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Affaire Bettencourt : l’enquête de la juge Isabelle Prévost-Desprez démarre sur les chapeaux de roue

L’enquète sur les enregistrements clandestins menée par la juge Isabelle Prévost-Desprez a démarré ces derniers jours avec les auditions de plusieurs témoins clés, venant concurrencer les investigations du parquet de Nanterre dans cette affaire.

Isabelle Prévost-Desprez, présidente de la 15e chambre du tribunal de Nanterre, s’est elle-même saisie le 1er juillet d’un supplément d’information sur les écoutes dans l’affaire opposant la fille de Liliane Bettencourt, Françoise Bettencourt-Meyers, à l’artiste François-Marie Banier, accusé d’abus de faiblesse de la milliardaire. Amenée à se prononcer sur un appel du parquet de Nanterre, opposé à ce supplément d’information, la Cour d’appel de Versailles a autorisé la juge, la semaine dernière, à mener sa propre enquête sur les enregistrements, limitée aux faits d’abus de faiblesse suggérés par les écoutes. Vendredi, la juge de Nanterre, en conflit ouvert avec le procureur Philippe Courroye, a ainsi lancé ses investigations, en entendant en toute discrétion l’ancienne comptable de la milliardaire, Claire Thibout, dans son bureau de Nanterre.

Lors de cette audition, longue de cinq à six heures, l’ancienne employée de Liliane Bettencourt s’est longuement attardée sur l’état de santé de l’héritière de L’Oréal, âgée de 87 ans, a indiqué à l’AFP l’avocat de Mme Thibout, Me Antoine Gillot. Face à la juge, l’ex-comptable a par ailleurs indiqué avoir reçu 400.000 euros de la fille de la milliardaire, en 2008, a précisé Me Gillot, confirmant une information du Canard enchaîné daté de mercredi. “Tout cela résulte d’une lettre d’engagement de Mme Meyers-Bettencourt datant de juillet 2007, avant même qu’elle ait entamé toute procédure judiciaire”, a fait valoir l’avocat.

Selon le site Mediapart, Isabelle Prévost-Desprez a également recueilli lundi le témoignage de l’ancien dirigeant de l’Oréal et ex-gestionnaire de fortune de la milliardaire, Pierre Castres Saint Martin, remplacé à ce poste par Patrice de Maistre en 2004. “Liliane Bettencourt était totalement manipulée par François-Marie Banier et à la fin de mon passage auprès d’elle, j’ai compris qu’elle m’avait manipulé pour que j’épouse les vues de François-Marie Banier”, aurait ainsi déclaré M. Castres Saint Martin, selon un extrait de PV d’audition publié par Mediapart. Troisième et dernière audition: celle de Françoise Bettencourt-Meyers, entendue mardi par la magistrate. Selon un second extrait de PV d’audition publié par Mediapart, la fille de Liliane Bettencourt aurait décrit M. Banier comme un “prédateur”, avant de s’expliquer sur les 400.000 euros versés à Mme Thibout.

Ces différentes auditions interviennent dans un contexte de guerre ouverte entre Isabelle Prévost-Desprez et le procureur de Nanterre Philippe Courroye, anciens collègues au pôle financier de Paris, en proie à une forte rivalité. Arguant d’un appel déposé par l’avocat de Liliane Bettencourt contre le supplément d’information ordonné par la juge, qu’il juge suspensif, M. Courroye a ainsi refusé de transmettre à la magistrate les retranscriptions des enregistrements dont il dispose. Mme Prévost-Desprez, qui possède une copie des écoutes transmises par l’avocat de Mme Bettencourt-Meyers, a passé outre à cet obstacle, n’hésitant pas par ailleurs à interroger les témoins sur des faits autres que ceux liés à l’abus de faiblesse qu’elle doit instruire. De son côté, le procureur Courroye affirme dans une interview à paraître dans l’édition de jeudi du Figaro qu’il ne cédera pas aux pressions dans le traitement de l’affaire Bettencourt. “Si une information doit être ouverte, elle le sera. Si des poursuites devant le tribunal doivent être engagées, elles le seront. Si un classement doit intervenir, il sera prononcé”, assure-t-il.

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