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A la recherche de l’Arcadie perdue

Gauguin, Cézanne, Matisse : Visions of Aracadia est l’exposition phare du Musée d’Art de Philadelphie, à découvrir jusqu’au 3 septembre 2012. De l’univers mythologique de Matisse à l’Océanie exotique de Gauguin, du coup de pinceau classique à l’esthétique moderne, l’exposition traverse les âges et les genres pour révéler les différents visages de l’Arcadie.

Depuis l’antiquité, l’Arcadie, région sauvage du Péloponnèse baignée par la mer Egée, a inspiré maintes œuvres littéraires, artistiques ou musicales. Virgile, dans ses Bucoliques, la déplace en Italie pour en faire un paradis terrestre, symbole d’un âge d’or où divinités et humains cohabitent dans un monde d’innocence et de sensualité. Plus tard, ce mythe fécond continuera à se manifester, de la Renaissance au XIXe siècle. Bergers et bergères, nymphes et satyres, corps nus dans un paysage verdoyant, tout un monde riant « batifole » (comme l’écrira Madame de Sévigné) au bord de l’eau, jouant de la flûte et composant de la poésie dans une campagne idyllique. En littérature (L’Astrée d’Honoré d’Urfé par exemple), en peinture (Les Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin) ou en musique (nombreux opéras baroques comme Love in Arcadia de George Handel ), la résurgence du thème à différentes époques témoigne d’une nostalgie profonde pour cet espace imaginaire de simplicité et de spontanéité d’avant le péché originel.

L’Arcadie à Philadelphie

Gauguin, Cézanne, Matisse : Visions of Arcadia, au Musée d’Art de Philadelphie jusqu’au 3 septembre 2012, propose un parcours balisé par trois oeuvres maîtresses de ces peintres au cours duquel leurs interprétations d’un paradis perdu font écho à celles de leurs prédécesseurs et de leurs contemporains, en France et ailleurs. Entourant D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? de Paul Gauguin (Musée des Beaux-Arts de Boston), les Baigneuses au bord d’une rivière de Henri Matisse (Institut d’Art de Chicago) et les Grandes Baigneuses de Paul Cézanne (collection du Musée de Philadelphie), près de soixante peintures, sculptures et illustrations de vingt-cinq artistes établissent, par delà les changements historiques et stylistiques, la popularité et la pérennité de cette vision enchanteresse d’un royaume utopique (sur fond musical du Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy pour les utilisateurs de l’audio-guide).

Les différents visages de l’Arcadie

Joseph Rishel, commissaire de l’exposition, a articulé la visite dans cinq galeries, autour de cinq thèmes. Les sculptures d’Aristide Maillol et d’Auguste Rodin alternant avec les tableaux de Nicolas Poussin et les illustrations de poèmes de Stéphane Mallarmé par Matisse renouent avec la pure tradition mythologique, faunes et nymphes en action, bacchanale effrénée. Aux tableaux classiques de Corot et de Puvis de Chavannes succèdent ceux de Georges Seurat, de Paul Signac ou de Maximilien Luce qui, au gré de leurs voyages, se construisent des arcadies aux géographies changeantes, parisienne, normande, ou encore saint-tropézienne.

Loin de l’Arcadie virgilienne, Gauguin, inspiré par ses voyages à Tahiti, crée dans une Océanie exotique qui fit tant rêver l’Europe, sa propre version d’une civilisation encore vierge tandis que le douanier Rousseau, solitaire et sédentaire, à l’imagination féconde nourrie de revues et de visites à la ménagerie du jardin d’Acclimatation, traque le merveilleux dans un style naïf. Dans le sillage de Gauguin et de Matisse, d’autres artistes portent le message de leur monde idyllique grâce à un nouveau langage pictural, celui du cubisme: Pablo Picasso, Robert Delaunay, Jean Metzinger ou Albert Gleizes. Et, ailleurs, au sein des Futuristes de Milan, des Expressionnistes de Munich et de Dresde, ou encore à Moscou, se décline, dans des contextes historiques différents, la nostalgie de ce pays à jamais perdu dans des scènes pastorales de la Mère Russie ou des nus de l’école Die Brücke.

Cette exposition, présentée uniquement à Philadelphie, rappelle, par le biais de l’étude du traitement artistique de l’Arcadie, combien l’Europe, héritière des traditions classiques, a basculé dans la modernité au tournant du siècle, dans un climat de créativité artistique sans précédent.

 

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