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À Angoulême

Comme chaque année, lors du dernier week-end de janvier, le festival d’Angoulême qui compte maintenant 35 éditions, ravit à Bruxelles sa couronne de capitale du 9e art.

De l’impressionnante production en langue française de l’année 2007 (plus de 4000 titres), le comité de sélection a retenu 50 albums soumis à un double jury. Un jury de professionnels élit les « Essentiels » : le meilleur album de l’année auquel est décerné le Fauve d’or (le Fauve étant le personnage-mascotte créée par Lewis Trondheim pour le festival), le meilleur album étranger ou la révélation de l’année. Les votes des internautes sont tout aussi importants puisqu’ils pourront choisir pour la première fois depuis la création du festival leur « Essentiel FNAC-SNCF » – partenaires officiels de la manifestation. L’ensemble des récompenses constituant comme à Cannes « le palmarès officiel ».

Le président de cette cuvée 2008, auréolé du Grand Prix de la Ville D’Angoulême 2007, est l’Argentin José Muñoz, une figure maintenant mythique de cette manifestation puisqu’il a déjà reçu deux fois le prix du meilleur album étranger en 1978 et 1983 pour Alack Sinner et Alack Sinner flic ou privé. Ce « classique » continuera-t-il sur les traces de ses prédécesseurs qui ont ces dernières années préféré mettre à l’honneur de nouveaux talents. En effet le festival a pour vocation de susciter des découvertes, devancer le goût du public et cultiver le plaisir de la lecture. Si à ses débuts le festival a souvent consacré des auteurs reconnus, depuis quelques années, le jury de professionnels fait la part belle aux nouveaux. Le dernier auteur « ancienne génération » primé a été Pétillon en 2001 avec « l’Enquête corse ». Néanmoins, quelques vieux briscards de la bande dessinée émergent de la sélection. Mais le festival ne se résume pas à la remise d’un ou plusieurs prix aussi attendus soient-ils. De nombreuses rencontres et évènements sont prévus, notamment les 24 heures de la BD, un marathon pendant lequel des auteurs endurants doivent réaliser 24 planches en 24 heures.

Le théâtre est également de la partie grâce à la présence de Yolande Moreau qui vient présenter son « one woman show » Sale Affaire, du sexe et du crime. Simultanément au dialogue, seront exécutées des illustrations réalisées en direct par le dessinateur Pascal Rabaté. Un programme chargé autour d’une distribution prestigieuse.

Les classiques :

– Jean Giraud et Jean Van Hamme avec l’avant-dernier album de XIII) : La version irlandaise (T.18-Dargaud). Qui est XIII ? Jason Fly l’Américain ou Kelly Brian l’Irlandais ? Attention la vérité ne sera dévoilée que dans le dernier tome.

– Tardi et le dernier « feuilleton » d’Adèle Blanc-Sec : le labyrinthe infernal ((T.9, 1ère partie-Casterman). Paris, octobre 1923, quartier Saint-Lazare. Qui tente à de multiples reprises d’assassiner Adèle ? À qui appartient la main coupée qu’un chien grignote dans la poubelle,? Brindavoie guérira-t-il de son rhume? Est-il bon de boire l’élixir du docteur Chou ? Réponses dans le tome suivant.

– Franquin avec L’intégrale de Spirou et Fantasio (T.3-Dupuis). Retrouvez les golden fifties, son mobilier chic, ses voitures chocs, son architecture moderniste et nos héros, inoxydables, comme notre nostalgie.

– François Schuiten et Benoît Peeters, déjà primés en 85, avec la Théorie du grain de sable (T.10- Casterman). Brusel 21 juillet 784. Abeels répertorie les pierres venant de nulle part qui s’acculent dans son appartement, tandis que du sable fait son apparition dans celui d’en face. L’enquête est confiée à Marie Von-Rathen, l’héroïne de L’enfant penchée (T.6). Retrouvez l’atmosphère inimitable des Cités Obscures.

– Andréas avec Capricorne (T.12-Le Lombard). L’expérimentation dans toute son originalité, un album « muet ». L’astrologue du tome précédent rencontre une étrange tribu au milieu des montagnes.

– Joann Sfar avec le très médiatique cinquième tome du Chat du Rabbin : Jérusalem d’Afrique (Poisson Pilote, Dargaud). On commande des livres et on reçoit un Juif russe que seul le chat comprend. À bord d’une autochenille, des Russes, le rabbin, son chat et le cheikh Sfar qui passait par là, s’embarquent dans un périple baroque et lunaire pour la Jérusalem d’Afrique.

