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À peine engagé, aussitôt licencié par Lehman Brothers : un jeune trader français se souvient

Le 15 septembre 2008, la faillite de Lehman Brothers précipitait l’économie américaine dans la crise. Édouard d’Archimbaud, jeune trader français qui devait officiellement commencer ce jour-là dans les bureaux londoniens de la grande banque d’investissement new-yorkaise, n’a jamais pu aller poser ses affaires sur son bureau. Un an plus tard, l’entrepreneur qui a créé une start-up en France avec deux amis, se remémore cette journée.

C’était il y a tout juste un an. Édouard d’Archimbaud, jeune polytechnicien français de 24 ans, avait rendez-vous le 15 septembre au matin au siège londonien de Lehman Brothers pour commencer son premier emploi après un stage d’été de trois mois dans la grande banque d’investissement américaine. « Quand je suis arrivé devant les locaux, il y avait des journalistes, des policiers, des ambulances », raconte le jeune entrepreneur spécialisé dans les algorithmes et la programmation informatique. « Je suis entré, j’ai dit bonjour à mes collègues, mais les ressources humaines m’ont dit de revenir le lendemain. En lisant le Financial Times, j’ai découvert que Lehman Brothers avait fait faillite ».

La chute de la quatrième plus grosse banque d’investissement américaine a bouleversé la vie d’Édouard d’Archimbaud. Pendant son stage de trois mois qui avait débouché sur l’offre d’emploi, il avait fait du trading algorithmique, c’est à dire qu’il développait des algorithmes qui permettent d’acheter et vendre de gros volumes d’actions plus rapidement que les traders traditionnels. Son stage s’était terminé le 31 août et le jeune Français avait eu deux semaines pour rentrer en France et organiser son déménagement dans la capitale britannique. De retour à Londres le 14 septembre – « un dimanche », précise-t-il – pour y entamer sa carrière, il est reparti à Paris moins d’une semaine plus tard. « J’ai d’abord été très surpris, car je trouvais fou qu’une si grosse boîte puisse faire faillite », poursuit-il. « Dans ce sens, cela m’a ouvert les yeux sur un autre monde. J’étais aussi déçu, car j’aimais bien cette entreprise. Mais le fait que je n’avais pas de famille à nourrir, m’a permis de rapidement dédramatiser la situation et je suis rapidement retombé sur mes pattes en France. » 

Deux semaines après que sa carrière londonienne a volé en éclats, Édouard d’Archimbaud a été engagé par Cheuvreux, une unité du Crédit Agricole et a rapidement décidé de réaliser son rêve : créer sa propre société. « Trois semaines après mes débuts chez Cheuvreux, j’ai créé Doppio Software avec deux amis », explique-t-il. « Le jour, je travaillais à la banque et la nuit sur notre start-up. »

Doppio Software a créé un logiciel de prévisions de ventes pour aider les entreprises à prévoir ce qu’elles doivent produire et à gérer leurs stocks. Les associés ont terminé une première version de leur produit qui utilise des algorithmes et intègre des données de l’entreprise et des données extérieures comme la bourse. « Nous travaillons avec des sociétés qui testent notre produit », glisse Édouard d’Archimbaud. « Notre programme a permis à l’une d’entre elles d’économiser 400 000 euros sur un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros. »

L’entrepreneur explique que la chute de Lehman Brothers lui a permis de « relativiser la peur de la faillite ». « J’avais envie de me lancer depuis longtemps, conclut-il. Et Lehman est l’illustration parfaite qu’une start-up n’est pas plus dangereuse qu’un emploi dans un grand groupe contrairement à ce que les gens ont tendance à croire en France. »

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