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En direct de Cannes : Grace de Monaco, à côté du mythe

Cannes, premier jour. Le festival a choisi un film sur une icône du cinéma, l’actrice américaine Grace Kelly, pour ouvrir sa 67e édition. Grace de Monaco d’Olivier Dahan, une production française en langue anglaise, a été présenté aujourd’hui hors compétition.

“Trop douée, trop belle, trop sophistiquée, trop parfaite”. Ce sont les mots de Jeff (James Stewart) pour décrire sa compagne Lisa dans Fenêtre sur Cour (1954). Ces qualificatifs peuvent aussi décrire l’interprète de Lisa, Grace Kelly. Olivier Dahan voit Nicole Kidman de la même façon. Sur le papier, Grace de Monaco est un film d’ouverture idéal pour le festival de Cannes. C’est en effet sur la Croisette que Grace Kelly a tourné La Main au Collet (1955) et qu’elle a rencontré le prince Rainier III de Monaco. Le festival n’est pas rancunier : en avril 1956, le mariage princier voisin avait volé la vedette à la manifestation et accaparé l’attention médiatique. 

Grace de Monaco possède aussi un casting prestigieux. Une star internationale, Nicole Kidman, incarnant un mythe du cinéma et dont le visage se confond avec celui de Grace Kelly selon les plans. L’actrice australienne est présente à la manifestation cannoise depuis une dizaine d’années et a enchaîné un film en compétition (Paperboy, 2012) et une voix dans le jury l’année dernière. 

Ingrédient indispensable pour un beau lancement, le film arrive lesté de polémiques. Le film a été vendu dans le monde entier, mais c’est l’Amérique qui pose problème. La distribution y est assurée par les frères Weinstein. Ils parient probablement sur une répétition du succès de La Môme (2007), également réalisé par Olivier Dahan, pour lequel Marion Cotillard avait reçu l’oscar de la meilleure actrice. Harvey Weinstein a d’abord voulu sortir le film en novembre dernier pour le placer dans les candidatures aux Oscars. Mais la sortie a été repoussée après un désaccord entre le producteur américain et le réalisateur français sur un nouveau montage. La sélection au festival de Cannes semble avoir calmé les esprits. En conférence de presse aujourd’hui, Olivier Dahan s’est déclaré heureux de travailler à nouveau de concert avec les distributeurs américains.

La famille princière a quant à elle attaqué le film dans un communiqué, sans apparemment l’avoir vu, en dénonçant le “caractère totalement fictionnel” du film. Le réalisateur a répondu en rappelant son “droit à la fiction”. Il refuse de qualifier son film de biopic. L’histoire se concentre sur l’année 1962. Le Rocher est en conflit avec la France gaullienne pour les exonérations fiscales qu’il accorde aux sociétés françaises. Un complot couve pour changer de souverain. Grace Kelly est aussi tentée de retrouver les plateaux hollywoodiens devant la caméra d’Alfred Hitchcock, qui veut porter à l’écran Marnie, adaptation du roman de l’auteur britannique Winston Graham.  

Le film est figé dans l’admiration de son héroïne. L’image peut bien briller sous tous les angles par une photographie au grain surexposé, Grace de Monaco ne sort pas de sa platitude. Le propos est pourtant intéressant, et attaquer le film pour ses prises de liberté avec la réalité historique n’est pas convaincant. Certes, Hitchcock et Grace Kelly n’ont échangé que par téléphone et courriers et non pas en personne comme montré dans le film, et dans la réalité De Gaulle n’a pas fait autant d’honneur à la Princesse.

Grace de Monaco n’est peut-être pas une biographie filmée, son traitement stylistique ne surprend pas pour autant. Le scénario ne creuse pas ses pistes narratives. Les personnages ont un besoin d’expliquer haut et fort le contexte historique et les enjeux dramatiques, pour être sûrs de ne pas perdre le public international, peu familier de la guerre d’Algérie ou de cette principauté signataire d’un “traité d’amitié protectrice” avec la France. Le point culminant de l’intrigue est le fameux discours public, ce moment de vérité, d’émotions et de réconciliation à la fin du film, aujourd’hui un cliché du cinéma américain. 

Face aux réactions négatives des Monégasques et au refus du Prince, Grace Kelly a finalement renoncé à reprendre sa carrière d’actrice. “Cela a été déchirant pour moi”, écrit-elle à Hitchcock pour lui faire part de sa décision. “Oui c’est triste, lui répond-il, n’est-ce pas, sans aucun doute possible, je pense que votre décision d’abandonner le projet est non seulement la meilleure, mais la seule possible. Après tout, ce n’était qu’un film.”

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