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A Bordeaux, les gens du voyage battent le pavé dans l’attente de s’installer

Au lendemain de leur arrivée à Bordeaux, quelque 200 gens du voyage ont défilé lundi dans les rues de la ville dans l’attente d’un terrain pour installer leurs caravanes, la municipalité s’efforçant d’instaurer un dialogue pour apaiser les tensions de la veille.

Après plusieurs heures de bras de fer dimanche et une nuit sans solution, de longues files de caravanes, véhicules et remorques arrêtés bloquaient toujours lundi les voies de circulation de la zone commerciale Bordeaux-Lac. Les 140 familles réclament de garer leurs quelque 250 caravanes sur les pelouses de la plaine des sports, un terrain équipé d’eau et d’électricité où ils ont tenté d’entrer en force dimanche lors de brèves échauffourées avec les forces de l’ordre. Seule une trentaine de caravanes ont pu pénétrer illégalement sur les pelouses. Ils s’installaient sur ce terrain “les années précédentes, sans demande préalable et avec des dégradations”, selon le maire UMP de Bordeaux, Alain Juppé, justifiant ainsi le refus de la mairie. “Cet espace est fait pour faire du sport”, a-t-il dit à la presse.

M. Juppé a reçu à la mi-journée une délégation des gens du voyage, arrivés en cortège devant l’Hôtel de ville, encadrés des forces de l’ordre. “Il faut sortir de ce blocage qui n’est bon pour personne”, a déclaré l’ancien Premier ministre, à l’issue de cette rencontre. “Je leur ai réaffirmé ma volonté de dialogue et pas de confrontation à condition que les lois soient respectées”, a-t-il ajouté, mais “le dialogue ce n’est pas la jungle”, jugeant “l’intrusion inacceptable”. En présence du préfet délégué à la sécurité Jean-Marc Falcone, le maire leur a fait deux propositions: s’installer sur un vaste parking – qu’ils ont refusé jusqu’à présent – équipé en eau et électricité à leurs frais, ou sur une prairie de 2 hectares viabilisée (eau et électricité à venir) qui peut accueillir 200 caravanes à proximité de la zone de Bordeaux-Lac. Les gens du voyage refusent la solution du parking car il est “en goudron où il fait 40 degrés l’été et qu’il est très mal fréquenté”, selon Jean Avrillas, porte-parole du convoi. Et une délégation devait aller examiner dans l’après-midi la prairie proposée par la mairie ainsi qu’un autre terrain repéré par les gens du voyage. “Je n’y crois pas, mettre 200 familles sur deux hectares mais je suis ouvert à toute solution”, a dit James Dubois, président de l’association de la vie du voyage (LVDV).

Parallèlement, un recours en référé a été déposé devant le tribunal administratif de Bordeaux pour “qu’on nous délivre un espace qui remplacera les aires de grand passage qui sont défaillantes”, a précisé à l’AFP leur avocat Me Pierre Blazy, selon lequel l’affaire sera plaidée mercredi matin. “On est Français, on n’est pas des roms, on est civilisés. C’est pas compliqué, on veut quelque chose de propre”, a déclaré à l’AFP Mandy Callevaert. En traversant la ville en cortège, les gens du voyage avaient déployé drapeaux tricolores et banderole proclamant la devise Liberté, Egalité, Fraternité. Ils se présentent comme des “commerçants de père en fils”, vendant maroquinerie, bibelots, lingerie ou rempaillant les chaises sur les marchés et les foires. “On n’est pas des voleurs, là, ils nous empêchent de travailler”, a lancé Lorenza Boucher. “C’est notre vie, on demande une tolérance qui existe depuis le moyen-âge. Pourquoi en 2010 on nous empêche de voyager? Nous, le voyage c’est notre vie, c’est notre commerce”.

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