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A Baltimore, des maisons transformées en bunkers avant l’arrivée d’Irène

Dans le quartier de Fells Point à Baltimore, ils font la queue par dizaines pour obtenir des sacs de sable qui viendront protéger leurs maisons, leurs commerces. Les heures sont comptées avant l’arrivée de l’ouragan Irène qui pourrait inonder cette zone portuaire.

Deux énormes tas de sable ont été érigés par un bulldozer au beau milieu de la route, à quelques mètres d’un quai, au coeur de Fells Point, quartier historique de Baltimore fondé au début du XVIIIe siècle.

Des pick-up poussiéreux chargés de pelles et de planches sont garés à même le trottoir. L’endroit ressemble davantage à un chantier de construction qu’au charmant quartier commerçant qu’est Fells Point habituellement.

Une cinquantaine de personnes font la queue près des tas de sable pour remplir d’épais sacs de plastique beiges distribués par les autorités locales. Le ciel sombre et menaçant annonce la tempête, prévue dans les prochaines heures.

“Je vais poser tous ces sacs le long de ma maison. J’en ai pris 20. Je n’ai pas peur mais c’est une précaution parce que je vis près du niveau de la mer”, explique Lorenzo McCant, 27 ans.

“C’est pour empêcher l’eau de venir dans la cave”, renchérit R.C. Benn, une femme de 51 ans venue elle aussi chercher quelques sacs.

“Ils ont parlé de 15 cm de précipitations. Des inondations peuvent très bien survenir”, dit-elle, expliquant que le sous-sol “aménagé” qu’elle espère ainsi protéger des inondations contient de nombreuses affaires personnelles, son lave-linge, mais surtout “la maison” de sa chatte de dix ans, “Patches”.

De fait, Baltimore, à une soixantaine de km au nord-est de Washington, n’est pas directement sur la trajectoire de l’ouragan Irène. Ce sont donc moins les puissantes bourrasques de vent que redoutent les habitants que la crue des eaux du port.

“La pluie et une forte élévation du niveau de l’eau (provoquées par Irène) peuvent entraîner des inondations”, a mis en garde dans un communiqué la maire de la ville, Stephanie Rawlings Blake. “Il est absolument vital que tous les habitants soient préparés pour tout ce que mère Nature jettera en travers de notre chemin”.

Les commerçants de Fells Point semblent avoir compris le message : la plupart des boutiques ont des airs de bunkers avec des sacs de sable empilés devant les portes et sur les trappes donnant accès au sous-sol.

“C’est censé empêcher l’eau de rentrer”, explique Ted Losin, propriétaire du Meli Bistro, un restaurant du quartier, en montrant les sacs. M. Losin a aussi clouté des planches sur la devanture et ajouté des bâches en plastique.

“La tempête arrive. L’eau du port va monter, alors on fait ce qu’on peut pour l’empêcher d’aller dans le sous-sol, où se trouvent la cuisine du restaurant, des chaises et un tas d’autres choses”, poursuit-il.

S’il ne sait pas encore s’il va fermer le restaurant dans la journée, M. Losin craint que le client ne se fasse rare. “Qui sait ce qui va se passer? (Cet ouragan) nous fait beaucoup de mal : le samedi est la soirée la plus importante de la semaine et demain, on doit accueillir un mariage avec 75 personnes”.

La tempête approchant, le quartier risque en effet d’être déserté, d’autant que les autorités locales ont interdit la circulation des véhicules à partir de 19H00, indique un policier du quartier, sous le couvert de l’anonymat.

“Toute cette zone pourrait être inondée”, dit-il.

“Comme en 2003 avec l’ouragan Isabel”, ajoute-t-il en montrant un panneau d’informations rappelant aux habitants le passage du cyclone et sur lequel on peut voir des photos de l’époque montrant le quartier complètement inondé, des zodiacs naviguant dans les rues pour porter secours aux habitants.

“On avait mis des semaines à tout réparer”, raconte Charles Collier, 52 ans, après avoir surpris les propos du policier. “Mais avec Irène, ça pourrait encore être pire”.

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