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Affaire Bettencourt : des médias acteurs parce qu’ils le veulent bien

De révélations en reportages plus ou moins “commandés”, d’enquêtes fouillées en tentatives d’instrumentalisation, les médias se veulent acteurs à part entière dans l’affaire Bettencourt.

D’un côté Liliane Bettencourt, conseillée par son entourage, s’est exprimée dans Le Monde, le Journal du Dimanche, sur Europe 1 et TF1. Elle a posé pour Paris-Match, ouvrant par la même occasion “les portes de son coeur” avec une longue interview. De l’autre, la fille de la milliardaire, Françoise Bettencourt-Meyers, ne s’est confiée qu’au Figaro Magazine et à Elle.
Chaperonnée par une agence spécialisée et fort réputée du groupe Havas, Euro RSCG, d’après le Parisien, et par ses avocats, Mme Bettencourt mère a opté pour des médias-phare.
“Nous vivons entourés de plans de communication, notre métier est de les déjouer”, observe Laurent Mauduit, co-fondateur de Mediapart qui a joué un rôle de premier plan dans la médiatisation de l’affaire. “Il y a toujours des médias plus ou moins sensibles à ces formes d’intervention extérieure qui sont en fait des formes de brouillage”, souligne le journaliste qui fustige les journalistes “porte-micro”.
Pour l’historien des médias Patrick Eveno, “comme pour toutes les affaires politico-financières sensibles, il y a les médias qui enquêtent et ceux qui suivent”.

Les grands quotidiens nationaux, quelques news magazines font leur habituel travail d’investigation, tel Le Monde, au coeur du bras de fer entre les magistrats et qui a porté plainte pour violation du secret des sources.
Mais, pour Patrick Eveno, également professeur à la Sorbonne, le nouvel acteur est Mediapart, “en fait l’ancienne cellule investigation du Monde passée sur internet et qui a changé de nature dans la mesure où les journalistes ne sont plus contrôlés par une grosse rédaction”.
Derrière, les autres titres de presse et les radios reprennent les infos, les complètent, éventuellement les amplifient. Les télévisions, qui ont besoin d’images, suivent. “J’ai eu le sentiment qu’au début tout était verrouillé dans l’affaire Bettencourt. Et puis, des journalistes de médias où la liberté était peut être moins affirmée que la nôtre ont été libérés par notre travail: du coup il y a eu une sorte de mutualisation du travail d’investigation, une espèce de sentiment d’appartenance à un même métier”, note Laurent Mauduit.

Au fil de l’enquête, des éléments de l’instruction à charge et à décharge ont été divulgués par la presse. “La presse sert de relais dans les luttes qui opposent les avocats entre eux, la mère et la fille Bettencourt, les magistrats, et maintenant des médias directement investis dans l’affaire comme Mediapart et le pouvoir exécutif”, analyse le sociologue Philippe Riutort. Mais, pour lui, s’il y a instrumentalisation, elle s’excerce de tous les côtés, “c’est le propre de ce genre d’affaires politico-judiciaires”.
“Il y a un vrai problème dans la démocratie française, qui n’est pas véritablement une démocratie d’opinion. Dans un certain nombre d’autres pays, les protagonistes auraient été contraints de démissionner à la suite du mouvement initié par les médias”, renchérit Patrick Eveno.

 

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