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Absinthe, un documentaire sur l’histoire de la Fée verte

Chris Buddy n’est qu’un enfant lorsque sa mère l’initie à la peinture française. Passionné par l’impressionnisme, sa curiosité se porte sur ce mystérieux alcool qu’il retrouve dans plusieurs des peintures des artistes de ce temps. Manet, Lautrec, Van Gogh, tous semblent avoir pris goût à l’absinthe, un apéritif à base de la plante Artemisia Absinthium. « En grandissant, j’ai vite découvert que les gens en savaient peu sur l’absinthe » explique Chris Buddy. « Mon frère et moi avons donc décidé de nous embarquer dans un voyage à la découverte de la Fée verte. »

En 1787, une certaine Mère Henriot met au point une recette d’absinthe en s’inspirant du remède miracle longtemps utilisé pour soigner les maux dans le Val-de–Travers, à Couvet en Suisse. Dix ans plus tard, après avoir acheté la recette, le major Dubied ouvre une  grande distillerie à Pontarlier en France et créé l’absinthe industrielle.

Après sa consommation massive par l’Armée française en Algérie en 1840 pour soigner la fièvre, l’absinthe se démocratise et est adoptée par toutes les classes sociales. Attablés aux terrasses parisiennes ou réunis au bar du coin, les hommes font de l’absinthe leur apéritif  préféré qu’ils consomment entre cinq et sept heures pendant « l’heure verte ». Les artistes et poètes en usent et abusent : Verlaine, Rimbaud, et Baudelaire l’immortalisent à travers leurs poèmes, tandis que Manet, Lautrec, et Degas en font un élément essentiel de la vie parisienne pendant la Belle Epoque. Son goût anisé et sa couleur trouble, causée par le mélange d’eau et les huiles essentielles des herbes, en font une boisson révolutionnaire.

« L’absinthe est en constante évolution, » poursuit Chris Buddy. « Déjà, il y a deux cents ans, elle a été adoptée pour la nouveauté qu’elle représentait à une époque de créativité culturelle et technique intense. » Certains bars new-yorkais l’ont modernisée à leur manière en créant des cocktails, tel l’Absinthe Mojito. L’épicentre culturel de l’absinthe aux Etats-Unis demeure à La Nouvelle-Orléans où « the Old Absinthe House » fût ouverte en 1874 dans le quartier français. Sa fontaine d’absinthe ou certains des cocktails qui y étaient servis, comme « the Absinthe House Frappe » en font un endroit mythique. Après la prohibition, J.M. Legendre créa à La Nouvelle-Orléans un substitut sans la feuille d’absinthe, l’Herbsaint.

Après ses années de gloire entre 1797 et 1905, l’absinthe est pénalisée en Suisse, puis aux Etats-Unis, et enfin en France à la suite d’une campagne de publicité négative qui la dépeint comme un poison qui rend fou. En réalité, sa popularité ayant eu raison d’elle, certains producteurs en ont profité pour produire une absinthe de basse qualité, augmentant le taux de thuyone et pouvant entraîner des effets dangereux sur la santé. L’absinthe est produite et consommée clandestinement, renforçant son aspect mystérieux. Des experts cités dans le documentaire parlent d’une campagne calomnieuse dirigée par les producteurs de vin et de bière.

« Les Américains voulant goûter l’absinthe sont d’abord attirés par son passé trouble et sa longue pénalisation, » dit Chris Buddy, « puis lorsqu’ils y goûtent, certains apprécient le goût complexe et anisé, d’autres moins. » L’absinthe revient sur le marché des Etats-Unis en 2007 après que Viridian Spirits LLC, propriétaire de Lucid, et Kübler en Suisse décident d’entamer des démarches auprès du gouvernement américain pour que celui-ci lève l’interdiction. Avec l’aide de l’avocat Jared Gurfein, ils obtiennent gain de cause en proposant une recette d’absinthe contenant moins de 10mg de thuyone, la partie de l’absinthe controversée pour ses effets hallucinogènes. Lucid devint le premier importateur d’absinthe aux Etats-Unis depuis 1912 en lançant sur le marché Lucid Absinthe Supérieure, développée en France par le distillateur Ted Breaux. « Les Américains sont intrigués et attirés par l’absinthe ; on veut tous quelque chose qu’on ne peut pas avoir, » explique Chris Buddy. « Pure coïncidence ou pas, l’annonce de la légalisation de l’absinthe aux Etats-Unis est arrivée peu avant le bouclage de notre documentaire, ce qui nous a valu de devoir repenser la fin de celui-ci ». Aujourd’hui plus d’une dizaine de marques ont conquis le marché de la Fée verte aux Etats-Unis, notamment à New York et San Francisco. Elles ne peuvent toutefois pas appeler leur produit simplement « absinthe », mais doivent lui ajouter un substantif et leur packaging doit respecter certaines règles.

Infos pratiques :

Chris Buddy sera au Centre Culturel Français de Boston le mardi 13 décembre de 18h30 à 21h00 pour présenter son documentaire en anglais. La projection sera suivie d’un débat et d’une dégustation d’absinthe sponsorisée par Lucid.

Plus d’informations : http://www.absinthefilm.com/

 

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