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À La Nouvelle-Orléans, le French Market en quête d’identité

Le French Market de La Nouvelle-Orléans, bâti en 1791 alors que la ville était contrôlée par les Espagnols, a résisté à bien des désastres, y compris l’ouragan Katrina en 2005. Aujourd’hui complètement rénovée, cette étape touristique cherche aussi à reconquérir le cœur des résidents.

Avec un nom pareil, inscrit de surcroît sur une arche jaune, les connexions françaises du marché devraient s’imposer d’elles-mêmes. C’est loin d’être le cas… « En fait la connexion est plutôt géographique, explique John Magill, conservateur du Historic New Orleans Collection. Avant la prise de contrôle par les Espagnols, le marché existait sous une forme très désorganisée. À partir de 1791, ce sont eux qui ont vraiment mis en place des structures. Mais le langage le plus fréquemment parlé alors était le français et je pense que ce facteur, plus sa proximité du French Quarter et de la vieille ville en général explique la dénomination du marché. »

Le French Market a subi bien des transformations depuis le XVIIIe siècle, certaines imposées par des désastres comme les ouragans et les incendies. D’autres tout simplement par le besoin de s’aligner sur des règles sanitaires, comme pour la section alimentaire, qui, au fil du temps, a perdu du terrain. Aujourd’hui, le marché a changé d’allure avec une muliplication de boutiques de souvenirs, de vêtements et des galeries d’art appréciées des touristes mais boudées par les habitants de La Nouvelle-Orléans. Ils reprochent à l’endroit d’avoir perdu son authenticité. « Les habitants se plaignaient déjà dans les années 30 des travaux de modernisation du marché », souligne John Magill, amusé.
La section du marché aux puces, le flea market, est un autre symbole du fossé qui sépare touristes et  « locaux ». « Ces derniers n’aiment pas trop le flea market parce qu’ils estiment que les produits ne sont pas d’assez bonne qualité, explique Amy Kirk, directrice du marketing du French Market District depuis un an. Mais, ce marché a commencé comme un comptoir d’échanges de marchandises (trading post), et je pense qu’il est important  de conserver, encore aujourd’hui, cet esprit. »

Faire redécouvrir ce quartier aux résidents est l’objectif que s’est fixée aujourd’hui la direction du French Market. « Nous essayons d’organiser un maximum d’évènements publics pour attirer notamment les familles », explique Amy Kirk qui a bien conscience de l’ampleur  de la tâche. Parmi les rendez-vous proposés, des concerts bien sûr, des festivités pour Halloween ou à Noël, mais aussi des manifestations liées au calendrier français, comme Bastille Day. « Même si la connexion française est mince, nous essayons de la mettre en valeur, explique Amy Kirk, une ardente francophile, fondatrice de l’association The Joan of Arc Project. La statue dorée de la Pucelle d’Orléans, qui domine le marché sur la place de France, est d’ailleurs depuis deux ans le point de ralliement d’une parade qui lui est dédiée et qui connaît beaucoup de succès lors du carnaval en hiver.

Au-delà de son repositionnement stratégique, le marché doit faire également face à une activité économique qui n’a pas retrouvé son niveau d’avant-Katrina. Et on commence juste à mesurer l’impact de la marée noire sur les statistiques touristiques en Louisiane. « La Nouvelle-Orléans est une ville qui célèbre les sens, observe Amy Kirk, qui est native de l’Ohio. Ses habitants, même en période de crise, sortiront en masse pour des festivals de musique, des parades ou pour aller au restaurant. Par contre, ils feront l’impasse sur d’autres petits luxes. » L’été est la basse saison en Louisiane mais les commerçants trouvent le temps particulièrement long. « Le week-end, on travaille mieux mais en  en semaine c’est vraiment très calme soupire Lisa, manager de A Tisket a Tasket Bookshop, une librairie qui propose des livres de cuisine régionale sur Decatur Street. Aujourd’hui, c’est samedi et le magasin est plus animé que la veille. « Nous dépendons beaucoup des touristes et on n’a pas retrouvé la fréquentation de 2005, à l’époque où beaucoup plus de séminaires étaient organisés en ville », poursuit Lisa, qui a démarré il y a 14 ans sur le flea market. Elle explique que les dégâts infligés par Katrina il y a cinq ans ont poussé plusieurs vendeurs à quitter  leurs emplacements peu chers pour louer les rares boutiques disponibles mais aux charges plus lourdes.

Cette année, des bannières « Discovering the District » ont été installées le long des six blocks du marché qui bordent le Mississippi, dans l’espoir de recréer une atmosphère de shopping de proximité. « Nous voulons que les gens réalisent que le French Market est une expérience complète où il y a de la place pour le nouveau et l’ancien, explique Amy Kirk, toujours enthousiaste. L’important c’est de les faire venir. Ensuite, ils sont généralement agréablement surpris par ce qu’ils trouvent. » Y compris, insiste-t-elle,  et contrairement à la réputation du quartier, des espaces pour se garer…

Infos pratiques :

Pour la liste complète des manifestations organisées au French Market :
http://www.frenchmarket.org/events/

L’article de John Magill écrit à l’occasion du bicentenaire de la création du French Market :
http://www.frenchmarket.org/wp-content/uploads/2010/03/French-Market-PIP-1991-article-John-Magill.pdf

Parade de Jeanne d’Arc : 
http://stjoankrewe.blogspot.com/2009/05/joan-of-arc-project-launch.html

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