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10 ans de l’euro : faible inflation et échanges dopés, mais une mauvaise coordination

En dix ans d’existence, l’euro a dopé les échanges entre les pays qui l’ont adopté, contribué à juguler l’inflation, mais, faute de coordination des politiques économiques, n’a pas eu les effets escomptés sur la croissance, estiment certains économistes interrogés.

Quels sont les bienfaits de la monnaie commune sur l’économie des Etats de la zone euro? En pleine crise de la dette, la question fait d’abord sourire. “Des avantages? Oui, il doit bien y en avoir”, ironise le chef économiste de la banque allemande Commerzbank, Jörg Krämer. “Ils ne sautent pas aux yeux aujourd’hui”, renchérit Agnès Bénassy-Quéré, directrice du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cépii) en France.

L’actualité, toutefois, fait bien partie du bilan de l’euro. D’autant qu’elle a mis en exergue les lacunes de l’Union monétaire : la gouvernance et l’intégration économique. Car, en soi, la devise européenne n’a pas que des défauts. Selon les études les plus récentes, elle a “stimulé les échanges entre les pays qui l’ont adoptée, pas énormément mais de l’ordre de 6%”, relève Agnès Bénassy-Quéré.

Inflation moyenne de 2%

Une autre conséquence majeure concerne l’inflation. Economiste à l’Université Bocconi de Milan, Francesco Giavazzi rappelle que, dans un premier temps, “les entreprises dans les secteurs peu concurrentiels ont profité du passage à l’euro pour augmenter les prix”. Toutefois, souligne Agnès Bénassy-Quéré, ce sont surtout les achats fréquents comme le café ou la baguette qui ont été “arrondis vers le haut”, et non les autres, donnant aux gens “la perception fausse que l’euro a fait monter les prix”.

En réalité, “du point de vue de la stabilité des prix, le bilan est extrêmement positif”, avec une inflation moyenne proche de 2%, explique l’économiste française. “Les pays du sud de l’Europe ont importé une faible inflation, par rapport à leur tendance historique, c’est une grande avancée”, enchaîne son collègue allemand. La fin des risques de change a aussi renforcé l’intégration du marché européen.

Dans le même temps, et c’était aussi un des objectifs, les taux d’intérêt ont considérablement chuté, grâce à un alignement sur les pays les plus vertueux comme l’Allemagne, y compris pour des Etats habitués à emprunter au prix fort. Et les taux d’intérêt réels, calculés en retranchant l’inflation, “ont baissé de manière encore plus significative”, constate Jörg Krämer. Dans des pays qui ont conservé des taux d’inflation un peu plus élevés que la moyenne en raison d’un certain dynamisme économique, comme l’Espagne, cela s’est même traduit par des taux d’intérêt réels négatifs qui ont incité à l’endettement et entraîné une “bulle immobilière”, ajoute-t-il. “On s’attendait à ces divergences, dès lors que la politique monétaire est la même pour tous, les taux nominaux sont identiques mais les taux réels varient”, explique Agnès Bénassy-Quéré.

“Il n’y a plus le filet de la dévaluation”

Autre bienfait de l’euro, aux yeux de Francesco Giavazzi : avoir sevré les gouvernements accros aux dévaluations. “L’Italie a enfin abandonné l’idée qu’elle pouvait récupérer artificiellement ses retards de compétitivité par des dévaluations successives”, se réjouit-il. Du coup, poursuit l’universitaire italien, les Etats et les entreprises ont été confrontés “à leur vraie productivité” et les erreurs de politique économique “deviennent plus flagrants et plus coûteux” car “il n’y a plus le filet de la dévaluation”. Cela aurait dû, selon ces économistes, les inciter à faire des réformes structurelles pour libéraliser les marchés des produits et du travail. Ce qui n’a pas toujours été le cas.

“Par définition, les points énumérés sont positifs pour la croissance”, souligne Jörg Krämer. “Mais les politiques n’ont pas respecté l’esprit des traités, en laissant entrer dans l’euro des pays comme l’Italie ou la Grèce qui ne remplissaient pas les critères”, déplore l’économiste allemand. Pour sa collègue française, “si l’euro n’a pas eu tous les avantages qu’on en attendait, c’est en grande partie à cause des gouvernements”, car “ces dix premières années ont été un échec de la coordination des politiques économiques”, une des sources principales de la crise actuelle.

 

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