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A New York, l’éveil de la communauté tunisienne

Des milliers de Tunisiens ont vécu la Révolution de Jasmin depuis les États-Unis. Peu unifiée sous le règne de Ben Ali, la communauté tunisienne installée à New York et ses alentours espère aujourd’hui se rassembler pour aider à la reconstruction de son pays.

A l’image de leurs concitoyens restés au pays, les Tunisiens de New York s’organisent et préparent l’après Ben Ali. Mais pour cette petite communauté, entre 1 000 et 3 000 individus répartis dans les Etats de New York, du New Jersey et du Connecticut, il s’agit désormais de s’unifier. Premier acte, le 17 janvier dernier où une centaine de Tunisiens s’est rassemblée devant le siège de  Nations-Unies. Deuxième acte, le 5 février à Manhattan, où l’Association des Tunisiens de New York a rendu hommage aux victimes de la Révolution de Jasmin. Les 200 personnes réunies – dont plus de 80% de Tunisiens – ont pu échanger leurs points de vue sur la Révolution et partager leur expérience d’expatriés.

« Auparavant, on se rencontrait peu, sauf au Consulat, à Washington » souligne Moez Hababou, bénévole de l’association et organisateur de l’événement. « Aujourd’hui, le sentiment communautaire est plus important qu’avant et les tunisiens désirent se rassembler et participer à la communauté ». Ce rassemblement était aussi l’occasion d’une levée de fond dont le montant, qui n’a pas été précisé, ira aux familles des victimes de la Révolution en Tunisie. « Les Tunisiens ici veulent aider la Tunisie au maximum. Envoyer de l’argent est la première étape. »

A long terme, l’association espère rassembler l’ensemble des Tunisiens de New York pour contribuer au développement des zones défavorisées du pays grâce aux quelques bénévoles présents sur place. La création d’une association à coordination nationale est aussi prévue.

Fierté, liberté

Outre cette volonté d’aider familles et amis restés au pays, c’est la fierté qui domine la population. « On se sent fiers d’être tunisiens et d’avoir amorcé un mouvement », déclare Moez Habadou. Même ton pour Mustapha Tlili, le directeur du Centre Dialogue à l’université de New York, qui affirme ressentir « une fierté car le peuple prend en main son avenir avec courage, détermination et espoir.  Le peuple tunisien a fait preuve d’une maturité extraordinaire », ajoute-t-il. Jerry Sorkin, le président de l’association Tuniso-américaine d’amitié (ATFA), va plus loin en déclarant que « tous les Tunisiens d’Amérique sont unanimes quant au changement politique ». Autre terme qui revient sur toutes les lèvres : liberté. Liberté pour le peuple tunisien, à laquelle la communauté new-yorkaise goûte aussi.

L’ambiance est toute autre au Centre culturel et d’information tunisien, sur Madison Avenue, à New York. Les bannières violettes, couleur du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique), le parti de Ben Ali, sont remisées au placard, à l’image des portraits de l’ancien dictateur. Le malaise est perceptible au sein de ce centre présidenté par Naima Remadi Nour, une ancienne proche du clan Ben Ali. Selon Moez Hababou, de l’Association des Tunisiens de New York, le centre culturel serait financé par l’Organisation de la Femme arabe, anciennement présidé par Leïla Trabelsi, la femme de Ben Ali.

« La Tunisie n’est pas guérie »

Celle qui l’a fondé en 2007, Naima Remadi Nour, reconnaît elle-même ne plus avoir foi en ce lieu, « même si (elle) continue à croire à la culture car c’est une langue universelle et globale ». Elle affirme avoir les mains propres et trouve normal d’avoir fait référence à ceux qui la soutenaient dans ses mails et les événements organisés. Elle espère, aujourd’hui, sauver son centre culturel grâce à une pétition récemment mise en circulation qui réunissait, seulement, une trentaine de signataires le 16 février.

De nombreuses voix s’élèvent dans la communauté contre cette « vitrine de la propagande ». « Le centre n’a jamais servi la communauté tunisienne de New York », affirme Moez Hababou, qui parle d’un financement « monstre » et « scandaleux ». « Cette communauté est peu unifiée car les anciennes structures présentes ici étaient chapotées par Ben Ali », analyse Mustapha Tlili, qui appelle à un changement de personnel.

A 7 000 kilomètres de distance, la communauté installée dans la Grosse Pomme a suivi la révolution tunisienne grâce aux réseaux sociaux Facebook et Twitter et aux chaînes anglophones telle que CNN. « Ils savent quand il se passe quelque chose et suivent les évolutions minute par minute », explique Jerry Sorkin, le président de l’association Tuniso-américaine d’amitié (ATFA). Les coups de téléphone quotidiens aux familles en Tunisie nuancent l’enthousiasme des débuts. « La dictature existe encore, la Tunisie n’est pas guérie », déplore Nabil Hotman, un traducteur installé à New York depuis 16 ans. « Le peuple reste vigilant car la démocratie n’est pas encore là ! ».

 

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