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A la SG, stupeur après la lourde condamnation de Kerviel

“Injuste”, “sévère”: de nombreux salariés de la Société générale interrogés mardi au pied des tours du groupe à La Défense jugeaient excessive la condamnation de Jérôme Kerviel à rembourser 4,9 milliards d’euros à la banque, mais pas la peine d’emprisonnement de cinq ans.

Quelques minutes après la lecture du jugement au tribunal correctionnel de Paris, ils ne sont pas nombreux à accepter de livrer leurs impressions au siège de la banque rouge et noire. Reconnu coupable des trois chefs d’accusation retenus contre lui, Jérôme Kerviel a été condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme, et à verser 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts à son ancien employeur.

Quasiment aucun ne tique à l’annonce de la peine de prison. “Elle se justifie parce qu’il y a eu tromperie, qu’il a fait des faux et qu’il a, malgré tout, voulu s’enrichir”, estime Alexandre. “Car l’idée, au bout du compte, c’était d’avoir un bonus conséquent, au risque de mettre en péril une banque qui est quand même un des grands acteurs de la finance française”, justifie-t-il. Réagissant à chaud, les employés de la banque sont, en revanche, presque systématiquement choqués par le montant astronomique des dommages et intérêts, qui correspond aux pertes subies par la Société générale.
 “La prison, pour moi, il la mérite. Mais le remboursement de la totalité, c’est énorme, c’est trop”, lâche un quadragénaire requérant l’anonymat avant d’entrer dans les tours jumelles, baptisées Chassagne et Alicante. “C’est injuste, c’est n’importe quoi. On ne peut pas demander 4,9 milliards à un gars”, s’emporte un autre, trentenaire aux cheveux grisonnants, également réticent à décliner son identité. 
A contre-courant de ses collègues, Nathalie, qui sort au pas de course du bâtiment, salue ce jugement, dont Jérôme Kerviel va faire appel. “C’est très bien”, lance-t-elle d’une voix sèche. Elle explique que “Jérôme Kerviel n’est pas une star, c’est un escroc. Il a fait beaucoup de mal à la Société générale, à ses salariés” . Elle rappelle que de nombreux employés de la banque en sont aussi actionnaires et que l’action “est aujourd’hui à 40 euros alors qu’elle était à 140 il y a trois ans”. La jeune femme blonde reconnaît bien qu'”il y a eu la crise, c’est vrai, mais s’il n’y avait pas eu Kerviel, on n’en serait peut-être pas là”. Questionnée sur l’éventuelle responsabilité de la banque et l’inefficacité de ses procédures de contrôle, elle rétorque qu'”il y a eu des alertes, mais il les a contournées”.
D’autres sont moins convaincus de la seule culpabilité de Jérôme Kerviel. “Il l’a fait en son âme et conscience, il n’est pas innocent, mais il n’y a pas qu’une personne physique en jeu, il y aussi une personne morale qui est impliquée”, la Société générale, fait valoir Sandrine. Un quinquagénaire estime qu'”il aurait fallu parler de ce qui se passe dans les salles de marché” pour dégager plus clairement les responsabilités de chacun. La question des pratiques des traders a été très longuement abordée durant le procès, mais pour lui “on n’a pas fait appel aux gens qu’il fallait” entendre. Pour autant, ils sont nombreux à souhaiter qu’une page se tourne avec ce jugement. “C’est déjà de l’histoire ancienne”, considère Raphaël, pour qui la Société générale est aujourd’hui “une banque qui tient debout”.

 

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