Les petits nouveaux :

Le reste de la sélection est entièrement constitué de premiers tomes que l’on peut regrouper sous deux grands thèmes : l’Asie et les biographies. Une dizaine d’ouvrages ayant pour toile de fond l’Asie, sont assez violents et pessimistes, mais étonnamment on y trouve très peu de mangas.

L’Asie

Amer Béton de Matshumoto (Tonkam). Deux orphelins survivent dans un quartier où règnent la violence, la pauvreté et la corruption. Cette BD a été adaptée en long métrage en 2007.

American born chinese de Luen Yang (Dargaud). Trois histoires convergent vers un dénouement spectaculaire. Réflexion sur les apparences et la recherche d’identité. Déjà récompensé aux USA par le Prix Michaël Printz.

Chroniques birmanes de Delisle (Shampooing/Delcourt) ou le récit de 14 mois de mission de Médecins sans Frontières. La réalité politique, sanitaire, sociale de ce pays dominé par la junte militaire soutenue par de puissants groupes industriels. À lire avant d’y partir en vacances.

Death Note d’Obata et Ohba (Kana). Un lycéen découvre un « cahier de la mort » dans lequel il suffit d’inscrire le nom d’une personne pour qu’elle meure. Il l’utilise pour construire une société prétendument idéale. Beau et dérangeant.

Helter Skelter d’Okazaki (Sakka/Casterman). Splendeur et décadence d’un top modèle. Ce portrait au vitriol d’une star sur le déclin est aussi une charge subtile contre la société conformiste et soumise au diktat de la beauté.

Journal d’une disparition d’Azuma (Kana). Autobiographie d’un auteur de mangas qui perd la boule et disparait sans laisser de traces. Thème tragique servi par un dessin rondouillard.

L’âme du Kyudo de Hirata (Delcourt). Dans le japon féodal, un journalier veut devenir un archer d’élite. Pour les mordus.

Les biographies

Une dizaine de biographies dont certaines assez réussies.

Baudelaire de Casanave et Tuot (T.1-Les Rêveurs). Charles Baudelaire vient d’apprendre la mort de Victor Hugo et refuse d’aller à son enterrement. C’est le début d’une errance loufoque entre ciel et terre dans un monde absurde. Intéressant.

Cancer and the City de Marchetto et Acocella (T.1-L’Iconoclate). À Manhattan dans un graphisme décapant 11 mois d’amour, d’amitié, de shopping, de travail et dîners dans des lofts, et aussi de cancer…

Chaque chose de Néel (T.1-Gallimard/Bayou). Récit intimiste sur les relations père-fils autour de la maladie et du souvenir. Peu convaincant.

Journal d’un fantôme de De Crécy (T.1-Futuropolis). Réflexions pleines d’humour sur la réalité et sa transcription, sur les contraintes du travail et de la liberté d’expression : une nouvelle forme d’auto-fiction en BD.

Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet (T.1-Ecritures/Casterman). Elle fut l’amie de Modigliani, Duchamp, Desnos, Picasso, Cocteau, Aragon et la muse de Foujita et de Man Ray. Les épisodes clé de sa vie en plus de 300 planches à découvrir.

Mes problèmes avec les femmes de Crumb (T.1-Cornélius). Grand auteur américain on lui doit « Fritz le chat », Crumb raconte son obsession pour un certain type de femmes. Humour ravageur et graphisme virtuose pour ce qui pourrait être le prix du meilleur album étranger.

La véritable histoire de Futuropolis de Cestac (T.1-Dargaud). En 1972 trois jeunes auteurs imprégnés de l’esprit de mai 68 poussent la porte de la librairie Futuropolis et ouvrent un nouveau chapitre de l’histoire de la BD. Ils transforment la librairie en maison d’édition et écrivent l’Histoire comme des histoires, par Florence Cestac, une des fondatrices du festival et auteure prolifique. Celui-là pourrait être l’album de l’année.

 

Palmarès 2008 :

Fauve d’or, prix du meilleur album:
Là où vont nos pères
, de Shaun Tan, éd. Dargaud

Essentiel révélation:
L’éléphant
, de Isabelle Pralong, éd. Vertige Graphic

Essentiel patrimoine:
Moomin et les brigands, de Tove Jansson, éd.Le Petit Lézard

Essentiel Fnac SNCF:
Kiki de Montparnasse, de Catel & Bocquet, éd. Ecritures / Casterman

Essentiel Jeunesse
Sillage – tome 10 : Retour de flammes, de Philippe Buchet / Jean-David Morvan,éd. Delcourt

Le palmarès complet est consultable sur le site officiel du festival www.bdangouleme.com 

 

 


 

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