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40 ans de Quinzaine

En 1968, suite à l’annulation du festival de Cannes, et pour continuer à montrer leurs œuvres et à défendre leur idée du cinéma, un groupe de cinéastes créé une section parallèle au festival, la Quinzaine des réalisateurs.

Un groupe de cinéastes incorruptible, loin des pressions des distributeurs et des producteurs et hors des lois du marché, veut exposer un cinéma d’auteur intransigeant, innovant, et libre. C’est en 1968 la revendication de la Société des réalisateurs de films (SRF), suite au front de quelques cinéastes entrés en dissidence contre l’hégémonie du festival de Cannes. Pour continuer à montrer leurs œuvres et à défendre leur idée du cinéma, ils créent une section parallèle du festival de Cannes, la Quinzaine des réalisateurs.

L’idée est très « mai 68 » : pas de compétition, et une sélection plus libre, plus audacieuse, où le cinéphile découvre selon les années entre 20 et 40 films, dont beaucoup de premiers films, mais où les cinéastes bénéficient de l’effervescence médiatique et professionnelle autour de Cannes.

Il faut rappeler le contexte historique qui préside à la création de cette section. Le 10 mai 1968 s’ouvre, sur fond de manifestations et de grèves générales, le 21e festival de Cannes. Les étudiants envahissent le festival le 13 mai et des meetings sont organisés contre la décision de Malraux de démettre Henri Langlois de son poste de directeur de la Cinémathèque. Le 18, des cinéastes de la Nouvelle Vague, menés par François Truffaut et Jean-Luc Godard, s’accrochent au rideau de scène pour empêcher la suite des projections, par solidarité avec les mouvements sociaux. Le 19 mai, le festival est déclaré clos. Cette année-là, il n’y aura pas de palmarès, mais des États généraux du cinéma, où une vingtaine de réalisateurs, dont Jacques Rivette, Robert Bresson, Claude Berri, se regroupent au sein de la Société des réalisateurs de films (SRF).

Quelques mois après, Jean-Gabriel Albicocco, représentant la SRF au conseil d’administration du Festival de Cannes, invente une manifestation en marge de la compétition officielle, « où seraient présentés en toute liberté les films qui, a priori, n’avaient selon les critères officiels, aucune chance… Cette manifestation serait ouverte au public et nous prouverions ainsi que le cinéma d’auteur, tant marginalisé par les structures commerciales et officielles, avait une résonance populaire … » Les fondements de la Quinzaine étaient jetés, qui ont été malmenés parfois, mais jamais perdus de vue.

Longtemps, la Quinzaine a profité de l’embouteillage à l’entrée de la sélection officielle du festival de Cannes pour programmer des artistes reconnus qui n’ont jamais pu accéder au Palais des festivals, ou d’autres réalisateurs émergents venus du monde entier. En 1978, le festival officiel, sous l’impulsion de Gilles Jacob, a lui aussi créé une section parallèle, « Un certain regard », non compétitive et ouverte aux films plus modestes. Depuis, en coulisses, la guerre des sélections fait rage. La Quinzaine, hébergée un peu plus loin sur la croisette, a toujours l’avantage de l’ouverture: elle organise des projections dans plusieurs cinémas de la ville accessibles au public non-accrédité, contrairement aux salles du Palais des festivals. Et ses soirées d’ouverture et de clôture le soir sur la plage sont parmi les plus prisées.

L’année dernière, Caramel de Nadine Labaki, La Question humaine de Nicolas Klotz, Control d’Anton Corbijn, Elle s’appelle Sabine de Sandrine Bonnaire, Smiley Face de Gregg Araki étaient parmi les 22 films projetés pendant la Quinzaine, en présence des réalisateurs et parfois des acteurs. Ils ont attiré l’attention des journalistes, blasés ou frustrés par la sélection officielle, et des distributeurs du monde entier : tous ont été distribués aux États-Unis, bénéficiant d’une exposition inespérée. Ils rejoignent les noms de Théo Angelopoulos, Youssef Chahine, Stephen Frears, Werner Herzog, Georges Lucas, Martin Scorsese, Pascale Ferran, Chantal Akerman, Bernardo Bertolucci, Atom Egoyan, James Ivory, Jim Jarmusch, Aki Kaurismaki, Ken Loach, Nikita Mikhalkof, André Techiné… dans la longue liste des grands réalisateurs présentés à la Quinzaine en 40 ans.

Demandez le programme de la Quinzaine des réalisateurs 2008

FILM D’OUVERTURE
"Quatre nuits avec Anna" de Jerzy Skolimowski, France, Pologne
FILM DE CLÔTURE
"The pleasure of being robbed" de Josh Safdie, États-Unis (premier film)

"Acné" de Federico Veiroj, Uruguay, Argentine, Espagne, Mexique (premier film)
"Ce cher mois d’août" de Miguel Gomes, Portugal, France
"Boogie" de Radu Muntean, Roumanie
"Les Bureaux de Dieu" de Claire Simon, France
"Le Chant des oiseaux", d’Albert Serra, Espagne
"De la guerre" de Bertrand Bonello, France
"Dernier maquis" de Rabah Ameur-Zaïmeche, France, Algérie
"Eldorado" de Bouli Lanners, Belgique, France
"Eleve libre" de Joachim Lafosse, Belgique, France
"Liverpool" de Lisandro Alonso, Argentine, Espagne, Pays-Bas, France, Allemagne
"Monsieur Morimoto" de Nicola Sornaga, France
"Knitting" de Yin Lichuan, Chine
"Now showing" de Raya Martin, Philippines, France
"Resto della notte" de Francesco Munzi, Italie
"Salamandra" de Pablo Aguero, Argentine, France, Allemagne (premier film)
"Shultes" de Bakur Bakuradze, Russie (premier film)
"Blind loves" de Juraj Lehotsky, Slovaquie (premier film)
"Lonely tune of Tehran" de Saman Salour, Iran
"Tony Manero" de Pablo Larrain, Chili, Brésil
"Le voyage aux Pyrénées" de Jean-Marie et Arnaud Larrieu, France

QUATRE SEANCES SPECIALES
"40×15" d’Olivier Jahan, France
"Milestones" de Robert Kramer et John Douglas, États-Unis
"Le Genou d’Artémide" de Jean-Marie Straub, France
"Itinéraire de Jean Bricard" de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, France

ONZE COURTS METRAGES
"The acquaintances of a lonely John" de Benny Safdie, États-Unis
"Mes copains" de Louis Garrel, France
"Ciel éteint!" de FJ Ossang, France
"Je vous hais petites filles" de Yann Gonzalez, France
"Il fait beau dans la plus belle ville du monde" de Valérie Donzelli, France
"Muro" de Tiao, Brésil
"Kamel s’est suicidé six fois, son père est mort" de Soufiane Adel, France
"MAN" de Myna Joseph, Etats-Unis
"Summer afternoon" de Ho Wi-ding, Taiwan
"Every day is not the same" de Martin Turk, Slovénie
"The tale of little Puppetboy" de Johannes Nyholm, Suède


La Quinzaine aux États-Unis

Une sélection des films français présentés à la Quinzaine en 2008 sera projetée au FIAF à New York du 20 au 22 juin
www.fiaf.org

Le BAM célèbre les 40 ans de la Quinzaine en proposant une rétrospective du 13 juin au 3 juillet.
www.bam.org


Et aussi…

La sélection de Cannes, sans précipitation 

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