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Affaire Clearstream: Villepin triomphe, Sarkozy jette l’éponge

Relaxé dans l’affaire Clearstream par le tribunal correctionnel de Paris, Dominique de Villepin savourait jeudi sa victoire face à Nicolas Sarkozy, son principal adversaire qui a renoncé à faire appel.

“Après plusieurs années d’épreuve, mon innocence a été reconnue”, s’est réjoui l’ancien Premier ministre, tout en saluant “le courage du tribunal qui a su faire triompher la justice et le droit sur la politique”. “Je n’ai aucune rancoeur, aucune rancune”, a assuré sous les applaudissements l’ancien diplomate, qui jouait sur cette affaire son avenir politique.

L’affaire Clearstream est une vaste histoire de manipulation dans laquelle des listings bancaires ont été falsifiés et transmis à un juge afin de faire croire que plusieurs personnalités, dont Nicolas Sarkozy, détenaient des comptes occultes à l’étranger. Le 21 septembre, Dominique de Villepin n’avait pas hésité à attaquer frontalement Nicolas Sarkozy. “Je suis ici par la volonté d’un homme”, avait-il dénoncé. Un véritable duel médiatique s’était ensuite instauré entre les deux hommes, le président allant jusqu’à qualifier les prévenus de “coupables”. Jeudi, c’est blême que l’avocat de M. Sarkozy, Me Thierry Herzog, a quitté la salle. Une heure plus tard, l’Elysée annonçait que Nicolas Sarkozy avait noté la “sévérité” des attendus et qu’il ne ferait pas appel. En fin de journée, Me Herzog a dit avoir “le sentiment” que “le ou les commanditaires n’ont pas été condamnés”.

Il n’avait de toute façon pas le pouvoir de contester la relaxe d’un prévenu. Cette responsabilité revient au seul parquet qui, en octobre, avait requis la condamnation de M. de Villepin à 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d’amende. Le parquet a dix jours pour prendre sa décision. L’un des avocats de Dominique de Villepin, Me Olivier Metzner, disait ne rien “redouter dans la mesure où le jugement qui a été rendu (…) écarte toute hypothèse de culpabilité”. Donc, a-t-il dit, “peu importe un appel éventuel”.

La 11e chambre, présidée par Dominique Pauthe, a estimé qu’il n’était pas démontré que Dominique de Villepin “ait eu connaissance de la fausseté des listings”. Considérant qu’il avait été “instrumentalisé” par l’ancien vice-président d’EADS Jean-Louis Gergorin, il a jugé que Dominique de Villepin ne s’était pas rendu coupable de “complicité de dénonciation calomnieuse” et ne pouvait être “que relaxé”.

Les magistrats l’ont toutefois égratigné dans leurs attendus. Ainsi, alors que l’ancien diplomate a toujours nié s’être recommandé de Jacques Chirac dans cette affaire, le tribunal a estimé qu’il était “établi qu’il s’était prévalu de telles instructions”.

Mais c’est Gergorin qui apparaît comme le cerveau du complot. “Personnalité nuisible et inquiétante”, à la “duplicité exceptionnelle”, il a été condamné à 15 mois de prison ferme. Le mathématicien Imad Lahoud, jugé coupable de “complicité” pour la falsification des listings, a écopé de 18 mois ferme en raison d’antécédents judiciaires.

Les deux hommes devront payer chacun une amende de 40.000 euros et verser solidairement quelque 700.000 euros de dommages et intérêts aux diverses parties civiles, citées dans les listings.

L’ancien auditeur Florian Bourges, qui avait fourni des listings authentiques de Clearstream à Lahoud, s’est vu infliger une peine de 4 mois avec sursis, tandis que le journaliste Denis Robert, qui avait présenté les deux hommes, a été relaxé.

Quelle que soit la décision du parquet concernant Dominique de Villepin, il y aura un second procès Clearstream. Imad Lahoud a d’ores et déjà fait appel et Jean-Louis Gergorin a annoncé son intention de faire de même.

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