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17 filles, “l’utopie” d’une grossesse collective

17 filles, le premier film des sœurs Coulin sort le 21 septembre aux Etats-Unis. Inspiré d’un fait divers survenu aux Etats-Unis dans la petite ville de Gloucester (Massachusetts) en 2008, il raconte les grossesses simultanées d’un groupe d’adolescentes à Lorient, qui font le pari de redéfinir un nouveau modèle familial. Leur noyau se constituerait de copines et de bébés, qui les “aimeraient inconditionnellement”. Une utopie sur laquelle revient Muriel Coulin, documentariste et réalisatrice de courts-métrages.

France-Amérique : Pourquoi transposer en France un fait divers survenu aux Etats-Unis ?

Muriel Coulin : On s’est aperçues que Gloucester est très similaire à Lorient, où on a grandi Delphine (la sœur de Muriel Coulin et co-réalisatrice de 17 filles, ndlr) et moi : c’est au bord de l’Atlantique, la ville vit de la pêche, du commerce, du port, a une industrie qui n’est plus si florissante… Et on a vu la ressemblance sur les photos aussi. Ça nous plaisait parce qu’on avait envie de tourner notre premier film chez nous, où on se sent bien. Au début, l’histoire nous semblait très américaine. Et puis quand on s’est penchées un peu dessus on s’est rendues compte qu’il y a aussi beaucoup de grossesses adolescentes en France.

C’est donc un phénomène transposable du point de vue sociologique ?

Oui. Sauf qu’aux Etats-Unis l’histoire de Gloucester a relancé la question : “doit-on préserver la virginité de nos enfants ?” Ce débat est complètement caduque en France aujourd’hui et on ne voulait pas aller sur un terrain catholico-moralisateur, comme l’ont fait pas mal de médias américains. Nous voulions vraiment nous placer du point de vue des filles. Qu’est-ce qui pousse des jeunes filles, qui voient que leur avenir ne va pas être rose, à essayer de créer une espèce d’utopie collective ?

Il y a une part de vous dans cette volonté de changer le monde et ses codes ?

On nous parle de réussite économique, d’avoir un métier, de gagner de l’argent, d’avoir une maison plus belle que celle du voisin… Quand on est adolescent, on ne se satisfait pas de ça, on a des idéaux plus grands. Heureusement qu’il y a encore des jeunes qui essaient de trouver des portes de sortie ! La grossesse collective n’est pas forcément le bon moyen, mais le fait même que ces filles essaient de créer un monde alternatif à celui qu’on leur propose, c’est intéressant. Elles en ont rêvé, et c’est beau.

Au-delà de l’histoire, c’est donc plutôt leur rêve qui vous intéresse ?

Le fait divers en lui-même est une histoire complètement folle, mais ça nous aurait peu intéressées d’en faire un truc très léger avec 17 gamines qui sont juste hyper contentes de tomber enceintes. On cherchait la possibilité de travailler les thèmes qui nous importent à ma sœur et moi : le corps, la féminité, l’utopie, qui soulèvent des choses plus éthiques, philosophiques.

Vous avez eu la possibilité de parler à quelques-unes des jeunes filles de Gloucester ?

Non. Il y a eu une sorte d’omerta sur ces jeunes filles, ce qui n’est pas plus mal parce qu’elles étaient trop dans la lumière. Il vaut mieux les laisser un peu tranquilles. On préférait se référer à notre imaginaire, notre adolescence – il y a beaucoup de personnages inspirés de copines à nous, de personnes qu’on a connues. Il fallait qu’on se réapproprie l’histoire.

Certaines scènes d’ennui sentent le vécu…

On adore Lorient. Mais quand on est adolescent, dans n’importe quelle petite ville de province, on se dit qu’il n’y a rien à faire. On se rappelait, avec ma sœur Delphine, de moments d’ennui terrible. Et des moments aussi d’exaltation entre copines. Ça alterne. C’est pour ça que les scènes dans les chambres – qui sont les vraies chambres des comédiennes – sont vraiment importantes. Entre elles, c’est tout le temps la rigolade et dès qu’on se retrouve seule dans sa chambre, on a peur, on doute. C’est vraiment les montagnes russes à cet âge-là.

Les filles sont toutes jeunes. Comment ont-elles réagi à ce sujet ?

La plupart des filles ne sont pas des professionnelles. On a fait un casting de folie à Lorient et à Paris : on a vu 600 filles en neuf mois. Elles ont tout de suite adoré l’histoire. Dès qu’on leur a dit, elles étaient hyper partantes. Et puis après, elles ont fait tout un travail sur le corps, elles ont mis des prothèses. Elles adoraient sortir dans la rue en groupe avec les prothèses !

Les personnages fument et boivent. C’est un choix significatif ?

Si on n’a pas enquêté sur le vrai fait divers, en revanche on a beaucoup travaillé avec des médecins, des sages femmes, des assistantes sociales. La grossesse adolescente, physiquement, en soi, ce n’est pas un problème. C’est-à-dire que le corps est à peu près prêt à accueillir un enfant à 16-17 ans si on n’est pas trop petite. En revanche ce qui pose vraiment problème, c’est qu’elles continuent leurs conduites à risques. Elles continuent de fumer, boire, danser, sauter… C’est comme ça dans la réalité, c’est la folie de l’adolescence et il fallait qu’on la garde. Il n’était pas question de se censurer, on n’avait aucune raison d’en faire des filles politiquement correctes.

A la fin du film, comme dans la vie, elles n’élèvent pas les bébés ensemble…

C’est la fin de l’utopie. Le moyen qu’elles ont choisi n’était pas collectif en fait. Une matrice commune de 17 bébés, ça ne marche pas. Malheureusement l’individu prend le pas. Souvent, dans plein d’utopies collectives, c’est l’individualisme qui fait tout exploser.

17 Girls (17 filles), de Delphine et Muriel Coulin sortie le 21 septembre aux Etats-Unis. 86 mn.

Regarder la bande annonce :

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