection technique de ses gestes dans son ombre. “Sinon, un coup est comme une simple claque, donc totalement inutile”, estime-t-elle.

Comme dans la Bible, le septième jour, elle se repose. Mais on a du mal à la croire. Elle a toujours une bonne raison de se lever tout en continuant à parler d’un débit rapide. Nourrir son chat Pistou – dont le nom rappelle ses origines niçoises –, vérifier la conversion des pounds en kilos sur Internet, passer un petit coup d’éponge sur son bar américain. Si elle n’a pas l’accent, ses origines du Sud se retrouvent dans son caractère bien trempé et son côté très volubile.

Elle est venue à la boxe complètement par hasard : il y a sept ans, elle s’inscrit à la gym pour perdre un ou deux kilos superflus. Se sentant “un peu bête à courir comme un lapin sur son machin”, elle est allée dans le cours qui débutait, sans savoir de quoi il s’agissait. Ç’aurait pu être de la cardio, ç’aurait pu être de la danse africaine, mais c’était de la boxe. Coup de foudre. Elise le bélier se retrouve autant dans l’enseignement du professeur Santana Pilarte que dans la musique : “on se croirait en boîte”. Depuis, elle va à la gym cinq fois par semaine.

“On fait les Golden Gloves”

L’histoire se serait certainement arrêtée là si elle ne s’était pas brisé un ligament l’année dernière. Le 29 mars, quelques heures après avoir soufflé ses 32 bougies, elle se fait opérer du genou. De sa blessure elle fait une force. Elle promet à Santana : “si je me remets de ce ligament, on fait les Golden Gloves”. Rien de moins que le sommet de la compétition amateur américaine, l’antichambre de la boxe professionnelle.

En septembre, de nouveau sur pied, elle se remet à l’entraînement intensif. Le 15 décembre, elle reçoit une lettre : elle est admise à participer aux Golden Gloves. A Noël, en famille en France, elle mangera des huîtres et une petite tartine de foie gras – pas question d’oublier son objectif : perdre du poids. En trois mois, elle est descendue de deux catégories, passant de celle des 141 à celle des 125 pounds, soit de la catégorie des 64 à celle des 54 kilos. “Ma mère était désespérée en me voyant faire de la corde à sauter avec un bonnet et trois pulls, devant la cheminée, pour perdre du poids,” rit Elise.

Lassée des “chichis” des femmes de sa salle de gym de Manhattan où elle réside, elle privilégie dorénavant les authentiques boxing gyms new-yorkais. Elle a beau être l’une des seules femmes, et pour sûr la seule à arriver en talons et impeccablement maquillée, elle s’entraîne aux légendaires New Legend Ozone Park du Queens ou au Starrett City de Brooklyn, au beau milieu des barres de HLM. Loin des salles de gym sophistiquées de Manhattan avec les vestiaires, le sauna et la petite savonnette, “là-bas c’est en sous-sol, avec un ring et des sacs en tout et pour tout, explique-t-elle. Les gens y vont pour transpirer”. Elle aussi, c’est pourquoi elle a tout de suite été respectée dans ce milieu très masculin.

Les gens du quartier, qui n’ont pour certains que la boxe pour les tenir hors de la rue, ont tout de suite vu qu’elle “sait faire ses combinaisons” et qu’elle “vient pour la même chose qu’eux”. Sans compter que Santana, qui est devenu son coach, n’est pas un inconnu dans le milieu.

The French kiss of Death

Sa détermination et son excellente technique lui valent le surnom de “The French kiss of Death”. Rare femme, seule Française, elle a pourtant été jusqu’aux demi-finales des Golden Gloves, où elle s’est inclinée la semaine dernière après un beau combat contre Heather Hardy, professeure de boxe déjà aux finales des Golden Gloves de New York l’an dernier. “Cette année, je n’ai eu que quelques mois pour m’entraîner à fond suite à mon opération, précise Elise. Heather avait davantage d’expérience, et elle est beaucoup plus sèche.”

L’an prochain, Elise aura perdu de la graisse, gagné du muscle, gagné en expérience, et elle compte bien gagner tout court. Ce sera sa deuxième et dernière chance : le règlement interdit de combattre après 35 ans. Elle n’a jamais eu peur de prendre un coup. Elle balaye la question : “Si on se pose ce genre de questions, il faut se mettre aux dominos ou au yoga, plaisante-t-elle. Donner des coups et prendre des coups, c’est l’essence même de la boxe. Et puis, estime-t-elle, prendre un coup, c’est payer pour ce que tu ne fais pas bien.” Même si on lui casse le nez ? Elle se le ferait refaire. Et elle serait sans doute sur le ring la semaine suivante.

Sa victoire en quart contre Akane Fujiwara


Sa défaite en demi-finale contre Heather Hardy

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