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11-Septembre : à Ground Zero, le bruit des revendications couvre le souvenir

Cette année, les cérémonies du 11-Septembre offrent une tribune aux opposants à la construction d’une mosquée près du World Trade Center, et aux adeptes de la théorie du complot. En ce jour de commémoration, les protestataires ont remplacé les familles des victimes près de Ground Zero. Reportage.

En cette matinée de commémoration, neuf ans après les attentats du World Trade Center, les abords de Ground Zero sont devenus un terrain de revendication plutôt qu’un théâtre d’émotions, et les proches des victimes ne sont plus au premier plan. Le souvenir a laissé place à la récupération idéologique, dans un contexte tendu suite aux débats sur la construction d’une mosquée à proximité et à la menace, il y a quelques jours, du pasteur Terry Jones de faire brûler des exemplaires du Coran pour marquer l’anniversaire tragique du  11-Septembre.

À quelques blocks de Ground Zero, Park Place est fermée par des barrières devant lesquelles des policiers contrôlent le passage. C’est dans cette rue que doit être construite la mosquée qui fait l’objet de toutes les controverses ces dernières semaines. Pour l’heure, les représentants des médias sont plus nombreux que les personnes venues exprimer leur avis à grands renforts de pancartes.

La commémoration du 11-Septembre offre une nouvelle visibilité aux opposants à la construction d’une mosquée dans cette partie de New York. Entouré de micros tendus pas les journalistes et de photographes, Lance Corey justifie l’inscription de sa pancarte fustigeant la « radicalité » de l’islam, en présentant des arguments religieux. Nam, un Anglais de 30 ans, a fait le voyage d’Angleterre pour s’opposer à la construction de la mosquée si près de Ground Zero. « Une insulte pour les gens qui sont morts le 11-Septembre », affirme-t-il.

Matt Sky, au contraire,défend la « liberté des religions » et n’hésite pas à brandir un écriteau pacifique. Un passant l’interpelle violemment : « Si ton enfant se faisait violer, accepterais-tu que le violeur vienne vivre à côté de chez toi ? » « Les musulmans qui veulent construire la mosquée sont aussi des Américains, ils ont donc le droit de le faire près de Ground Zero », rétorque Matt. Nous devons faire la différence entre musulmans et terroristes ! »

« C’est un manque de respect »

« Ce jour est normalement dédié à tous les gens qui sont morts le 11-Septembre », regrette Linda Murphy, venue honorer trois de ses amis qui ont péri dans les attentats, et dont elle expose les photos sur une affiche. « Les gens devraient venir seulement pour la mémoire des victimes, non pas pour débattre sur la construction d’une mosquée. Ils se servent de la commémoration pour afficher leur opinion, c’est un manque de respect envers les victimes et leur famille. »

On voit bien ça et là quelques personnes vêtues de T-Shirt rendant hommage à leurs proches défunts. Quelques rues plus loin, ils sont nombreux à écouter les noms des victimes et les messages personnels diffusés par de grosses enceintes. Mais près de Ground Zero, on est surtout frappé par la présence des « conspirationnistes » venus en masse. Alignés sur le trottoir le long de la chapelle Saint-Paul qui fait face au World Trade Center, ils arborent des T- shirts « Investigate 9/11 » (« une enquête pour le 11-Septembre ») et distribuent des tracts présentant dix raisons de s’interroger sur l’origine des attentats du 11 septembre 2001. Dans une allée qui longe le site en travaux, un jeune homme se tient debout, les yeux bandés d’un drapeau américain. On peut lire sur son T-shirt l’inscription « 9/11 was an inside job » (« L’attentat du 11-Septembre a été perpétré de l’intérieur »), en référence à la principale théorie conspirationniste selon laquelle le gouvernement américain aurait fait sauter les deux tours de l’intérieur pour pouvoir justifier l’invasion de l’Irak et la guerre du pétrole. À sa droite, un de ses compagnons profite de l’attention des nombreux badauds pour les mettre en garde contre les « mensonges des médias ».

« C’est l’Amérique et la liberté d’expression, soupire Linda Murphy. Les gens ont le droit d’exprimer ce qu’ils veulent, même si je pense que ce n’est pas le bon moment ».

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