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Affaire Kerviel: dernière audition avant la fermeture de l’enquête

Un an après la découverte d’une fraude colossale à la Société générale, les juges chargés de l’affaire Kerviel pensent pouvoir boucler prochainement leur instruction de ce dossier hors norme qui a ébranlé le monde de la finance, inaugurant une série noire pour les banques.

Le trader Jérôme Kerviel, 32 ans, est convoqué jeudi par les magistrats Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset pour ce qui pourrait être son ultime audition même si ses avocats espèrent voir l’enquête judiciaire se poursuivre.

“Jérôme Kerviel n’a pas abattu toutes ses cartes, On n’est pas prêt à siffler la fin de la partie, on a encore beaucoup de choses à dire”, assure Me Bernard Benaïem, l’un des avocats du trader.

Pour autant, les dernières demandes d’actes de la défense, qui exigeaient notamment des expertises indépendantes, ont été refusées par les magistrats qui les estimaient “imprécises, générales ou dilatoires”. Ces refus ont été validés en appel par la chambre de l’instruction qui contrôle le travail des juges. D’autres ont été acceptées par les juges qui se sont notamment rendus le 22 décembre à la salle des marchés de la banque pour vérifier la chaîne des contrôles. Ils estiment cependant avoir maintenant bouclé leur enquête.

A ce jour deux personnes sont mises en examen dans ce dossier: Le trader Jérôme Kerviel est poursuivi notamment pour “abus de confiance” accusé d’avoir dissimulé à la banque des prises de positions gigantesques qui ont atteint 50 milliards d’euros sur les marchés et son assistant, Thomas Mougard, accusé d’avoir passé en connaissance de cause des ordres irréguliers.

Lorsque la fraude, découverte le 18 janvier 2008 par la Société Générale, est annoncée le 24 à la presse par le PDG de la banque, Daniel Bouton, elle provoque un séisme sur les places financières internationales. On s’interroge sur la vulnérabilité du système bancaire et du marché sans savoir que la crise américaine des “subprimes” allait entraîner quelques mois plus tard des pertes gigantesques et faillites en série.

Les questions fusent sur les contrôles de la banque, le rôle et les motivations du trader ou l’existence de complicité. La SEC, le gendarme de la bourse américaine, avait à l’époque protesté auprès de la Société générale contre “cette affaire scandaleuse”, confie aujourd’hui un avocat proche du dossier, en soulignant que ce même organisme ignorait tout de l’escroquerie du gestionnaire Bernard Madoff (50 milliards de dollars).

Jérôme Kerviel reconnaît immédiatement sa part de responsabilité mais dit ne veut pas vouloir être “le bouc émissaire” de la Société Générale, affirmant que la banque ne pouvait ignorer ses activités. Changeant d’avocats à mi-parcours, il adopte ensuite une stratégie plus offensive suggérant une implication pénale d’autres salariés de la banque mais sans être suivi par les juges.

Pour les magistrats, le trader a fait preuve “d’ingéniosité” pour profiter des défauts de contrôle de la Société générale, pointés par plusieurs rapports dont celui de la commission bancaire, l’organisme de tutelle des banques.

“C’est une affaire dans laquelle les faits sont maintenant établis, les responsabilités déterminées”, estime Me Jean Veil, avocat de la Société générale, même si, dit-il, “le mobile de Jérôme Kerviel conserve encore sa part d’ombre”.

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