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AFE : « Sur le terrain nous traitons de vraies détresses »

Le 7 juin 2009 avaient lieu les élections des 11 représentants à l’Assemblée des Français de l’Étranger pour les États-Unis. Parmi eux, six élus viennent de vivre la première année de leur premier mandat, à l’écoute de leurs compatriotes expatriés. Ils font le bilan avec France-Amérique. Aujourd’hui : Damien Regnard conseiller de la circonscription de Houston.

Vous demeurez à La Nouvelle-Orléans. Comment les habitants vivent-ils les derniers développements concernant la marée noire ?

La bonne nouvelle, c’est l’arrêt de la fuite mais elle a été accueillie avec précaution. Les gens se réjouissent mais ils restent quand même sur la réserve. Ils attendent la suite. Ils vivent depuis des mois dans le stress et l’angoisse. On ne parle que de cela partout. Il y  a un climat de tension qui est très malsain.
Le moratoire (ndlr, un décret du gouvernement américain a imposé l’arrêt des forages en eaux profondes jusqu’au 30 novembre)
est vécu comme un coup de couteau dans le dos… Ce sont 32 000 emplois directs ou indirects en moins alors qu’on vient d’annoncer la fermeture du chantier naval de Avondale avec 5000 emplois qui disparaissent… Ça, plus le déficit de la ville… Les effets positifs de l’élection du maire Mitch Andrieu et de la victoire au Superbowl ont fait long feu…

Comment la communauté francophone en particulier a-t-elle été touchée par la marée noire ?

On peut donner l’exemple de la tribu indienne de La Nation Unie Houmas qui vit de la pêche par exemple au Bayou Pointe-aux-Chênes… Leurs bateaux sont à quai, c’est très triste… Ils survivent parce qu’ils sont recrutés localement à tour de rôle par BP pour poser les bouées absorbantes.
J’ai également rencontré des pêcheurs cajuns qui envisagent leur reconversion et voudraient monter un programme d’éco-tourisme, pourquoi  pas en partenariat avec la France…

L’agence Ubifrance est justement en train de rassembler une délégation d’entreprises françaises  spécialisées dans la dépollution pour répondre à l’appel à l’assistance internationale des États-Unis. Cela paraît être une initiative intéressante.

Ubifrance a fait un beau travail en rassemblant ces entreprises pour la promotion du savoir-faire français… On peut être fier que la France ait été retenue comme partenaire pour cet appel d’offre… Deux déplacements sont prévus. À Houston, l’objectif pour la délégation sera de présenter leurs produits aux entreprises impliquées dans la prospection et le forage pétrolier. À La Nouvelle-Orléans, il va falloir développer des partenariats avec des sous-traitants des gardes-côtes ou de BP, c’est difficile. Il faut bien connaître le terrain.

La Louisiane c’est aussi le porte-drapeau de la francophonie aux États-Unis. Comment se porte-t-elle ?

Il y a de bonnes et de mauvaises nouvelles. La venue de Xavier Darcos (ndlr, alors ministre de l’Éducation nationale) en 2008 a permis de marquer de manière forte le renouvellement des accords de coopération sur l’enseignement du français entre la France et la Louisiane. Il s’agissait aussi d’établir un cadre pour le maintien de  la francophonie dans cet État en termes de moyens financiers et humains.
Plus récemment, il y a eu la refonte et la réorganisation du Codofil (Council for the Development of French in Louisiana/Conseil pour le développement du français en Louisiane) qui avait besoin d’être redynamisé et de redéfinir sa mission. Un projet de loi en ce sens a été présenté par le sénateur américain francophone Éric Lafleur. On peut d’ailleurs souligner l’implication du consul général de La Nouvelle-Orléans, Olivier Brochenin, sur ce dossier.
De plus, la Louisiane va être ajoutée officiellement au prochain sommet de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)  prévu en automne.
Tout
ça, ce sont de bonnes nouvelles.

À l’opposé, la Southeastern Louisiana University vient de couper ses programmes de français. Et le centre d’études francophones du côté de Louisiana State University est concerné par des réductions budgétaires… Ce sont des signaux inquiétants.

C’est votre premier mandat en tant qu’élu de l’ AFE.  Comment s’organise votre travail  ?

Il y a réellement deux aspects à notre mandat. Le travail fait à Paris en session plénière pour défendre et améliorer la communauté des Français de l’étranger dans son ensemble, du point de vue législatif, en tant qu’interlocteur du gouvernement français, sur des conventions d’adoption, l’éducation, etc…
Je suis aussi un élu de proximité qui couvre quatre États, la Louisiane, l’Arkansas, l’Oklahoma et le Texas où, par exemple, deux Lycées français sont concernés par le débat sur  la prise en charge des frais de scolarité.
Sur le terrain, il s’agit surtout de traiter de cas particuliers, parfois des vraies détresses. Pouvoir porter assistance, cela mobilise parfois beaucoup d’énergie. Cette action sur des problèmes de santé, de retraite, de visas,  a un impact sur des individus, leur vie, et c’est une grande satisfaction de rendre ces services à la communauté.

Malgré leur connaissance des dossiers et du terrain, l’avis des représentants élus à l’Assemblée des Français de l’Étranger reste  essentiellement consultatif…

Ce qui est encourageant, c’est la réflexion et le projet de loi de réforme de l’organisation de l’AFE… C’est un bilan de notre capacité d’action et une réforme qui permettrait d’étendre et d’améliorer nos prérogatives.

/www.damienregnard.com/

 

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